Léo Davesne anime depuis février 2017 le Podcast Agile, une émission hebdomadaire d'une dizaine de minutes qui totalisera plus de 300 épisodes en six ans. Praticien de l'holacratie depuis plusieurs années dans son organisation, il en parle sans triomphalisme, avec le recul de quelqu'un qui a vu le modèle fonctionner autant qu'il l'a vu déraper.
Une constitution à la place d'un organigramme
Passer à l'holacratie commence, explique-t-il, par un geste symbolique fort : les dirigeants signent une constitution, un document qui remet la gouvernance de l'entreprise entre les mains d'une structure de cercles plutôt qu'entre les leurs. Beaucoup de fondateurs qu'il a observés y sont venus après avoir réalisé qu'ils étaient devenus, malgré eux, le principal frein à la croissance de leur propre entreprise, en accaparant des décisions qu'ils ne maîtrisaient plus vraiment.
Une tension, ça se traite, pas ça se subit
Léo Davesne détaille le vocabulaire propre à l'holacratie : les rôles remplacent les postes, un facilitateur et un secrétaire animent chaque cercle, et les tensions, ces frictions individuelles que la hiérarchie classique laisse le plus souvent macérer en silence, sont traitées une par une en réunion de gouvernance, dans un cadre structuré qui n'a rien d'un défoulement collectif.
Dix ans avant de juger
Il met en garde contre un excès d'enthousiasme. Selon lui, il faut compter une bonne dizaine d'années avant de savoir si une organisation en holacratie tient vraiment ses promesses, le temps de traverser plusieurs crises et d'apprendre, souvent à ses dépens. Il dénonce aussi une dérive qu'il a observée dans certaines entreprises dites libérées : sous prétexte que les collaborateurs ne sont plus managés mais responsables, certains dirigeants en profitent pour leur demander toujours plus. Une pratique qu'il juge sans détour toxique.