Jean Mathy est philosophe consultant, cofondateur en 2013 du cabinet lyonnais Noetic Bees, une aventure récompensée la même année par le prix d'innovation de la Ville de Lyon. Diplômé d'un master de philosophie à l'Université Lyon 3 et certifié par l'American Philosophical Practitioners Association, il a fait un choix rare pour un philosophe : descendre dans les entreprises plutôt que d'en rester à distance.
Sa thèse centrale tient en un mot qu'il emprunte à l'anglais, « critical friend ». L'entreprise a besoin de philosophes capables d'être à la fois amis du monde qu'elle façonne et gardiens exigeants de la qualité de ses décisions. Il théorise ainsi la figure du philosophe de transition, garant de bonnes questions plutôt que fournisseur de réponses toutes faites.
Le manager comme garant, pas comme sachant
Pour Jean Mathy, le manager existe d'abord parce que les organisations sont composées d'êtres imparfaits. Son rôle véritable ressemble à celui d'un arbitre : garant de la justice quand il tranche qui reste travailler un soir de fête, garant du bien commun quand il ouvre un dialogue sans savoir où celui-ci va le mener. Il défend une pratique qu'il appelle la désautomatisation, ce moment où, face à un mail qui agace, on choisit de s'arrêter avant de répondre à chaud. Un geste minuscule, dit-il, mais qui est déjà, en soi, un geste philosophique, puisqu'il s'interpose entre le stimulus et la réaction.
Un pont assumé entre philosophie et coaching
Interrogé sur la frontière entre la philosophie et le coaching, Jean Mathy refuse la posture de ses confrères les plus puristes. Il revendique un pont entre les deux disciplines, tout en rappelant avec humour que Socrate lui-même, dans les dialogues de Platon, menait ses interlocuteurs par le bout du nez avec une habileté qui frôlait la manipulation.