La Juste Performance

27 juin 2023 · 31 min · Entretien

Hypnose : ne pensez pas à un éléphant (avec Sébastien Dieulouard - 1/2)

Une histoire racontée le soir, un film qui vous absorbe : l'hypnose a déjà commencé. Sébastien Dieulouard, médecin devenu hypnotiseur, écarte le pendule et les paupières lourdes. Il décrit un état banal, un langage qui active ce qu'il nomme, et des émotions qu'on veut faire taire sans savoir à quoi elles servent.

Portrait de Sébastien Dieulouard

Avec

Sébastien Dieulouard

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Ce que vous allez comprendre

  • Pourquoi tout le monde traverse des états hypnotiques sans jamais les nommer
  • Pourquoi une consigne formulée en négatif active exactement ce qu'elle veut éviter
  • Pourquoi un objectif mal formulé bloque le travail avant même qu'il commence
  • Ce que la peur, le dégoût ou la joie signalent avant qu'on cherche à s'en défaire
  • Ce qui rapproche la méditation de l'hypnose, et ce qui les sépare encore

À propos de Sébastien Dieulouard

Sébastien Dieulouard est médecin de formation, diplômé d'un doctorat de médecine générale à Lille, avant de se spécialiser en hypnose ericksonienne à l'Institut de médecine psychosomatique, d'hypnose clinique et de thérapie brève de Paris, puis d'un diplôme universitaire à Paris VI. Issu d'une famille de médecins, il découvre à la fin de ses six années d'études qu'aucune formation ne traite de l'hypnose, alors même que son efficacité est scientifiquement documentée. Il considère cette lacune inacceptable et décide d'aller la combler lui-même. Il exerce aujourd'hui l'hypnose médicale, notamment auprès de personnes souffrant de maladies psychosomatiques, et a fondé Open Hypnosis.

Un état que tout le monde connaît déjà

Sébastien Dieulouard écarte d'emblée l'image du pendule et des paupières lourdes. Pour lui, l'hypnose est un état physiologique banal, que chacun expérimente déjà en étant absorbé par un film ou par une histoire racontée à un enfant le soir. Ce qui distingue une séance, c'est l'usage volontaire de ce que ces expériences produisent naturellement.

Ne pensez pas à un éléphant

Il construit une grande partie de son approche autour du langage. Le cerveau, explique-t-il, ne traite pas la négation : dire à quelqu'un de ne plus stresser active justement le mot stress. Il illustre cette idée avec un exemple qu'il répète volontiers en formation, celui de l'éléphant qu'on demande de ne pas imaginer, et qu'on imagine aussitôt. Il en tire une règle très concrète pour les managers : reformuler une consigne en positif, « arrive à l'heure » plutôt que « arrête d'être en retard », change la façon dont le cerveau du collaborateur la reçoit. Il applique la même logique aux émotions, qu'il invite à observer avant de chercher à les faire taire, et à la visualisation, qu'il distingue nettement des simples affirmations positives répétées sans y croire.

Le saviez-vous

Le saviez-vous ?

Sébastien Dieulouard vient d'une famille de médecins et a lui-même fait six ans d'études de médecine avant de découvrir qu'aucune formation ne traitait de l'hypnose, alors que son efficacité est scientifiquement documentée. Il a jugé cette lacune inacceptable et est allé se former à part.

Le saviez-vous ?

Selon Sébastien Dieulouard, le cerveau ne traite pas la négation : dire à quelqu'un « ne pensez pas à un éléphant » suffit à lui faire penser à un éléphant. Il en tire une règle simple pour les managers : mieux vaut dire à un collaborateur d'arriver à l'heure que de lui dire d'arrêter d'être en retard.

Transcription de l'épisode

Deux épisodes pour découvrir l'hypnose

Jimmy

Cette semaine, je vous amène à la rencontre de mon ami Sébastien Dieulouard, qui est hypnotiseur. On a la chance avec Sébastien de découvrir ce qu'est l'hypnose et surtout en quoi celle-ci peut être bénéfique pour nos managers. On a construit deux épisodes avec Sébastien, d'environ une demi-heure chacun, qui vont vous permettre de découvrir, un, ce qu'est l'hypnose, qu'est-ce qu'on entend par hypnose, et en gros à quoi ça sert. Et puis dans le deuxième épisode, on va même utiliser l'hypnose comme moyen de projection dans le futur, pour essayer de construire et atteindre ses objectifs.

Je vous invite vraiment à découvrir ces deux épisodes, qui paraîtront à quelques semaines d'intervalle. Vous allez voir, Sébastien est plutôt très pédagogue et, loin de vouloir nous endormir avec une sorte de boussole à la professeur Tournesol, vient nous donner un éclairage et un point de vue fort intéressant sur ce qu'est l'hypnose et surtout comment l'utiliser et l'appliquer dans son quotidien. Voilà, je vous en dis pas plus pour aujourd'hui et je vous laisse découvrir ces deux épisodes avec Sébastien.

Salut Sébastien !

Sébastien Dieulouard

Salut Jimmy !

Jimmy

Merci d'être là. Alors Sébastien, toi t'es hypnothérapeute.

Sébastien

Oui, hypnotiseur.

Jimmy

Hypnotiseur. Alors je rassure nos auditeurs, on va pas parler de boussole qui passe devant les yeux avec les paupières qui sont lourdes. Mais on va plutôt parler de ce qu'est l'hypnose et de ce que [n'est pas / peut apporter ?] l'hypnose dans le management.

Sébastien

OK, avec plaisir.

Jimmy

Cool. Alors on va faire deux mini-épisodes d'environ 25-30 minutes. Une première partie sur ce qu'est l'hypnose, d'ailleurs, et comment ça peut nourrir nos managers. Et une deuxième partie, on parlera plus de la projection, qui est un sujet suffisamment vaste, qu'on va essayer de traiter en un temps record.

Sébastien

Parfait, ça me va.

Jimmy

Alors pour commencer Sébastien, pourquoi avoir choisi l'hypnose ?

De la médecine à l'hypnose

Sébastien

À l'origine, par curiosité. Ce qui m'a amené à choisir l'hypnose, pour résumer : je viens d'une famille de médecins, ma mère est médecin, mon père dentiste, mes deux grands-pères sont médecins, et donc naturellement j'ai fait médecine, malgré le fait que ma mère m'ait déconseillé de faire médecine parce que c'est trop long et trop difficile. Et je l'ai quand même fait parce que je savais que j'avais bien aimé les études, [j'aimais] apprendre, par curiosité, comment fonctionne le corps humain. Et la partie la plus intéressante, c'est le cerveau, et la plus mystérieuse, c'est la conscience.

Donc j'ai beaucoup aimé apprendre pendant mes études de médecine. En France, les études de médecine, c'est six ans, puis on fait l'internat. Et à la fin de la sixième année de médecine, j'ai réalisé qu'on n'avait absolument aucune formation sur l'hypnose, alors que je savais qu'il est scientifiquement prouvé que l'hypnose est réelle et efficace. Donc je considérais que c'était une lacune complètement inacceptable dans mon cursus. Il y a un ami de la famille qui m'a conseillé une formation et je me suis inscrit à une formation d'hypnose pendant ma première année d'internat. Et j'ai adoré.

Et en particulier, ce que j'ai vraiment bien aimé, c'est que même si ça ne marche pas sur tout le monde, déjà ça marche relativement bien sur une majorité de personnes, et ça marche vraiment très, très bien sur une minorité de personnes. Et donc, de mon point de vue de soignant, vu que je vois quelques dizaines de personnes par semaine, imaginons que ça soit très efficace et que ça change la vie d'une personne sur dix : ça veut dire que chaque semaine, je vais changer la vie d'au moins une personne. Et donc c'est un impact énorme pour seulement quelques consultations.

Et j'ai vraiment adoré ce côté [rapport] efficacité-coût. Quand bien même ce soit assez variable d'une personne à l'autre, j'ai très bien accepté ce côté-là. Voilà ce qui m'a amené à l'hypnose. Donc j'ai décidé de pratiquer l'hypnose à mi-temps, ce que j'ai fait pendant six ans, et six ans à mi-temps médecin généraliste. Et ensuite, c'était un peu trop dur d'être un bon médecin généraliste et un bon hypnotiseur, donc j'ai choisi de me consacrer exclusivement à l'hypnose. Aujourd'hui, je ne pratique plus la médecine et je ne fais plus que de l'hypnose.

Jimmy

Est-ce que tu vois l'hypnose comme un moyen de soigner les gens uniquement, ou tu vois aussi un autre [apport ?] ?

Un outil, plusieurs usages

Sébastien

Je dirais principalement, en tant que... Ça dépend. L'hypnose est un outil. Tu peux faire plein de trucs différents avec un même outil. D'un point de vue de médecin, les médecins vont utiliser l'hypnose principalement pour soigner, et puis pour la chirurgie aussi, la chirurgie sous hypnose. Un coach peut utiliser l'hypnose pour aider quelqu'un à atteindre un objectif ou à résoudre un problème qui n'est pas forcément médical. Donc je dirais que la réponse à ta question dépend du professionnel qui utilise cet outil.

Jimmy

D'accord. Toi tu fais des sessions de coaching aussi ?

Sébastien

Oui, alors je fais de l'accompagnement en coaching. Donc je fais pas de coaching moi-même, mais j'aime bien travailler en partenariat avec des coaches. En général, quelqu'un qui va voir un coach peut tirer un bénéfice de son coaching. Et parfois, on a certaines personnes qui ont un blocage inconscient. Donc ils savent quoi faire, ils savent comment le faire, mais ils n'arrivent pas à passer à l'action. Et donc les coaches m'envoient ces personnes en consultation. J'aide à lever le blocage inconscient. Et comme ça ils peuvent repartir en coaching et bénéficier de leur coaching.

Jimmy

D'accord. Est-ce que [tu traites ?] principalement le passé, comme en thérapie, ou est-ce qu'il y a une propension à traiter plus le futur ? C'est un domaine que je connais pas très bien, l'hypnose, tu vois. Comment tu mettrais le curseur ? Tu fais un peu les deux ?

Le passé n'est pas indispensable

Sébastien

Alors, mes profs d'hypnose diraient que... peu importe le passé, on fait avec ce qu'on a dans le moment présent. On prend notre client là où il est pour l'amener vers son objectif. Donc soit il [veut] résoudre un problème, [soit] il [veut] atteindre un objectif. Donc finalement, on n'a pas besoin d'aller dans le passé. C'est un peu un préjugé que les gens ont sur l'hypnose, de retourner dans le passé sur un trauma.

On peut le faire, mais ce n'est pas indispensable. Du coup, ce que je fais, c'est que je m'adapte à la croyance de mon client. Il y a certaines personnes qui, pour s'autoriser à aller mieux, ont besoin d'aller ré-expérimenter leur trauma pour le guérir. Donc s'ils veulent faire ça, je le fais. Et j'ai d'autres clients, au contraire, qui ne veulent pas du tout retourner [dans] leur passé. Ça leur fait peur. Donc je fais avec là où ils en sont aujourd'hui. L'important, c'est...

Jimmy

...savoir où on veut aller, peut-être.

Sébastien

Exactement. En hypnose, on a besoin d'un objectif, et souvent ma première séance, c'est formuler l'objectif. Ça m'arrive de passer la totalité de la première séance à formuler correctement un objectif.

Jimmy

Alors pour un manager qui viendrait te voir, ou même quelqu'un — tu vois, pas forcément un dirigeant — qui veut ou qui a un blocage et qui a besoin de débloquer, quelqu'un qui viendrait dans une démarche de voir un hypnotiseur parce qu'il a envie, je sais pas, de changer quelque chose en lui, pas forcément progresser mais d'aller mieux, de trouver d'autres choses pour lui-même qui lui conviennent mieux : quelle est la démarche que tu appliques ?

Sébastien

Alors, les managers en général qui viennent me voir, c'est très souvent pour une question relative aux émotions. Et chez les managers, souvent c'est du stress et de l'anxiété, et accessoirement de la colère ou de l'irritabilité. En général au sein de l'entreprise, le respect, etc.

Tout le monde fait de l'hypnose tous les jours

Sébastien

Alors, quand on fait de l'hypnose... j'imagine que la plupart de tes auditeurs n'ont jamais expérimenté l'hypnose. Être en hypnose, c'est relativement simple en fait. Tout le monde fait de l'hypnose tous les jours, c'est un état physiologique. À partir du moment où on est ailleurs que [dans] la réalité, dans nos têtes, on est déjà en hypnose. Donc si vous regardez votre film préféré au cinéma et que vous êtes plongé dans l'histoire, vous êtes plongé dans le film, vous êtes hypnotisé par le film. Un enfant à qui vous racontez une histoire le soir avant de s'endormir, en fait, vous l'hypnotisez par l'histoire, comme s'il y était, pour lui faire vivre l'histoire. Donc c'est ce que je fais en consultation, en général plutôt avec des adultes : vivre une expérience qui n'est pas dans la réalité, qui est dans leur tête, pour en tirer un bénéfice.

Ne pensez pas à un éléphant

Sébastien

Et donc, pour les amener à pouvoir faire ça, en général la première étape c'est de travailler sur le langage hypnotique, c'est-à-dire de comprendre comment interagir avec son inconscient. Et la base du langage hypnotique, c'est d'apprendre à activer ce qu'on veut activer chez nous, plutôt que d'activer ce qu'on ne veut pas.

Donc l'exemple que je donne toujours à tous mes clients, c'est : ne pensez pas à un éléphant. Si vous dites à quelqu'un « ne pensez pas à un éléphant », vous êtes quasi sûr que la personne va penser à un éléphant. Et ça, c'est basique, c'est une des bases fondamentales du langage. Personne ne prend en compte cet élément évident, ni au travail, ni au boulot, ni avec les amis, ni en famille, alors que c'est vraiment flagrant avec cet exemple de l'éléphant. C'est ce que je disais tout à l'heure avec reformuler l'objectif. Par exemple, si toi tu veux que moi je ne pense pas à un éléphant, qu'est-ce que tu peux me dire ?

Jimmy

Alors vas-y. Je sais la réponse que tu vas faire, celle-là.

Sébastien

Donc on va laisser un instant pour les auditeurs qui cherchent. En général mes clients me répondent : « Sébastien, ne pensez pas à un éléphant. » Du coup je dis : arrêtez, je vais penser à un éléphant. OK, alors il cherche un peu et il dit : OK, alors pensez à une girafe. Bravo, je vais penser à une girafe, je vais pas penser à un éléphant, vous avez gagné. La girafe, c'est un peu proche de l'éléphant, donc faites-moi penser à autre chose. OK, pensez à une voiture. Bon, là, je vais penser à une voiture. Je ne pense pas à un éléphant. Vous avez encore plus gagné. Vous auriez pu me dire « ne pensez pas à une voiture », j'aurais quand même pensé à une voiture. Je ne pense pas à un éléphant. Vous avez gagné.

Formuler ce qu'on veut, pas ce qu'on fuit

Sébastien

Et ensuite on passe à l'objectif. Donc par exemple pour l'anxiété : mon objectif, c'est de ne plus avoir de stress au travail. Ou d'avoir moins de stress au travail. Si vous êtes en hypnose et que donc vous êtes plus suggestible, et que vous vous dites à vous-même « je ne veux plus de stress au travail », vous allez activer « stress » dans votre cerveau. Or c'est ce que vous ne voulez pas. La négation ne compte pas pour le cerveau à ce moment-là. On s'en fiche, peu importe. Vous pouvez utiliser la négation ou pas, ça n'aura aucun impact. L'important, c'est les mots que vous utilisez.

Et donc, le stress, c'est ce que vous ne voulez pas ; qu'est-ce que vous voulez à la place ? Et ça, ça dépend des gens. Certaines personnes veulent du calme. Certaines personnes veulent de la concentration. D'autres personnes, peut-être des relations apaisées avec les collaborateurs. Et c'est ça, le langage hypnotique : c'est d'apprendre à formuler ce qu'on veut avec les mots qui correspondent à ce qu'on veut.

Donc l'application pour un manager, ce serait : imaginons un collaborateur au travail qui arrive systématiquement en retard de cinq minutes. Plutôt que de lui dire « il faut que tu arrêtes d'arriver en retard » — donc vous activez « en retard » —, « ce serait bien d'arriver à l'heure », et vous activez « arriver à l'heure ». Donc évidemment, ce n'est pas miraculeux. Si c'était miraculeux, ça se saurait. Mais au moins, vous arrêtez de vous tirer une balle dans le pied en activant perpétuellement ce que vous ne voulez pas. Et vous apprenez à réactiver ce que vous voulez.

Donc quand vous relisez vos emails, vous pouvez mettre ça en pratique. Au moment où vous vérifiez l'orthographe et la conjugaison, vous pouvez rajouter la vérification que vous avez choisi les mots qui correspondent à vos objectifs. Ce qui est une technique de communication qu'on utilise en hypnose, mais qui est universelle, que vous pouvez utiliser sans faire de l'hypnose.

Les émotions ont une raison d'être là

Sébastien

Donc ça, c'est la première étape. Et ensuite, pour travailler sur les émotions justement... Il y a plusieurs choses à faire en consultation, du coup on n'a pas le temps de parler de tout, donc je vais aller à l'essentiel. L'essentiel par rapport aux émotions, c'est d'adopter un point de vue un peu inhabituel sur les émotions. En général, les gens voient les émotions positives comme étant les bienvenues et les émotions négatives comme étant malvenues. Donc : je ne veux pas me sentir apeuré ou en colère. Et pire encore au travail.

Jimmy

Et pire encore au travail, on dénie carrément les émotions négatives.

Sébastien

Exactement. Donc je dois contrôler mes émotions, je dois gérer mes émotions, etc. Et en hypnose, le travail que je fais, c'est de changer complètement de point de vue et de dire : si vos émotions sont là, c'est qu'elles ont une raison d'être là. Et du point de vue de la partie émotionnelle de votre cerveau — c'est l'amygdale, mais bon, peu importe —, du point de vue de votre cerveau émotionnel, de cette partie un peu primitive de vous, qu'on partage avec les animaux... Un chien peut avoir des émotions, il peut être apeuré, par exemple.

Cette raison, en fait, elle est valide d'un point de vue primitif. Et donc souvent, je travaille sur : quel est le bénéfice que vous tirez de vos émotions ? Quel est le bénéfice de la colère ? Quel est le bénéfice de la peur ? Quel est le bénéfice du dégoût, etc. Et en général, j'ai une réaction : « il y a un bénéfice ? Il y a un bénéfice à être en colère ? Ah bon ? » Et donc, on travaille dessus assez longuement.

Et par exemple, pour rester très simple et schématique : le bénéfice de la peur, c'est d'être alerté sur le fait qu'il y a un danger. Et la réaction physique de la peur, avoir le cœur qui bat, c'est le bénéfice physique pour savoir répondre à ce danger. Donc si vous êtes en train de vous promener en forêt, que vous tombez nez à nez avec un ours et que vous avez peur, en fait cette peur est bienvenue, elle vous aide à survivre. Elle vous alerte sur le danger et en plus elle vous aide à réagir au danger.

Donc quand vous avez de l'anxiété au travail, la première étape, c'est de chercher à comprendre votre cerveau émotionnel. Où est la menace, où est le danger d'après votre cerveau émotionnel ? Et à partir de là, à partir de cette acceptation de l'émotion, là on peut commencer à travailler dessus pour essayer de la laisser partir, par exemple, ou d'en faire quelque chose d'utile. Puisque l'anxiété, du coup, c'est un des symptômes de la colère.

Alors, quand on travaille sur les émotions, on peut les regrouper en grandes familles. Et les grandes familles principales, c'est peur, colère, dégoût, tristesse, joie. Un peu comme dans le dessin animé Vice-Versa. Il est super, d'ailleurs. Et donc l'anxiété, le stress, la panique, tout ça fait plutôt partie de la famille de la peur. Et dans la famille de la colère, il y aurait plutôt l'irritabilité et un peu d'agressivité.

D'où viennent les émotions

Jimmy

Tu disais, le bénéfice des émotions... Alors toi, tu m'as fait découvrir quelque chose qui est assez simple, mais qui m'a quand même donné de nouvelles perspectives. Par exemple, dans le livre qu'on peut lire, on va nous dire quelles sont les émotions, on va nous dire quelle est l'importance des émotions, etc. Mais souvent, on oublie de nous dire quelle est l'origine de ces émotions. Pourquoi ? Ces émotions qui nous mettent en mouvement... [passage inaudible] ...la même racine latine. Est-ce que tu peux nous rappeler pourquoi on a ces émotions ? Quelle est l'origine de l'émotion ?

Sébastien

Tu veux dire pour chaque émotion ?

Jimmy

Ouais, pour les cinq émotions que tu viens de citer. Je trouve qu'on connaît la colère, plus souvent que la peur. La peur, on la connaît, on sait que c'est pour nous prévenir d'un danger. Mais qu'en est-il des autres ?

Sébastien

Justement, je pense que c'est tout le travail à faire si vous avez une émotion qui vous gêne et dont vous souhaitez vous débarrasser. C'est tout un travail de trouver pourquoi, chez vous, vous avez cette émotion. Et donc c'est individuel comme réponse. Donc je n'ai pas de réponse toute faite.

D'une manière générale, j'aime bien commencer par le dégoût, parce que c'est assez spécifique comme émotion. Et comme exemple, je donne : imaginez que vous êtes au restaurant, le serveur vous amène un plat, du poisson, et puis vous ouvrez votre poisson et vous voyez qu'il y a des vers dedans. Quelle émotion vous allez ressentir ? Et dans l'écrasante majorité des cas, c'est du dégoût. Quel est l'intérêt pour vous de ressentir du dégoût à ce moment-là ?

Et un des moyens de repérer l'intérêt d'une émotion, c'est d'imaginer : si je ne ressentais pas cette émotion, qu'est-ce qui risquerait de se passer ?

Et en fait, l'intérêt du dégoût, c'est de vous empêcher de manger cette assiette avec les vers dans le poisson. Et donc c'est de protéger votre santé. Et d'une manière générale, quand on est dégoûté dans la vie, souvent c'est pour protéger la santé. Donc soit la santé physique, si vous êtes dégoûté par quelque chose de physique, ou alors votre santé mentale si vous êtes dégoûté par une idée, par exemple. Ce qui ne veut pas dire que l'idée en question est forcément bonne ou mauvaise. Il n'y a pas de jugement de bon ou mauvais, votre cerveau émotionnel peut se tromper. Mais la première étape, si vous voulez travailler, c'est déjà de comprendre comment il fonctionne.

Après, on peut faire la joie. J'aime bien faire la joie. En général, on ressent de la joie quand on se permet d'être dans le moment présent. C'est pour ça que souvent on se sent joyeux quand on est en vacances, parce qu'en vacances on n'a rien à faire, rien à penser. On se met dans le moment présent et quand on est à la plage, par exemple, on regarde la mer, on écoute les vagues, on ressent la chaleur du soleil et il n'y a rien d'autre. Et on se sent joyeux. Donc la joie vous indique que vous êtes dans le moment présent. Et ça vous indique aussi que vous êtes à votre place, à une place qui vous convient, ce qui rejoint beaucoup le moment présent d'ailleurs. Et donc vous pouvez être en train de faire quelque chose de difficile, un challenge dans votre vie, mais quand même vous sentir joyeux si vous êtes aligné avec ce que vous êtes vraiment censé faire de votre vie, que ça vous correspond vraiment.

Donc j'invite les auditeurs du podcast, la prochaine fois que vous avez une émotion, à identifier cette émotion : qu'est-ce que c'est et à quoi elle me sert, c'est quoi son utilité. Avant de chercher à vous en débarrasser, posez-vous la question de l'utilité.

L'état de flow

Jimmy

Super intéressant. J'espère qu'on aura des retours, on les suivra attentivement. Ça me fait penser à un truc qui n'a peut-être aucun rapport, et ça tu vas me le dire. Tu sais, on parle parfois d'état de flow.

Sébastien

Oui.

Jimmy

Est-ce que l'état de [flow peut s'apparenter ?] à une émotion ? Est-ce qu'on est [dans] une particularité ?

Sébastien

De mon point de vue d'hypnotiseur, je dirais que c'est une forme de variante de la joie. Quand on est dans le flow, on est vraiment en train de faire quelque chose qui est en alignement avec ce qu'on veut faire de notre vie, au niveau conscient et inconscient. Donc oui, tout à fait. C'est que j'ai certains clients qui me disent comme objectif : je veux être dans cet état de flow plus régulièrement. Facile.

Jimmy

Facile à dire. Alors, c'est passionnant, et vraiment j'invite tout le monde à faire un travail d'hypnose. Parce que l'hypnose... moi je lisais Tintin quand j'étais gamin, je me rappelle une petite boussole comme ça devant les yeux, les yeux lourds, etc. Et en fait j'ai découvert avec toi que l'hypnose, c'est pas ça, et que l'hypnose n'est pas seulement, comme tu disais, pour soigner un mal, par exemple, mais que ceci nous permet de nous réaligner avec ce qu'on a envie [de faire], là où on a envie d'être, de nous donner des outils, en fait, pour éclaircir un peu plus la route. Et je trouve que ça coûte rien d'aller essayer, en tout cas quelques séances.

Sébastien

Ça coûte pas grand-chose. Pour le bénéfice qu'on peut en [tirer].

Jimmy

Exactement, ça coûte pas grand-chose. Tu fais aussi de la méditation.

La méditation, c'est un peu fait pour être ennuyant

Sébastien

Oui, je donne des cours de méditation. J'aimerais faire un podcast sur la méditation, un podcast dédié sur la méditation, je pense que j'aurais beaucoup à dire.

Jimmy

Je trouve qu'on a aussi, pareil, [comme ?] au yoga, un rapport à la méditation peut-être un peu trop biaisé. On peut trouver ça chiant, ennuyeux, pas y trouver spécifiquement l'intérêt, alors qu'en fait, en la pratiquant de plus en plus, on serait capable de développer d'autres choses, pour nous rendre notamment mieux avec nous-mêmes, etc. Tu peux nous partager un mot là-dessus ?

Sébastien

Oui. Je dirais que c'est un peu fait pour être ennuyant, la méditation. Donc c'est normal de se sentir « je m'ennuie » quand on est en train de méditer. L'idée de la méditation, c'est d'apprendre à avoir un peu de maîtrise sur votre conscience, sur la présence que vous avez à vous-même, sur votre concentration. Plutôt que de réagir tout le temps dans la journée, plutôt que votre attention soit dirigée en fonction de telle ou telle personne qui demande votre attention, voire même de vos pensées. Parfois, c'est notre propre mental qui tourne en boucle, on a des pensées et ça attire notre attention.

Le concept de la méditation, c'est de dire : je reprends le pouvoir sur ma concentration, c'est moi qui décide. Et pendant une minute, je vais me concentrer sur ma respiration. Et oui, je vais peut-être avoir des pensées parasites qui vont essayer d'attirer mon attention, mais dès que je réalise que je suis en train de penser à autre chose, je décide que je reviens me concentrer sur ma respiration.

Donc j'ai beaucoup de gens qui essaient une première méditation avec moi, je leur demande : est-ce que vous avez déjà essayé ? Ils me disent oui, mais ça n'a pas marché, j'ai eu des pensées parasites. Et je leur réponds : peu importe que vous ayez des pensées parasites ou pas. Si vous avez des pensées parasites, dès que vous réalisez que vous êtes ailleurs, vous revenez sur votre méditation. Si vous êtes en train de méditer sur la respiration, vous revenez sur la respiration. Et ce mouvement de rediriger votre concentration fait partie de votre méditation. La méditation, ce n'est pas seulement d'être concentré sur la respiration, c'est aussi le mouvement de se rediriger vers la respiration. Je prends l'exemple de la respiration, mais on peut méditer sur plein de trucs différents.

Et du coup, quand vous entraînez cette partie de vous, cette conscience que vous avez de vous-même, du coup vous avez des sortes d'effets secondaires bénéfiques. Vous avez une meilleure conscience de vos propres émotions. Vous gérez mieux votre stress, vous arrivez à vous endormir plus facilement, vous gérez mieux la douleur, vous avez une meilleure concentration. Et en fait, ça, les effets bénéfiques de la méditation, ce ne sont pas vraiment des objectifs, c'est plus des effets secondaires bénéfiques inattendus. Le principe de la méditation, quand vous êtes en train de méditer, c'est de ne pas avoir d'objectif, juste d'être présent. Et voilà : je ressens ma respiration telle qu'elle est. Je sens mon ventre qui gonfle légèrement à chaque respiration et qui se relâche légèrement à chaque respiration, et je reste concentré là-dessus. Il n'y a pas d'objectif. Pareil, en général, quand je fais une méditation, au début, je dis : ne cherchez pas de la relaxation pendant votre méditation. Cherchez à être conscient de votre état émotionnel actuel, et c'est tout.

Jimmy

OK. Est-ce que la méditation peut faciliter l'hypnose ?

Le flou entre méditation et hypnose

Sébastien

Alors, il y a un flou entre la méditation et l'hypnose. En général, à la fin des méditations, les gens qui guident des méditations font un petit peu d'hypnose. Puisqu'en général, au début de la méditation, c'est « concentrez-vous sur la respiration ou telle partie de votre corps ». Et en général, sur la fin de la méditation, c'est « vous pouvez aller sur une plage et vous détendre sur la plage, imaginer la chaleur du soleil », etc. Et ça, en fait, techniquement parlant, c'est un peu déjà de l'hypnose, puisque vous n'êtes plus dans la réalité, vous allez ailleurs, vous allez quelque part dans votre tête, dans une expérience interne.

Et pareil pour les hypnotiseurs : quand on travaille par exemple sur une émotion, en fait on adopte un point de vue méditatif sur l'émotion, puisqu'on est conscient de sa propre émotion. Plutôt que — dans le nord de la France, parfois on dit « je suis colère » — l'idée de l'attitude méditative, c'est « je suis conscient que je ressens de la colère ». Et donc la manière simple de le dire, ce serait de dire « j'ai de la colère » au lieu de « je suis colère ». Donc on adopte ce point de vue méditatif en hypnose. Donc il y a un peu un flou entre les deux, et une manière caricaturale de voir les choses, c'est de dire que la méditation, c'est une étape vers l'hypnose.

Pour entrer en hypnose, on se concentre sur quelque chose, et c'est le pendule du professeur Tournesol. C'est une forme d'hypnose traditionnelle qu'on n'utilise plus trop aujourd'hui, mais pour mettre en hypnose les personnes qu'on voulait hypnotiser, il fallait se concentrer sur le pendule. La concentration seule ne suffit pas à entrer en hypnose, mais c'est l'un des moyens qu'on utilise pour aider quelqu'un à entrer en hypnose.

Les étapes d'une séance

Jimmy

Excellent. Merci Sébastien, on arrive à la fin du premier épisode qu'on va faire ensemble. Si je résume les étapes, ou je te laisse les résumer : les étapes [chez un ?] hypnotiseur, on va le voir, c'est quoi ?

Sébastien

Alors, chaque hypnotiseur travaille différemment. Les étapes communes aux hypnotiseurs, ça va être de formuler l'objectif. L'hypnotiseur lui-même va utiliser le langage hypnotique et les suggestions. Il va vous aider à entrer en hypnose. Une fois que vous êtes en hypnose, vous allez avoir une expérience interne, un peu comme quand vous lisez votre [livre ?] préféré ou vous regardez votre film préféré. Et l'idée de l'hypnose, c'est que cette expérience que vous vivez intérieurement, elle vous apporte un apprentissage qui vous aide à atteindre votre objectif.

Jimmy

Super. Merci Sébastien. On se retrouve pour le prochain épisode, où on va parler là, par contre, de la projection ?

Sébastien

Merci Jimmy, avec plaisir. J'ai beaucoup aimé répondre à ces questions et on peut parler la prochaine fois de la projection. Donc pour préciser, je pense que ce que tu veux dire, c'est la visualisation, s'imaginer dans le futur.

Jimmy

C'est ça. Très bien.

Sébastien

Exactement.

Jimmy

Parfait. Merci Sébastien, et à bientôt.

Sébastien

À bientôt.

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