Né et élevé à Bujumbura, au Burundi, Mamba Nijimbere fait des études de management puis travaille dans le marketing et la vente. Sa femme Nadia, militante dans une ONG, documente des crimes commis contre des femmes et des enfants. Ce travail la contraint à fuir : elle arrive à Détroit en 2013. Lui reste, demande un visa, se le voit refuser deux fois, et ne la rejoint qu'en novembre 2015. Leurs jumelles ont alors deux ans. Il n'a pas assisté à leur naissance, et elles ne le connaissent pas.
Le prix d'un départ
Partir signifiait renoncer à une promotion, et surtout cesser d'être le pilier dont vivaient ses parents et son frère, eux-mêmes réfugiés au Rwanda. Il a coupé le contact pendant un an pour tenir sa décision. À Détroit, hébergé par Freedom House, centre d'accueil pour demandeurs d'asile, il apprend l'anglais seul, avec Google Translate et les dessins animés de ses filles. Son diplôme ne vaut rien : malgré les entretiens, personne ne le rappelle. Il finit dans une usine de portières de voitures.
De 50 000 dollars à trente-deux salariés
Une formation à l'entrepreneuriat lui ouvre une autre voie. Il inscrit un projet de restaurant africain à un concours, sans en parler à sa femme, et sans business plan. Un pop-up de cent vingt couverts épuisé en trente minutes convainc le public, puis le jury : il remporte 50 000 dollars, soit dix pour cent des 500 000 dollars nécessaires. Il faudra encore trois ans, le Covid et un chantier interrompu alors que 80 % du budget était engagé, avant que Baobab Fare ouvre en février 2021. Deux mois plus tard, il y avait la queue. L'établissement emploie aujourd'hui trente-deux personnes et quatre managers, et s'est étendu à un food truck et à un marché en ligne, avec du café burundais torréfié à Détroit.
Ce qu'il en dit pour ceux qui dirigent
Le restaurant, dit-il, ne lui appartient plus vraiment : il appartient à ceux qui y travaillent, et c'est pour qu'ils grandissent que l'affaire doit grandir. Il est resté lié à Freedom House et exerce un rôle de mentor, auprès des nouveaux arrivants comme de la communauté noire de Détroit.