Bernard Anselem exerce pendant trente ans comme médecin spécialiste en imagerie médicale, avant de se tourner, dans les années 2000, vers la recherche en neuropsychologie, portée par l'essor de la neuroimagerie fonctionnelle. Titulaire d'un master 2 de recherche en neuropsychologie et d'un certificat de Science of Happiness de l'université de Berkeley, il consacre depuis sa carrière à rendre accessibles des connaissances qu'il juge trop peu partagées, sur la prise de décision, l'intelligence émotionnelle et la gestion de l'épuisement.
La neuroplasticité, ou pourquoi le talent de départ décide de peu
C'est le point qu'il place avant tous les autres. L'héritage génétique existe : personne n'apprend à la même vitesse dans tous les domaines. Mais il ne représente qu'une petite part de nos capacités, et les écarts de départ sont vite effacés par les efforts fournis pour progresser. Selon lui, quelqu'un de moyen qui a la motivation et la méthode ira toujours plus loin qu'un individu doué qui se laisse vivre. C'est la leçon de la neuroplasticité : les capacités deviennent des compétences selon les choix et les apprentissages, à tout âge. Il rejoint là le growth mindset de la psychologue Carol Dweck, dont il rappelle qu'il change le rapport à l'échec autant que le rapport à la critique.
Aimer, apprendre, agir : les trois moteurs qui ne dépendent que de vous
Son credo tient dans les motivations durables. Tout effort demandé à quelqu'un est une forme de souffrance : sans raison de la traverser, l'implication ne vient pas. La récompense matérielle en est une, mais elle s'épuise. Bernard Anselem s'appuie sur le modèle de Deci et Ryan et ses trois motivations intrinsèques : l'appartenance à un groupe, la progression en connaissance et en compétence, et l'autonomie. Il les résume en une formule qu'il a faite sienne, aimer, faire et comprendre, qu'il énonce aussi comme les trois A : aimer, apprendre, agir. Ce sont les seuls moteurs qui ne dépendent de personne d'autre que soi, et c'est ce qui, selon lui, fait la différence face aux efforts à fournir.
Le cerveau ne se développe qu'en présence des autres
Sa conviction centrale, développée notamment dans son livre « Les talents cachés de votre cerveau au travail » (Eyrolles, 2019, coécrit avec Emmanuelle Joseph-Dailly), tient en une phrase : certains circuits du cerveau ne se développent qu'au contact d'autrui, et dépérissent dans l'isolement. Il rappelle que l'espèce humaine n'a pas dominé la planète par sa force physique mais par sa capacité à se regrouper, preuve selon lui que le lien social n'a jamais été un supplément d'âme mais une nécessité vitale.
Ce que Google a découvert en cherchant ailleurs
Bernard Anselem s'appuie sur l'étude du projet Aristotle de Google, qui a d'abord échoué à isoler les facteurs de performance d'une équipe en épluchant diplômes, formations et compositions d'équipe, avant de trouver la réponse ailleurs : la sécurité psychologique, cette capacité à émettre une idée sans craindre d'être jugé. Sans elle, explique-t-il, le cerveau bascule en mode défense et cesse d'être créatif, l'un et l'autre étant, selon lui, rarement compatibles. Il relie aussi le manque de reconnaissance à un besoin qui ne se rassasie jamais vraiment, et à des malentendus de couloir capables, à eux seuls, d'installer un conflit durable.