Florent Lacourt travaille depuis onze ans sur un sujet que la plupart des entreprises préfèrent ne pas nommer : l'improvisation au travail. Coach et auteur du livre « Apprivoiser le crocodile » (ESF Sciences Humaines, 2021), il part d'un constat simple : on forme les équipes à gérer l'aléa, cette difficulté prévisible pour laquelle il existe une procédure, mais presque jamais à affronter l'imprévu, cette situation qu'on n'a encore jamais vue sous cette forme et pour laquelle aucun manuel n'a de réponse.
L'anecdote qui donne son titre au livre
Le titre de son livre vient d'une histoire vécue que Florent Lacourt raconte souvent. Une jeune conseillère d'assistance téléphonique reçoit, en pleine nuit, l'appel d'un homme bloqué près de son camping-car par un alligator, en Australie, pendant que sa famille dort à l'intérieur. Rien dans le logiciel ne prévoit ce cas. Elle appelle la police, sans succès, puis a l'idée de contacter la ligue locale de protection des animaux, qui résout la situation. Le lendemain, son manager la félicite, avant de lui expliquer qu'elle n'aurait pas dû sortir du cadre de sa mission. Pour Florent Lacourt, cette histoire résume un problème structurel : l'improvisation réussie reste rarement reconnue comme une compétence, elle est perçue comme la preuve qu'un rouage a lâché quelque part.
Une lecture culturelle de l'imprévu
Ayant vécu et travaillé plusieurs années en Chine, Florent Lacourt oppose deux rapports culturels à l'action. En France, la pensée précède l'action : on planifie, on anticipe, puis on exécute, une force qui devient une limite dès que le plan ne tient plus. En Asie, il observe une autre logique, où l'on agit et pense en même temps, ajustant sa trajectoire au fil de plusieurs itérations plutôt qu'en s'en tenant à un plan initial. Une manière de rappeler que savoir improviser n'est pas un supplément d'âme réservé aux plus talentueux, mais une compétence qui se travaille comme une autre.