La Juste Performance

6 juin 2023 · 40 min · Entretien

Repartir de zéro : une résilience à toute épreuve (avec Mamba Nijimbere)

Repartir de zéro : arriver à Détroit en novembre 2015, sans un mot d'anglais, et retrouver deux filles de deux ans qui ne vous connaissent pas. Mamba Nijimbere avait un poste au Burundi, une promotion en vue, et une famille entière qui vivait de son salaire. Il a tout laissé. Sept ans plus tard, son restaurant de Détroit emploie trente-deux personnes.

Portrait de Mamba Nijimbere

Avec

Mamba Nijimbere

Entrepreneur burundais, cofondateur du restaurant Baobab Fare à Détroit

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Ce que vous allez comprendre

  • Pourquoi renoncer au rôle de pilier familial est la décision la plus lourde
  • Ce que l'intégration réclame quand un diplôme et un parcours ne valent plus rien
  • Pourquoi un écosystème local pèse davantage qu'un business plan au démarrage
  • Ce qui change dans une entreprise quand elle cesse d'appartenir à son fondateur

À propos de Mamba Nijimbere

Né et élevé à Bujumbura, au Burundi, Mamba Nijimbere fait des études de management puis travaille dans le marketing et la vente. Sa femme Nadia, militante dans une ONG, documente des crimes commis contre des femmes et des enfants. Ce travail la contraint à fuir : elle arrive à Détroit en 2013. Lui reste, demande un visa, se le voit refuser deux fois, et ne la rejoint qu'en novembre 2015. Leurs jumelles ont alors deux ans. Il n'a pas assisté à leur naissance, et elles ne le connaissent pas.

Le prix d'un départ

Partir signifiait renoncer à une promotion, et surtout cesser d'être le pilier dont vivaient ses parents et son frère, eux-mêmes réfugiés au Rwanda. Il a coupé le contact pendant un an pour tenir sa décision. À Détroit, hébergé par Freedom House, centre d'accueil pour demandeurs d'asile, il apprend l'anglais seul, avec Google Translate et les dessins animés de ses filles. Son diplôme ne vaut rien : malgré les entretiens, personne ne le rappelle. Il finit dans une usine de portières de voitures.

De 50 000 dollars à trente-deux salariés

Une formation à l'entrepreneuriat lui ouvre une autre voie. Il inscrit un projet de restaurant africain à un concours, sans en parler à sa femme, et sans business plan. Un pop-up de cent vingt couverts épuisé en trente minutes convainc le public, puis le jury : il remporte 50 000 dollars, soit dix pour cent des 500 000 dollars nécessaires. Il faudra encore trois ans, le Covid et un chantier interrompu alors que 80 % du budget était engagé, avant que Baobab Fare ouvre en février 2021. Deux mois plus tard, il y avait la queue. L'établissement emploie aujourd'hui trente-deux personnes et quatre managers, et s'est étendu à un food truck et à un marché en ligne, avec du café burundais torréfié à Détroit.

Ce qu'il en dit pour ceux qui dirigent

Le restaurant, dit-il, ne lui appartient plus vraiment : il appartient à ceux qui y travaillent, et c'est pour qu'ils grandissent que l'affaire doit grandir. Il est resté lié à Freedom House et exerce un rôle de mentor, auprès des nouveaux arrivants comme de la communauté noire de Détroit.

Le saviez-vous

Le saviez-vous ?

Mamba Nijimbere a remporté un concours d'entrepreneuriat et 50 000 dollars sans avoir de business plan. Chaque fois que le jury l'interrogeait sur son modèle économique, il ramenait la conversation à son histoire. Il a découvert ensuite qu'il lui fallait 500 000 dollars : sa victoire couvrait dix pour cent du besoin.

Le saviez-vous ?

Il a appris l'anglais avec Google Translate et les dessins animés que regardaient ses jumelles. Les cours étaient hors de prix, et il lui fallait aussi distinguer deux façons de parler la langue selon les quartiers de Détroit.

Le texte de l'épisode

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