L'emprise se joue à deux
Jimmy
Cette semaine, j'ai l'immense joie de recevoir Wadih Choueri pour nous parler de son livre L'emprise au travail, publié aux éditions ESF Sciences Humaines, partenaire de la saison 3 de ce podcast. Vous allez découvrir que Wadih est un personnage extrêmement inspirant, d'un calme réconfortant, et qui a derrière lui une très grande expérience qui nous permet d'avancer dans ce monde où parfois on tombe sous l'emprise de quelqu'un.
Wadih nous le rappelle : l'emprise, ça se joue à deux. C'est pourquoi on définit tout de suite les termes d'emprenant et d'emprené en début de podcast. Il essaie de nous expliquer comment les mécanismes se mettent en place, et surtout à quel moment on doit être vigilant pour ne pas tomber dans un jeu d'emprise. Il faut bien sûr rappeler que cette situation n'est pas une fatalité et qu'on peut bien évidemment en sortir. Tout ça, je vous laisse le découvrir dans ce podcast, qui a été pour moi un podcast extrêmement touchant, car Wadih nous dévoile un peu aussi de son parcours personnel. Et on comprend mieux, peut-être, pourquoi Wadih aide les gens à sortir de cette emprise.
Enfin, retrouvez-moi rapidement sur LinkedIn afin de pouvoir gagner l'un des trois livres que nous allons mettre en jeu : L'emprise au travail, la comprendre et s'en libérer, de Wadih Choueri. Un livre que j'ai adoré et que je vous recommande chaudement. Je ne vous en dis pas plus et je vous laisse découvrir ce podcast. Allez, bonne écoute.
Salut Wadih.
Wadih Choueri
Bonjour Jimmy.
Jimmy
Merci infiniment de prendre du temps pour répondre à nos questions aujourd'hui, participer au podcast du Petit Manager. On va aborder une thématique qui n'est vraiment pas facile, et c'est un angle auquel je n'avais jamais pensé avant. C'est éventuellement une des raisons du pourquoi on ne devrait pas travailler ensemble, alors que sur le podcast on travaille souvent sur le pourquoi on travaille ensemble. On va parler de l'emprise au travail avec toi.
Jimmy
La première question fait référence, bien évidemment, au livre que tu as écrit. Il y a deux types de profils lorsqu'il y a une emprise : il y a ce que tu appelles l'emprenant et l'emprené. Ce sont des termes qu'on va utiliser tout au long du podcast. Est-ce que tu veux bien juste revenir dessus [inaudible], qu'on rentre dans le vif du sujet ?
Wadih
Tes remarques et tes questions sont importantes et fortes. Quand tu commençais par dire : finalement, on va aborder quelque chose qui nous explique pourquoi on ne travaillerait pas ensemble… J'ai abordé ce thème parce que je le rencontrais en entreprise. Le fait d'approfondir pourquoi ça se tord à un moment m'a permis de voir l'autre côté de la pièce, c'est-à-dire le contrepoint, et de me rendre compte que finalement, aborder ce côté plus de l'ombre, c'était une façon d'aborder la lumière qu'il y avait dans la relation. C'est quelque chose d'important pour moi, surtout sur ce versant-là.
Quant aux personnages, emprenant, emprené, il fallait bien les nommer, mais il y a beaucoup de limites au fait de mettre ces mots-là. Déjà, mettre emprenant et emprené, c'est catégoriser quelqu'un. Il y a quelque chose qui ne va pas dans la façon de le catégoriser. Dans le livre, j'explique bien que c'est un abus de langage que j'utilise pour aller vite. Mais il s'agit toujours d'une question de relation. Néanmoins, comme une situation survient et que l'on voit bien qu'une personne est de plus en plus en difficulté, une autre personne monte quelque part dans une forme de tyrannie. C'est une façon de caractériser ces deux personnages-là. Donc l'emprenant, c'est celui qui pose une forme d'emprise. L'emprené, c'est celui qui subit cette emprise, qui décroît, qui faiblit, qui se réduit, qui quelquefois se fait très mal, psychiquement et même du point de vue de la santé physique. Néanmoins, toujours important de rappeler que c'est une question de relation, c'est quelque chose qui se noue à deux.
Jimmy
Oui, c'est important, tu le dis d'ailleurs dans le livre, que ce n'est pas unilatéral. C'est-à-dire qu'il n'y a pas juste l'emprenant qui va faire de quelqu'un son emprené, il y a aussi l'emprené qui joue à cette relation avec l'emprenant, dans un terrain — on y reviendra peut-être tout à l'heure — qui peut être plus ou moins fertile.
Des blessures qui se rencontrent
Jimmy
Quelque chose que je souhaite comprendre au travers de ton livre : est-ce qu'il y a toujours une caractéristique spécifique qui va définir un emprenant et un emprené ? Est-ce qu'il y a un dénominateur commun chez les individus ? Par exemple, chez l'emprené, tu parles parfois dans le livre d'un manque à combler ou de blessures qui font que la personne peut devenir facilement, ou plus facilement, emprenée.
Wadih
En fait, pour les deux personnes, il y a un manque à combler. On pourrait même le regarder d'une façon plus large : quelquefois, ce sont des collectifs où il y a des systèmes d'emprise. Mais pour le moment, regardons juste la relation à deux. Pour les deux personnages, il y a une situation où les deux sont habités par des blessures. Nous sommes des êtres humains, donc toi et moi, Jimmy, et ceux que nous connaissons, nous sommes vulnérables. En français, vulnérable, c'est vulnus, la blessure. C'est-à-dire que nous sommes en proie aux blessures. Il nous manque quelque chose, il y a des choses qui sont venues percuter notre vie. Et ces blessures, quelquefois, sont très fortes.
Une blessure forte, dans l'un des exemples que je donne, c'est une jeune dame qui a 28 ans, qui n'a pas été vraiment appréciée à sa juste valeur dans sa famille, qui lutte pour se faire reconnaître, et qui rencontre un homme de l'âge de son père — justement, ce père qu'elle n'a jamais vu. Mais qui lui aussi est blessé. Lui aussi ne sait pas avoir des relations, j'ai envie de dire, saines, équilibrées, tranquilles. Et donc il se retrouve face à une personne — il ne le sait pas, c'est souvent inconscient — qui devient quasiment une proie pour lui. C'est-à-dire qu'il est là, il a besoin d'exercer son emprise, il a besoin de saturer son temps, il a besoin de liens. Lui aussi est blessé, sinon il ne ferait pas tout ça. Et dans les deux cas, c'est une histoire de blessures qui se rencontrent. Et ça s'accroche.
Il y a beaucoup de personnes en entreprise qui m'ont dit : telle personne, tel dirigeant, tel manager est une personne qu'on dit emprenante, harceleuse, etc., mais avec moi, ça ne fonctionne pas. C'est intéressant quand même. Il faut bien que ça s'accroche. Il y a quelque chose sur quoi ça s'accroche.
Jimmy
Oui, et tu le dis dans le livre : je pense que l'emprenant, quand il y a un déclenchement d'emprise — je ne sais pas si on peut l'appeler comme ça —, au point de départ, l'emprenant ne fait presque pas ça volontairement. C'est-à-dire que le mécanisme qui va se mettre en place entre l'emprenant et l'emprené n'est pas prédéfini, ça va se faire progressivement.
Wadih
Oui. C'est au bout d'un certain temps qu'on voit, dans un service donné, qu'une personne répète toujours la même chose. Là on parle du schéma de la personne. Dans le cas dont je parlais tout de suite, son service, c'était une trentaine de personnes, il n'y avait que des femmes, le seul homme qui existait c'était un stagiaire très jeune qui n'avait aucun poids, et c'est un processus qui avait pu se répéter par le passé. Donc il y a quelque chose qui le rend propice à générer ce genre de choses. Mais il faut qu'il trouve face à lui une personne qui est dans cette difficulté-là.
Peut-être simplement un point là-dessus. Quand nous disons que ce n'est pas si conscient que ça, les retours que j'ai pu avoir jusqu'à aujourd'hui, c'est : est-ce qu'on n'est pas en train de déresponsabiliser les personnes qui portent cet acte-là ? Ce n'est pas le cas, ce n'est pas pour leur trouver des excuses, c'est pour comprendre. Je crois qu'en comprenant ce qui se joue, on est un peu plus à l'aise pour traiter les sujets, pour désaffecter quelquefois, et pour traiter avec beaucoup plus de pragmatisme ce qui se joue et s'en sortir. Mais évidemment, quelqu'un qui met une pression folle sur quelqu'un d'autre, qui l'habite, qui le colonise quelque part, qu'il soit au travail ou qu'il soit chez lui, évidemment il y a quelque chose en lui qui sait qu'il est en train de faire ça.
Une affaire d'hommes ?
Jimmy
Tu le mentionnes : il y avait une équipe, dans ce cas précis, quasiment exclusivement féminine, et lui c'était un homme. Ça transpire un peu quand même dans le livre, c'est presque mis entre parenthèses, mais est-ce que l'emprenant est un modèle masculin ?
Wadih
C'est quelque chose à noter sur la centaine d'entretiens que j'ai pu faire. J'ai fait des entretiens très majoritairement avec des personnes qui ont vécu ce genre de situation. J'ai fait aussi des entretiens avec des juges pour enfants, des syndicalistes, des RH qui avaient vu, ou entendu, ou perçu ce genre de situation. Majoritairement, ce sont des femmes qui ont vécu cette situation-là. Néanmoins, il y a un exemple où c'est la femme qui porte l'emprise. Et l'emprise n'est pas moindre que celle des hommes.
Encore une fois, ce sont des blessures qui se rencontrent. Néanmoins, peut-être que c'est la géographie aujourd'hui de ce qui fait autorité en entreprise, qui est malheureusement majoritairement masculine. C'est dommage qu'il n'y ait pas un équilibre. Et peut-être que de ce fait-là, statistiquement, on se retrouve avec plus de situations où le manager, plutôt homme, se retrouve en train de manager des hommes et des femmes, et potentiellement en train d'exercer son emprise sur une femme. Il y a également des situations dans le livre où je parle d'hommes qui ont été mis sous emprise par d'autres hommes ou par des femmes.
Jimmy
Tu fais, par cet exemple, référence au fait que l'emprenant soit toujours le manager, toujours la position du dessus, et l'emprené toujours la position du dessous. Est-ce que c'est forcément le cas ?
Wadih
Non, ce n'est pas forcément le cas. Néanmoins, tu sais, quand on se retrouve dans une situation d'entreprise, un manager, ce n'est pas rien. C'est-à-dire qu'un manager, c'est énormément un support de projection. On a vécu quelque chose dans notre vie, on se retrouve dans une autre — on pourrait dire dans une autre famille, même si le modèle est en train de bouger au niveau sociétal. Mais néanmoins, c'est la personne qui est garante et tenante de l'autorité. Et celle qui est garante de l'autorité, on y met beaucoup de choses. Nous, collaborateurs, on y met beaucoup de choses. Donc en y mettant beaucoup de choses, on y met peut-être trop de choses. Et peut-être qu'on donne beaucoup trop de pouvoir à cette personne-là. Et c'est pour ça que ça prend probablement plus facilement quand il y a un rapport à l'autorité face à elle. Mais ce n'est pas essentiel.
Le pouvoir de, le pouvoir sur
Jimmy
Mais cette notion de pouvoir, elle est quand même indispensable — enfin, indispensable… Tu cites une étude qui démontre que plus on a de pouvoir, potentiellement, moins on va avoir d'empathie. Et tu expliques que potentiellement les emprenants sont en manque d'empathie, alors que les emprenés peuvent en avoir peut-être même un peu trop envers leurs emprenants. Tu fais cette relation entre plus de pouvoir, moins d'empathie. Est-ce que c'est un sujet qui te semble aujourd'hui essentiel à traiter en entreprise si on veut éviter ce genre de situation ? Remettre le pouvoir pour l'équipe et non pas le pouvoir sur l'équipe ?
Wadih
Oui, je crois que la civilisation d'aujourd'hui, les difficultés que l'on voit notamment en France, mais pas que, sur la difficulté de revenir au travail, d'être complètement engagé dans ce qu'on est en train de faire, questionnent évidemment les rapports qu'on doit imaginer aujourd'hui au niveau du management. Donc il y a quelque chose à inventer de neuf, qui n'existe pas encore. On est face à des stéréotypes, mais qui ne sont pas que des stéréotypes.
Les neurosciences nous ont beaucoup aidés à décrypter ce qui se joue au niveau neuronal quand nous nous retrouvons dans des lieux de pouvoir, quand nous nous retrouvons en position de pouvoir. Et finalement, quelque chose de l'ordre des neurones miroirs s'arrête de fonctionner, ne fonctionne plus aussi bien qu'avant. Et donc, la souffrance de l'autre, on la perçoit moins. Je ne pars pas du principe que les gens sont mauvais par essence — chacun a son paradigme, moi, le mien, c'est surtout que les gens sont bons par essence. Donc si on se met à faire du mal et qu'on continue à le faire, c'est qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne plus, même au niveau neuronal et évidemment affectif. D'autres études en neurosciences ont montré qu'à un certain niveau de direction, on se voyait plus grand qu'on n'était. Ça, c'est intéressant aussi. Il y a une forme de toute-puissance qui peut émerger de ça.
Jimmy
D'accord. C'est hyper intéressant, dans le sens où on parle beaucoup du pouvoir aujourd'hui. On essaie de changer ces structures pyramidales, etc. On parle d'entreprises libérées, par exemple, où là on essaie de déconstruire cette notion du pouvoir. Et il y a quelque chose qui m'a fait un peu tiquer en lisant ton livre, que je n'avais jamais aperçu avant : toi, tu le vois comme un risque. Quand on parle d'entreprises libérées, ou d'holacratie, ou de redistribution des pouvoirs dans les équipes, d'empowerment, on se dit par exemple que la fiche de poste a moins de sens, c'est-à-dire qu'il faut aller aider les copains, qu'il faut dépasser ses fonctions, qu'il ne faut plus se limiter à un carcan prédéfini. Et en te lisant, je me suis dit qu'il y avait un risque ici, parce que sans ce carcan-là, c'était peut-être donner un terrain fertile à certains emprenants. Est-ce que c'est comme ça qu'on pourrait le traduire, ou est-ce qu'il y a un point de vigilance à mettre en place quand on change d'une structure pyramidale à une structure d'empowerment ?
Wadih
Certaines études ont été faites sur les entreprises dites libérées ou libérantes. On y retrouve à peu près les mêmes phénomènes. Si on revient sur le terme pouvoir que tu as utilisé, je crois qu'il faut vraiment faire la distinction entre le pouvoir de et le pouvoir sur. Le pouvoir de, c'est la capacité à faire des choses. Heureusement qu'on a du pouvoir. Et c'est quelque chose qui a été un peu malmené. Il y a des termes qui ont été fortement malmenés, c'est quasiment négatif de parler de pouvoir aujourd'hui. Mais le pouvoir de faire émerger, le pouvoir de faire éclore quelqu'un, c'est assez extraordinaire. Le pouvoir sur, c'est-à-dire vouloir absolument dominer, tenir, là c'est quelque chose qui peut faire du mal.
Un autre terme qui est extrêmement intéressant, c'est l'autorité. Autorité, faire autorité, l'auctoritas en latin, c'est augmenter. C'est augmenter l'autre, c'est l'augmenter de sa capacité. Donc l'autorité, ce n'est pas l'autoritarisme, l'abus d'autorité. Et quelquefois on confond les termes, et c'est important d'y revenir. La langue est quelque chose de très intéressant dans ce sens-là.
Donc le pouvoir demande et appelle un cadre, et ce cadre est sécurisant. Quand un manager fait son travail, il est garant du cadre. Dans les approches systémiques, on dit que le manager se définit comme le garant du cadre. C'est-à-dire celui qui va savoir ce qui doit se dérouler dans cet espace, dans ce temps, et avec chacun dans cet espace-là. Et ça, c'est une sorte de garantie vraiment pour que les choses se passent bien et que personne ne soit malmené.
Tu parlais de définition de fonction, ou effectivement d'entreprises un peu plus… ou avec moins de règles. Ce n'est pas pour rien qu'on a vu émerger d'autres modèles comme les modèles agiles. Mais même dans le modèle agile, par exemple, il faut être très attentif à toujours être proche de l'esprit de ce modèle, et pas que le processus soit avant la relation. Donc ça, c'est quelque chose d'extrêmement intéressant, parce que beaucoup d'entreprises se lancent dans les nouvelles méthodologies, et ça devient un dogme, et le dogme dépasse la relation, finalement.
La dette qu'on ne peut pas rembourser
Jimmy
Oui, tu le dis bien, et on y reviendra juste après, parce que c'est un pan qui me semble très riche dans le livre, que tu déploies, notamment cette histoire de process et de langage entreprise. Mais avant, j'aimerais juste qu'on revienne un peu au point de départ. Tu expliques que dans cette relation emprené-emprenant, on crée une dette, une sorte de dette infinie qu'aurait l'emprené envers l'emprenant. Et tu retrouves ça dans les mécanismes. Tu me disais que tu avais fait plus de 100 entretiens, entre 1 h et 12 h. C'est un travail colossal pour pouvoir aboutir à ces conclusions. Est-ce que tu peux nous parler de cette dette ?
Wadih
Oui. Je crois qu'il y a deux éléments intéressants. Le premier, c'est ce qui est de l'ordre du conditionnel et ce qui est de l'ordre de l'inconditionnel. Quand tu es dans ta famille, tu as un frangin, il lui arrive un malheur et même s'il est en faute, tu vas probablement l'aider. Quoi qu'il arrive.
Wadih
Dans l'entreprise, dans la société, on est dans le conditionnel, pas dans l'absolu, pas dans l'inconditionnel. Donc si ceci, alors cela. Donc là, on négocie la relation, et il y a des bornes, il y a des limites.
Dans le même principe, pour moi, l'un des pivots des collectifs et des sociétés, c'est la question de la réciprocité. C'est-à-dire : Jimmy, tu me donnes quelque chose, je te donne quelque chose en retour. Comme dans les approches du potlatch, tu sais, d'une tribu A vers une tribu B sur les îles du Pacifique : la tribu A donne quelque chose à la tribu B, la tribu B se trouve en train de devoir donner quelque chose à la tribu A. Et ça, c'est parfait. Quand la réciprocité est là, c'est un principe de base, et c'est ce qui nous permet de vivre ensemble.
Qu'est-ce qui se passe, si on poursuit l'exemple que j'ai donné tout à l'heure, quand cet homme d'âge mûr se met à donner énormément dès le départ ? Ça veut dire quoi, donner énormément, très concrètement ? Pour cette jeune femme, il lui propose un poste à 10 000 euros au-delà de ce qu'elle devrait avoir. Il lui propose une fonction qui la met directement en rapport avec lui — alors que tout le monde n'est pas en rapport avec lui. Il lui propose d'exercer une expertise à un niveau qu'elle n'a pas encore atteint. Il s'occupe d'elle : elle lui dit qu'elle va faire une opération, il s'y intéresse, il est dans une proximité comme on pourrait l'être avec sa fille ou avec sa femme.
Qu'est-ce qu'il est en train de lui donner ? Qu'est-ce qu'il est en train de lui donner en trop ? Cette femme le reçoit. Elle pourrait arrêter le jeu, elle pourrait lui dire : écoute, tu me demandes un élément médical sur mon opération, je crois qu'il y a une limite. Et ça serait très simple de pouvoir dire ça. Elle a 27-28 ans, donc ce n'est pas aussi évident que ça de poser ces choses-là. Et c'est là où la mécanique prend et se grippe. C'est-à-dire qu'à partir du moment où on n'a pas arrêté un premier geste, qu'est-ce qui se passe derrière ?
Quand tu es cette jeune femme, que tu es encore très jeune, que tu n'as pas encore validé ton expérience professionnelle, et que cet homme te donne la possibilité de briller, et que tu te dis : pour une fois, il y a quelqu'un qui a reconnu où j'en étais… C'est très difficile de se départir de ça.
Jimmy
Mais ça, ça crée une dette.
Wadih
Ça crée une dette. Et j'ai envie de te dire : comment pourrait-elle la rembourser ? Pour la première fois de sa vie, peut-être pour la seule fois de sa vie, il y a quelqu'un qui la regarde comme elle aimerait être regardée. Donc voilà, il m'a donné quelque chose qui n'a pas de prix. Et donc, comment je fais pour lui rembourser ça ? Et la difficulté va commencer là. C'est-à-dire : je dois lui donner quelque chose en retour, et donc je vais m'affairer pour commencer à lui donner quelque chose en retour.
Dans un premier temps, c'est plutôt sympa, c'est une lune de miel, tout se passe bien. Et à un moment, il commence à me faire une remarque. Et là, je me mets à courir. Et je veux absolument être à la hauteur. Sauf qu'il y en a une deuxième, et une troisième. Et toute la mécanique, c'est qu'à aucun moment ça ne puisse lui convenir. Ça fait partie de l'histoire. C'est-à-dire qu'à aucun moment elle ne puisse résorber sa dette, et qu'il lui dise : tu as bien fait. En fait, la dette n'est pas épuisable. Je vais réussir à solder cette dette puisque tu m'as fait confiance, donc je vais te montrer que je suis à la hauteur de cette confiance — et c'est là qu'on va de plus en plus loin.
Jimmy
Une dette qu'elle ne pourra jamais rembourser, potentiellement. Il y a ce déséquilibre. Du coup, on est là dans l'inconditionnel. Ce n'est pas une condition A contre B, c'est quelque chose contre quoi je ne pourrai jamais être équitable en retour.
Il y a une conférence que j'aimais bien, un TEDx de Guy Kawasaki, qui dit : lorsque vous rendez service à quelqu'un, faites-lui toujours savoir comment il pourrait vous rendre la monnaie de la pièce. Parce qu'on revient à un degré d'équité, et la prochaine fois il n'hésitera pas à vous redemander service. Alors que si on vous demande service une fois, deux fois — tiens, Wadih, tu viens sur le podcast une fois, deux fois, trois fois —, au bout d'un moment, s'il n'y a pas de réciprocité, du coup soit je ne te sollicite plus, soit tu me diras non. Voilà. Et j'ai trouvé ça très pertinent : quand quelqu'un dans l'entreprise me dit « je te le revaudrai », autant lui dire comment il peut revaloir ce qu'on a fait pour lui.
Wadih
Écoute, si on prend — puisque mon travail, c'est d'accompagner des personnes et donc d'analyser les situations —, si on prend la réalisation de ce podcast : tu es venu me voir et tu m'as dit « voilà, j'ai commencé plusieurs saisons, ça se porte vraiment très bien et j'ai envie de continuer à parler de ça, donc ça pourrait être un contenu intéressant pour moi ». Et à l'inverse, moi, je me suis dit tout simplement : c'est une façon de transmettre, c'est une façon de faire connaître. Donc le jeu est tout à fait équilibré, en fait. Et là, il n'y a aucun sujet. Et je crois qu'on a pris soin l'un et l'autre de faire attention à ce qu'on appelle la contractualisation. C'est-à-dire finalement : qu'est-ce que chacun apporte dans l'histoire ?
Je voudrais juste te dire un mot. J'aime beaucoup la phrase que tu as posée. Puisque tu parlais du conditionnel, tu dis : là, on rentre dans l'inconditionnel. Là, on rentre dans un inconditionnel qui est maltraitant. Là, on rentre dans une famille maltraitante, on rentre dans un endroit où il y a de l'abus. Parce que l'inconditionnel, heureusement, peut être porté par de très très belles valeurs, d'entraide, de solidarité, etc. Mais à certains moments, il est mortifère, tout simplement.
La mère suffisamment bonne
Jimmy
Et j'en profite, parce que tu parles de famille. Tu fais aussi référence à Winnicott, qui est quelqu'un qui a beaucoup œuvré sur la pédagogie, en tout cas sur la relation mère-enfant. Il y a d'ailleurs le terme, si je ne m'abuse, de la mère suffisamment bonne, qui est important. Il faudrait peut-être avoir le manager suffisamment bon. Suffisamment, ce n'est pas forcément péjoratif. Pourquoi tu fais ce parallèle entre le management et la mère ?
Wadih
Combien d'heures tu as ? Parce qu'il y a beaucoup de choses à dire.
Jimmy
Je ne coupe rien au montage, tu le sauras.
Wadih
En fait, il y a beaucoup de parallèles à faire avec Winnicott. Le premier que tu prends, celui autour de la mère suffisamment bonne… Winnicott, c'est un pédopsychiatre extraordinaire. C'est un homme qui, avant d'être fondé par les théories qui étaient présentes à son époque, était en relation avec des enfants en permanence, et il essayait de les soigner. Et donc c'est à partir de ce qu'il a fait qu'il a essayé d'en dire quelque chose. Ses livres sont vraiment des perles, vraiment.
La mère suffisamment bonne. La mère suffisamment bonne ne commence pas suffisamment bonne. La mère, au départ, quand l'enfant est là, elle est extraordinaire. Elle est vraiment capable de capter tout ce qui se passe avec son enfant. Son enfant pleure à plusieurs étages d'intervalle, elle sait réagir, elle a un sixième sens. Cette mère extraordinaire est un peu la façon, pour ce bébé, d'être dans le monde. C'est comme si c'était un déploiement de qui il était dans le […]
Mais au bout d'un certain nombre de mois, il va se passer quelque chose. Un tiers — ça peut être le père, ça peut être la société — rentre dans la relation. Et il n'y a plus de relation exclusive entre la mère et l'enfant. Donc il y a un tiers qui vient déranger cette relation. Donc elle va être faillible, et elle ne va pas être extraordinaire. Et cet enfant, ça va générer chez lui du manque. Et ce manque va le mettre en mouvement pour développer ce qu'on appelle la relation d'objet. C'est-à-dire qu'il va apprendre à se saisir de son monde, à demander, à pleurer, à hurler, à sourire pour avoir ce dont il a besoin.
Et là, cette mère suffisamment bonne, c'est l'exemple de tout ce qu'on est. C'est-à-dire qu'on est faillible, et il faudrait effectivement qu'on apprenne à accepter cette faillibilité et à en faire quelque chose. Cette question d'être parfait ou d'être suffisamment bon est très intéressante, parce que si on était dans cette humilité-là, il n'y aurait pas de problème d'emprise. On a toujours une image idéalisée de nous-mêmes, et on a l'habitude de mettre dans les autres une image idéalisée. Si on acceptait simplement qu'un manager, c'est aussi quelqu'un de faillible, et qu'il ne peut pas représenter une forme de toute-puissance, mais que c'est simplement un manager qui a réussi, qui est bon, on ne le verrait pas aussi gros que ça, aussi grand que ça. De la même façon, si j'accepte que je ne suis pas cette star qui n'a pas encore été vue, tout de suite je peux me remettre en cause et arrêter le mécanisme d'emprise. Je ne vais pas développer plus, mais Winnicott est vraiment très intéressant.
Jimmy
On recommande à tous les auditeurs d'aller s'y intéresser. Ce n'est pas juste la relation mère-enfant qui se joue, c'est une relation qui peut driver toute une vie.
Wadih
Exactement. Si tu me permets juste un dernier mot sur Winnicott : Winnicott travaille beaucoup sur notre capacité à être seul, mais à se sentir bien seul. Et ça vient toucher à notre besoin de lien fondamental, ce lien originaire à la mère notamment. Or, pour être en emprise, il faut être blessé — c'est ce qu'on disait tout à l'heure — et on est tous blessés. L'une des blessures fondatrices, c'est le lien. C'est-à-dire que si on n'a pas appris à devenir autonome dans un lien… Et dans le cas qui nous intéresse, l'emprenant avait certainement une question autour du lien, et donc il avait besoin de saturer son monde et la présence de ses […] — pourquoi autant de femmes autour de lui ? Il avait vraiment fondamentalement besoin de lien, et donc ça crée les situations d'emprise.
Donc il y a un certain nombre de blessures qu'on peut vraiment décoder : le rapport au lien, le rapport à la sécurité. On a tous besoin, profondément, de sécurité, de se sentir en sécurité. Et la question de la sécurité, ce n'est pas juste une question d'armes ou de vie ou de mort, ça peut être une question de sécurité financière quelquefois. On a besoin également d'être reconnus comme une personne — pas reconnu comme un champion, reconnu comme une personne, tout simplement comme une personne. Et on a besoin aussi d'avoir des capacités d'action dans le monde. Si l'un de ces besoins venait à être touché, on en souffre et on essaie de le combler. Et Winnicott, si on aborde ce sujet-là, aborde énormément cette question du lien de l'enfant et de sa capacité à être seul, sans la présence d'un tiers.
Coach ou thérapeute ?
Jimmy
Rassurons-nous. Ce n'est pas un sujet évident. On en parlait avec Guillaume Attias, en fin de saison 2, qui est neuroscientifique : la reconnaissance, et notamment la reconnaissance aujourd'hui au travers des réseaux sociaux, la recherche de cet aspect dopaminique, c'est aussi quelque chose d'extrêmement compliqué dans les générations qui arrivent. Bon, sans doute l'objet d'un autre podcast.
Il y a là par contre un point, un élément essentiel où on risque de basculer d'un côté qui est peut-être un peu plus obscur quand on parle de coaching. Je sais que toi, tu es très intéressé par la psychologie et la philosophie, par exemple. Est-ce qu'on ne joue pas, ou est-ce qu'il n'y a pas un risque, lorsqu'on rentre dans ces situations, de jouer au thérapeute lorsqu'on est coach ? Tu vois, on parle de Winnicott et [de Julien Lamère ?], on parle en fait de demandes et de blessures passées, qui est de l'ordre de la thérapie quand on regarde le passé pour se donner le passé. Le coach, lui, doit regarder vers le futur.
Wadih
Tu sais, cette terminologie de coach est quelque chose qu'il faut vraiment déconstruire. On est face à une multiplicité d'exercices, de métiers de coach, mais finalement, qui sait ce que veut dire le coaching ? Alors, il y a un certain nombre d'écoles qui sont un peu les écoles élémentaires du coaching. Ce n'est pas à travers ça qu'on va être coach, mais à travers l'expérience. Elles vont donner quelques bases, mais c'est évidemment pas suffisant. Chacun a un chemin, une recherche qui lui permet en fait d'approfondir ou non son domaine d'expertise.
Mon champ d'expertise est très focalisé sur les situations justement de lien, à deux personnes ou collectives, avec des équipes qui peuvent quelquefois rentrer en collision, monter des lignes de démarcation, se faire violence. Moi, je travaille à partir de quoi ? Je travaille à partir d'approches que j'ai apprises, qui viennent en construction du coaching. Quelles sont ces approches ? Des approches qu'on appelle les thérapies brèves. C'est-à-dire que j'ai vraiment eu des cycles d'apprentissage autour de ce qu'on appelle la Gestalt-thérapie, l'approche systémique, l'approche narrative. Et ça fait un peu plus de 20 années que j'apprends ces disciplines-là.
Ma formation initiale était plutôt une formation de mathématiques. Et plongé complètement dans le bain de l'humain, je me suis dit que c'était probablement le seul champ qui était plus complexe encore que les mathématiques. Donc j'ai vraiment voulu approfondir. Ça fait 24 années que j'accompagne des personnes et des collectifs, et ça fait 24 années que j'apprends mon métier. Et donc c'est une suite sans fin d'apprentissage. À travers des disciplines, à travers des recherches personnelles. Sur la question de l'emprise, j'avais commencé une thèse qui a duré quatre années, que je n'ai pas pu clore du fait de mon activité professionnelle, mais j'ai voulu en livrer quelque chose à travers ce livre. Donc c'était un travail de recherche qui a duré quatre ans. Et puis on ne cesse de se renouveler.
Donc tu as raison, si on prend un peu les standards du coaching : qu'est-ce qui a trait à la limite entre le coaching, la thérapie, etc. ? On a besoin d'avoir un certain nombre de cadres pour pouvoir intervenir. Et l'essentiel, j'ai envie de te dire, ce n'est pas tant de ne pas intervenir en thérapie ou en coaching, mais c'est de nommer ce qu'on fait, et que la personne soit très consciente de qui elle a en face d'elle. Et jusqu'où on peut aller avec cette personne, et à quel moment, par exemple, on doit passer le relais et on doit proposer à cette personne de suivre autre chose : une psychanalyse, d'être suivie par un psychiatre, d'être suivie par un psychologue. Il y a beaucoup de choses possibles aujourd'hui en France.
Et j'ai envie de te dire, ce n'est pas obligatoirement la psychologie qui est la reine mère des approches possibles. C'est vrai qu'en France, elle a un statut particulier, il y a un diplôme particulier par rapport à ça. Mais beaucoup d'approches, qu'on appelle les thérapies brèves, ont fait vraiment la différence depuis une soixantaine d'années. Preuve à l'appui, chiffre à l'appui, sur certaines situations. Et ces thérapies brèves elles-mêmes ont été nourries par des approches philosophiques. C'est très compliqué de comprendre certaines thérapies brèves sans avoir lu Nietzsche ou Spinoza. Donc ça, c'est aussi une recherche.
La question est de savoir : est-ce qu'on essaye d'en faire une synthèse et d'essayer d'apporter quelque chose aux maux de cette société à travers tous ces apprentissages-là, ou est-ce qu'on reste derrière des termes, des terminologies, en se disant que c'est un peu brûlant, qu'il ne faut pas y aller ? Moi, j'ai fait le premier choix, tout simplement. En prenant des précautions, c'est-à-dire en étant supervisé depuis le début de mon activité. J'ai été supervisé par différentes personnes, pour comprendre aussi leurs disciplines. J'ai été supervisé par des psychosociologues, j'ai été supervisé par des psychanalystes, par des gestaltistes, enfin… Et donc ça m'a permis d'avoir différents regards sur ce que j'étais en train de faire avec les personnes, et de pouvoir le nommer, et de pouvoir faire un contrat avec les personnes pour qu'elles sachent que c'est ça qu'on allait faire ensemble. Et cette personne avait tout à fait la possibilité de dire oui ou non. Donc j'espère ne pas éluder ta question, c'est la réponse que j'ai envie d'y apporter.
Jimmy
Moi je pense que c'est très riche, ce que tu apportes. Je trouve que l'important, c'est de savoir là où on doit s'arrêter. Je dis ça parce que je peux imaginer facilement des managers, ou des gens, des équipes qui travaillent dans les ressources humaines — même si le mot ressources, ce n'est pas quelque chose que tu aimes beaucoup. Dans cet état-là, l'important, ce n'est pas de se mettre la pression en se disant qu'ils ont un devoir ou une responsabilité de résoudre cette problématique. Comme tu le dis, l'important, c'est déjà de la nommer, pour pouvoir passer le relais à quelqu'un de compétent.
Wadih
Simplement un mot, Jimmy. C'est vrai que ce métier a été fortement critiqué par beaucoup de personnes. Moi, je suis superviseur de coachs mais aussi de psychologues depuis 14 ans. Force est de constater que ces accompagnants sont plus frileux que téméraires. J'ai rarement vu des personnes qui veulent absolument se lancer dans un bain qu'elles ne connaissaient pas et être complètement […]. Il y a toujours des personnes qui n'ont pas de discernement, mais dans la très grande majorité des personnes que j'ai pu rencontrer, c'était plutôt des personnes frileuses, qui se demandaient si c'était possible d'y aller ou pas, et qui vraiment avaient besoin de grandir en termes de confiance en elles-mêmes et d'apprentissage, bien sûr.
Il ne faut pas imaginer que tout le monde va se mettre à jouer… C'est normal qu'on se pose la question, mais tout le monde ne va pas se mettre à jouer à l'apprenti sorcier en se disant : j'ai entre mes mains la pierre philosophale. Je crois qu'il faut aussi apprendre à faire confiance aux humains qui sont là, et à tout l'apprentissage que ça demande. Parce que je t'avoue que quand quelqu'un vient avec un lourd bagage, il faut être assez consistant pour être face à lui ou face à elle, et juste être là, présent, dans l'accueil, vraiment être vigilant pour ne pas faire d'erreur. Qu'on parle de ce sujet, qui est une prise en termes de complexité, de nuances, il faut vraiment y aller à deux fois. Donc ça demande vraiment un apprentissage de soi, une éducation de soi.
Et j'ai envie de te dire que très certainement je n'arrêterai pas, jusqu'à la fin de mon activité, d'apprendre. Parce que sinon, les apprentissages se sédimentent, finissent par raconter une technologie, une mécanique de soins, et on finit par être planté là avec une sorte de dogme qui finit par ne plus rien dire. Donc moi, je suis très heureux et joyeux de pouvoir continuer à apprendre sur moi-même. J'ai 53 ans aujourd'hui et je ne vois pas du tout d'arrêt dans ma pratique, parce que vraiment, ça me met en joie de pouvoir aider.
La tentation du sauveur
Jimmy
Là, il y a un emprenant, il y a un emprené, il y a quelqu'un pour accompagner, ou déconstruire cette relation, ou essayer d'y apporter une solution. Dans le triangle de Karpman, parfois c'est le sauveur qui, loin d'apporter une solution, peut rajouter de la complexité. C'est une question un peu plus personnelle, tu me diras si tu veux répondre ou pas : est-ce que tu es parti sur le sujet de l'emprise parce que tu souhaitais peut-être être le sauveur, à un moment donné ?
Wadih
Évidemment, je répondrai à toutes tes questions, parce que c'est ma philosophie. J'avais envie de te répondre non, mais je crois que tu as raison. Donc je me remets en cause, évidemment. Je crois qu'il y a un… Tu sais, je suis né dans un pays en guerre, et je crois que quand tu vois la folie des hommes, quelquefois, tu as envie de faire quelque chose, mais tu n'as pas envie de faire quelque chose comme eux, dans la désorganisation et le chaos. Tu as envie de répondre avec, comme je le disais tout à l'heure, de la nuance, d'essayer de moins faire de mal et d'essayer de faire du bien.
Donc, très certainement, j'ai voulu sauver tous ceux qui étaient proches de moi et les premières personnes que j'ai pu accompagner. Ça s'est arrêté très, très vite. Parce qu'en fait, tu vois, quand tu commences l'accompagnement — et pourtant, j'avais pris des précautions, j'avais commencé par une psychanalyse, j'avais commencé par me former, enfin… —, on voit les projections massives qu'il y a sur toi quand tu veux sauver quelqu'un. Il faut les maîtriser, ces projections, c'est même assez incroyable. On est vraiment adulé dans ces cas-là, et on n'est surtout pas là pour ça.
Jimmy
Il y a presque une promesse non dite.
Wadih
Exactement. Donc oui, il y a eu certainement ça. J'aimerais répondre à ta question sur un autre plan. Quand j'ai eu les premières situations d'emprise, il m'arrivait de poser le mot. C'est-à-dire que la personne venait me voir, elle n'était pas du tout consciente de ce qui se passait pour elle, et dans les tout premiers temps, je posais ce mot. Il était totalement réfuté. Tu ne peux pas expliquer à quelqu'un qui est sous emprise. C'est juste pas possible. C'est-à-dire qu'on peut faire du conseil, et on peut monter une solution de conseil pour les situations d'emprise. Ça a existé aux États-Unis pour les questions sectaires, où il y avait des emprises sectaires. Mais là, c'est vraiment tout un déploiement. Il y a un cabinet qui est assez extraordinaire là-dessus, un cabinet juridique, Picotin, qui travaille énormément sur ces questions d'emprise sectaire et qui m'ont fait part d'un certain nombre de pratiques où il y avait des enquêteurs, des psychologues, toute une cellule pour aider des personnes qui étaient sous emprise sectaire. Mais sinon, c'est extrêmement compliqué de dire à quelqu'un « tu es dans une situation douloureuse » et de la nommer. La personne doit voir par elle-même, sinon ce que tu peux dire ne sert absolument à rien.
Donc surtout pas sauver. Même si l'intention est là — l'intention, c'est d'être bon pour l'autre, l'intention, c'est de pouvoir lui mettre à disposition un espace où il peut se retrouver, un espace où il va pouvoir retrouver un autre, c'est-à-dire moi en l'occurrence, l'accompagnant, où il va vivre une relation avec un être humain qui n'est pas de la même teneur que celle qu'il a vécue et qui était maladive. Autant c'est une personne qui te met en difficulté, autant c'est aussi une personne qui peut te réapprendre qu'on peut vivre sans violence, dans un rapport équilibré, sans essayer d'avoir prise sur toi, en te laissant tout le temps libre, même de t'extraire évidemment de l'accompagnement. Donc ça, c'est devenu des fondamentaux dans ma pratique d'accompagnement.
La novlangue de l'entreprise
Jimmy
Merci pour cette réponse, Wadih. Merci, puisque je pense que ce n'est pas évident de répondre comme ça, en toute transparence. Mais merci beaucoup pour ça.
J'ai une autre question qui me vient, en tout cas quelque chose qui me travaille beaucoup : tu parles de novlangue, de langue nouvelle, qui est peut-être parfois la langue de l'entreprise, ou la langue que l'entreprise veut mettre en place. Parfois, cette langue s'appelle le processus. On peut faire référence par exemple à certains jugements de hauts gradés nazis : quand on leur posait la question « mais ce n'était pas difficile de mettre en place la Shoah ? », par exemple, ils répondaient tout simplement « mais non, pas du tout, il suffisait de suivre les règles et les procédures ». Ces règles et ces procédures qui nous empêchent de penser par nous-mêmes. Et on parlait de terrain fertile tout à l'heure aussi : il y a l'emprenant, il y a l'emprené, et potentiellement un terrain fertile. Pourquoi tu abordes ce terme de novlangue dans la relation emprenant-emprené ?
Wadih
Pour plusieurs raisons. Je voudrais juste revenir sur ce que tu dis, puisque tu parles du fascisme. Avant 1984, qui a donné le terme novlangue, un an avant lui, il y a Victor Klemperer, qui est le huitième fils d'un rabbin et qui est philologue — philo-logos, l'amour du langage. Son métier, c'était de travailler sur le langage. Et qui se retrouve… Il y a plusieurs hypothèses, il semble s'être retrouvé dans un camp de concentration. Et cet homme a été le témoin de la montée de l'Allemagne nazie et de la folie de cette époque-là. Et avant 1984, avant Orwell, il se rend compte que plus on réduit le langage, plus on réduit certaines occurrences, plus on réduit notre façon de pouvoir exprimer ce que l'on ressent, ce que l'on vit, dans le langage, à travers le langage, plus on réduit notre pensée.
Donc évidemment, on peut interroger ça. Et là, je rejoins complètement ce que tu dis sur ce processus et cette façon de dire « j'ai fait mon métier ». Eichmann, c'est un peu ce qu'il disait : j'ai fait mon métier. Le procès d'Eichmann est quand même assez incroyable à regarder. Il est glaçant. Et si vous voulez plus d'éléments sur Klemperer, Victor Klemperer, le livre s'appelle LTI, la langue du IIIe Reich. C'est très intéressant.
Donc évidemment, le langage contribue, et d'un point de vue systémique et d'un point de vue personnel, à la question de l'emprise. Pourquoi ? Tout à l'heure, tu plaisantais en disant que je ne mets pas le terme « ressource » avec « humaine ». « Ressource » et « humaine », c'est un oxymore. C'est-à-dire que ce sont deux sens antagonistes. Un humain ne peut pas être une ressource. Donc on colle ces deux termes-là ensemble et ça fait un peu disjoncter le cerveau, cette histoire-là. Jusque-là, ce n'est pas très grave — même si on peut se demander s'il n'y a pas un faux sens quand on veut voir son RH : est-ce qu'il est là vraiment pour être humain, ou est-ce qu'il est là pour gérer sa ressource ? Ça peut être questionné.
Mais il y a d'autres terminologies qui sont nées, sur les objectifs, sur l'atteinte des objectifs, sur le fait qu'on était une équipe de champions, la performance à tout prix… Les terminologies fleurissent. Et quelquefois, ça nous emmène dans une sorte d'hallucination de la réalité, et ça nous fait perdre le contact avec le réel. Quand tu parles en France d'un PSE, un plan de sauvegarde de l'emploi, ainsi renommé alors qu'avant il était nommé plan social — ce qui veut dire en fait un plan de réduction d'effectifs, si on est très concret… Donc il faut faire attention à ce qu'on est en train de dire et à l'habillage qui est porté par rapport à ça. Et moi, je suis pour les contrats clairs, donc pour qu'on se dise les choses. On a le droit de réduire les effectifs de l'entreprise, mais au moins ne nous faites pas disjoncter avec des terminologies. Laissez-nous conscients de ce qui est en train de se jouer pour nous.
Donc la novlangue peut participer massivement dans un système d'entreprise, et elle est traduite, reproduite, déployée par toutes les lignes managériales. Parce qu'il y a la question du manager : comment est-ce qu'il est adoubé manager ? Est-ce qu'un manager peut dire non, là je ne suis vraiment pas d'accord avec ce qui est en train de se jouer ? La plupart du temps, il va peut-être le penser, peut-être qu'il ne va même pas le penser, il va peut-être le mettre entre parenthèses, peut-être qu'il va vivre un fonctionnement automatique de manager. Mais quelquefois, quand il va le penser et qu'il va en avoir conscience, il y aura un sujet éthique pour lui. Est-ce que je m'oppose à ce qui me semble injuste, par exemple, ou est-ce que je vais dans ce sens-là, et donc je suis adoubé, et donc je monte dans la hiérarchie, et donc on peut me faire confiance, et donc je peux gérer un maximum de personnes et de responsabilités ?
Donc il y a quelque chose qui peut se passer massivement dans une entreprise dont l'outil est la novlangue. Et la novlangue, pas juste au niveau langagier, mais en se disant que le langage traduit la pensée, et que plus celui-ci est réduit, plus la pensée est réduite. Donc à un moment, on n'arrive pas à penser les situations. Dans une situation d'emprise, l'une des premières choses extrêmement difficiles, c'est qu'on n'a pas appris à dire sa souffrance. On n'a pas appris. Et comment veux-tu qu'une personne dans une organisation commence à dire : là, vraiment, je me sens maltraitée, etc. ? Dans une organisation où il n'y a que des winners, où on est une famille de gagnants, etc., déjà, tu es sorti du lot, tu es sorti du groupe. Et chacun de nous a besoin aussi d'un peu de conformisme social, d'être collectivement là, ensemble. Cet homme ou cette femme, c'est le mouton noir, c'est celui qu'on met de côté. Donc ce n'est pas avec lui qu'on va jouer la suite de la comédie. Oui, le langage intervient énormément dans ces questions d'emprise.
L'individualisation et la disparition du collectif
Jimmy
Ce qui fait aussi écho à ce que tu dis, c'est l'individualisme. On individualise les gens, on fait en sorte, ou on fait croire, que l'entreprise fait tout pour eux, pour qu'ils se sentent bien en entreprise, etc. Du coup, on n'a presque plus la place d'aller exprimer son mécontentement, parce qu'on va tout de suite se dire : mais attends, on fait tout pour que tu sois heureux, pourquoi tu n'es pas content ? Estelle Morin en parle très bien, d'ailleurs, de cette individualisation et de cette réduction des corps de travail. Avant, on pouvait au moins faire corps ensemble.
Wadih
Exactement. La réduction des corps sociaux a été terrible, parce que finalement, on est responsable de soi, on essaie de tenir debout tout seul. On n'est pas obligatoirement câblé pour ça, on n'a peut-être pas l'éducation pour ça, on ne sait pas où sont les repères. Est-ce que j'ai le droit de m'opposer à telle ou telle décision ? Ce n'est pas aussi évident. Donc je trouve effectivement de plus en plus, c'est une évidence, qu'on est dans une forme d'individualisation — pas d'individuation, au sens de Jung. L'individuation, c'est devenir un individu complet. L'individualisation, c'est-à-dire qu'on est de plus en plus des individus les uns à côté des autres, avec moins de collectif.
Et puis je trouve aussi qu'on est porté, je ne sais pas ce que tu en penses, par une forme d'autosuffisance. C'est-à-dire qu'on a l'impression de plus en plus de devenir, dans ces sociétés modernes, très autosuffisants. On n'a pas besoin des autres. Donc voilà, j'ai besoin de mon livre, je peux le commander ; j'ai besoin de mon repas, je peux le commander. Enfin, je n'ai pas besoin de grand-chose, en fait. J'ai envie de dire, même ma mort, je pourrais la mettre en scène assez rapidement et caler tout le processus qui va suivre. Maintenant, pourquoi pas ? On pourrait se dire pourquoi pas. Mais dans les situations justement d'emprise, ce qui manque, c'est le collectif. C'est-à-dire que c'est le collectif qui va relativiser ce qui est en train de se jouer à deux. Et l'une des premières choses qui arrivent, c'est que la personne s'isole toute seule. Et si la société va de plus en plus dans une autosuffisance, il n'y a plus la ressource, en fait, pour [affleurer ?] à nouveau.
La désemprise, et ce que dit le corps
Jimmy
Alors on arrive sur la fin du podcast, il nous reste encore quelques minutes pour aborder — il y a quand même une lueur d'espoir — ce que tu appelles la désemprise. Il y a des solutions, ce n'est pas une fatalité, ça arrive, ça se produit. Une fois, comme tu dis, qu'on a ouvert les yeux dessus, une fois qu'on en est conscient, il y a une possibilité de désemprise. Selon toi — alors tu fais le rapport au soi, qui est extrêmement important dans la désemprise —, est-ce que tu pourrais nous amener des pistes de réflexion, déjà pour savoir si on est sous emprise, puisqu'on ne s'en rend pas forcément compte, et puis, si tel est le cas, comment on peut en sortir ?
Wadih
Oui, il y a la désemprise. J'ai juste envie de dire le biais qui est le mien. C'est-à-dire que moi, j'ai entendu, écouté, accompagné des personnes qui s'en étaient sorties, plus ou moins bien. Donc je ne sais pas qui ne s'en est pas sorti, et jusqu'où ça peut aller. Et on peut imaginer le pire là-dessus. Ceux qui s'en sont sortis plus ou moins bien, ça veut dire qui ont quitté cet endroit-là de l'emprise. Quelquefois en se sentant tout à fait libres de vivre et de nouer des liens, mais quelquefois en ayant une forme de position défensive par rapport au monde. Un homme que j'interviewais avait eu une emprise 30 ans plus tôt, et donc il m'a livré son témoignage : en fait, pendant les 30 années qui suivent, il a développé une sorte de forteresse pour ne plus jamais être mis sous emprise. Mais c'est aussi quelque chose de non respirant. Donc tout dépend comment on en sort, comment on met des mots dessus pour pouvoir quitter cet endroit-là.
Je vais essayer de répondre à ta question, qui est extrêmement difficile. La première chose, c'est que systématiquement, quand on est en difficulté, quand quelque chose ne va pas, c'est comme si on avait un gardien intérieur. Le corps parle. Le corps parle. Il commence même quelquefois à hurler. Il n'y a pas une situation que j'ai prise en considération dans ce travail qui n'ait pas eu un souci physique. Pas psychique, pas juste psychique : physique. C'est-à-dire une boule dans la gorge, des problèmes, des infections, beaucoup de questions, jusqu'au cancer, qui venaient accompagner cette situation-là. C'est comme si le corps finissait par dire à la personne : ça va trop loin, et là, tu ne peux plus ne pas le voir.
Moi, je fais énormément confiance aux sensations et à la conversation qu'on peut avoir avec soi-même. Mais ça, c'est une éducation, c'est vraiment une éducation. Et ce n'est pas obligatoirement l'éducation qu'on a reçue. Tu sais, très largement avant nous, dans les temps anciens — et Foucault l'a repris, en reprenant les philosophes grecs —, on parlait du souci de soi. Où travaille-t-on le souci de soi aujourd'hui ? Mais quand je te parle de le travailler, il y a des méthodes pour le travailler. C'est-à-dire qu'on commence une journée en s'interrogeant sur ce que j'ai envie de mettre dans cette journée ; à la fin de la journée, faire un examen de conscience de ce qui s'est joué : est-ce que c'est OK pour moi ? Un examen de conscience, ça ne veut pas dire que je vais me juger, je vais regarder comme un enquêteur neutre ce qui s'est passé dans ma journée. Foucault disait : on va faire des abstinences, être dans le jeûne, le jeûne alimentaire, pour ne pas obligatoirement broyer notre santé, pour ne pas non plus devenir dépendant de ces grandes fêtes, mais aussi un jeûne de la parole, pour se retirer de temps en temps et se faire réflexion. Les philosophes disent « se faire réflexion », c'est fléchir sur soi-même, réfléchir sur soi-même.
Donc je vois bien que je parle de quelque chose d'assez large, j'espère donner quand même des indications. Mais il y a quelque chose de l'ordre du corps qui va se manifester, et en souhaitant qu'on ne réagisse pas juste quand on tombe malade, mais avant : entendre tous les signaux qui sont envoyés. Il y a quelque chose qui nous fait transpirer, il y a quelque chose qui nous met à mal, il y a quelque chose que l'on sent empêché. Il y a des expressions de colère violente qui émergent à un endroit où elles ne devraient pas émerger. Il y a quelque chose qu'on raconte dans ce qui est en train de se passer. Et ces signaux, on peut les mettre de côté, ou on peut les prendre en considération. Et donc les prendre en considération, c'est se prendre en considération. Et ça, j'ai envie de te dire, c'est l'estime qu'on a de nous-mêmes. Et ça ne s'invente pas, ça se fabrique doucement.
Je n'ai pas envie de donner les trois, cinq tuyaux possibles, tu sais, pour réagir. Voilà. Ce que je peux dire quand même, pour ne pas éluder ta question, c'est que toutes les personnes qui s'en sont sorties, à un moment, ont accepté de regarder la réalité en face. C'est-à-dire : j'ai été embauché par cet homme, je n'avais pas la bonne expérience, etc. Effectivement, je n'ai pas été à la hauteur, j'aurais pu faire autre chose, etc. Je n'ai pas été génial, mais je n'ai pas été nul. Donc tu vois, ça, au moins cet examen de conscience-là.
C'est cet autre exemple que je prends, d'un juriste qui est nommé à un très haut poste, au temps où les banques étaient en train de fleurir. On lui a fait des ponts d'or. Et donc à un moment, on lui dit : voilà, on te fait un pont d'or, on te paye un salaire incroyable. Il prend, et il pense qu'il est très bon. À la fin de l'échange, il se rend compte qu'il n'est pas aussi génial que ça. Il est tout à fait bon, mais pas génial, pas extraordinaire. Il faut peut-être revenir à plus de retenue, revenir à de la mesure, peut-être choisir un autre poste. Accepter que dans cette expérience il s'est passé de bonnes et de mauvaises choses, qu'il n'a pas été tout le temps au rendez-vous, mais qu'il n'a pas non plus éludé tous les rendez-vous, que tout ce qu'on lui a dit de négatif n'était pas si terrible que ça, que quelquefois il y avait de la vérité dedans et quelquefois c'était complètement à mettre de côté. Donc, travailler sur une forme de discernement vis-à-vis de ce qui s'est joué, vis-à-vis de ce qui s'est joué en soi, vis-à-vis de notre propre positionnement. Tu vois, ça appelle à une prise de conscience de qui on est, et notre geste au travail, qui n'est quand même pas [nous ?]. Mais c'est cet examen de conscience-là qui permet de sortir de l'emprise.
Il y a juste un mot là-dessus : il y a un rapport à la honte dans ces endroits-là. C'est-à-dire que souvent, on a honte de se rendre compte qu'on n'est pas aussi brillant que ça, et on a du mal à traverser la honte. La seule chose à dire, c'est que la honte doit vraiment changer de côté. La honte doit changer de côté. On ne peut pas avoir si honte de quelque chose où on a été finalement un acteur, mais probablement pas le principal acteur.
Jimmy
Il y aurait beaucoup à dire, je pense, là-dessus. Je pense que beaucoup de gens, beaucoup de managers s'y retrouveront, ne serait-ce que par le biais du principe de Peter, où finalement on évolue et puis on n'est pas toujours à sa place. Même si on l'a un peu cherché, il y a quand même des responsables qui nous y ont mis, qui ne nous ont peut-être pas toujours accompagnés, effectivement. Donc merci pour ça, parce que ce que tu dis, ce n'est pas un jugement, en aucun cas.
Wadih
On n'est jamais dans le jugement.
Jimmy
Tu es dans l'éclaircissement. Merci pour tout ça. Est-ce qu'il y a un sujet, quelque chose qu'on n'aurait pas abordé, un éclaircissement que tu souhaites apporter avant qu'on conclue ?
Wadih
Écoute, ce qui est présent pour moi là, c'est simplement d'espérer que j'ai été clair — ce qui n'est pas une évidence, parce qu'on est en train de parler de choses assez complexes et on est obligés de travailler sur la nuance et d'être au plus près du réel, tout en essayant d'en tirer un certain nombre d'éléments. Donc j'espère simplement avoir été clair. Et j'ai juste envie de dire que [je suis présent sur] les différents réseaux, et que je suis vraiment ouvert à répondre à des questions, à des interrogations spécifiques. J'espère n'avoir heurté personne en parlant de ces situations-là aussi.
Jimmy
Merci Wadih. On peut te retrouver sur LinkedIn, par exemple, Wadih Choueri — je mettrai tout ça dans les notes de l'épisode. On peut également retrouver ton livre, L'emprise au travail, aux éditions ESF Sciences Humaines, qu'on va d'ailleurs faire gagner à plusieurs auditeurs grâce au partenariat avec ESF Sciences Humaines, et j'en suis très heureux. C'est un livre que j'ai adoré, qui se lit en plusieurs fois et qui peut se lire comme ça tout au long de notre progression et de notre carrière, parce que ça nous fait vraiment du bien de se poser les bonnes questions. Merci pour tout ça, merci pour ton temps, Wadih.
Wadih
Merci de ta belle présence, [inaudible].
Jimmy
Merci beaucoup, et je te dis à très bientôt.