Wadih Choueiri est cofondateur du cabinet Libres Détours, enseignant-chercheur et spécialiste du développement personnel appliqué à l'entreprise. Il intervient auprès des managers et des dirigeants sur les questions de responsabilité, de harcèlement et de burn-out, et a mené une centaine d'entretiens avant d'écrire « L'emprise au travail, la comprendre, s'en libérer » (ESF Sciences Humaines), après un premier livre, « Retrouver le goût du travail ».
Une dette qu'on ne peut jamais solder
Sa thèse : l'emprise au travail commence rarement par une brutalité. Elle s'installe souvent par un excès inverse, un poste offert au-dessus de l'expérience, une confiance affichée trop vite, un accès direct au dirigeant. Ce cadeau initial crée une dette que rien ne permet jamais de rembourser complètement. La personne se met alors à courir après chaque remarque suivante pour tenter d'être à la hauteur, sans jamais y parvenir, puisque la mécanique est construite pour que la dette ne se solde jamais.
Le pouvoir abîme l'empathie
Wadih Choueiri s'appuie sur des travaux de neurosciences pour montrer qu'occuper une position de pouvoir tend à réduire l'activité des neurones miroirs, cette capacité à percevoir la souffrance de l'autre. Selon lui, une relation d'emprise se noue toujours à deux, jamais de façon unilatérale, et le langage managérial appauvri des organisations contribue à rétrécir ce qu'on peut dire de sa propre souffrance.
Le corps parle avant les mots
Il insiste sur un signal qu'on ignore trop souvent : dans les situations qu'il a étudiées, aucune n'était exempte d'un trouble physique, boule dans la gorge, infections à répétition, jusqu'à des pathologies plus graves. Il invite chacun à cultiver ce qu'il appelle, en référence aux philosophes grecs, le souci de soi : interroger chaque journée pour repérer, avant que le corps ne soit contraint de le faire à sa place, ce qui ne va plus.