La Juste Performance

13 juin 2023 · 30 min · Entretien

Leadership au féminin : la pression de Wonder Woman (avec Valérie Richard)

Le leadership au féminin se heurte à un résultat de recherche connu : plus une personne maîtrise son sujet, plus elle doute de sa légitimité. S'y ajoute l'exigence d'être irréprochable partout, au bureau comme à la maison. Valérie Richard décrit ce que ce niveau d'exigence coûte au quotidien, et ce qu'il masque.

Portrait de Valérie Richard

Avec

Valérie Richard

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Ce que vous allez comprendre

  • Pourquoi le doute sur sa légitimité augmente souvent avec la compétence réelle
  • Ce que le syndrome de la bonne élève produit sur la prise de parole et la décision
  • Pourquoi la charge mentale se nourrit d'un niveau d'exigence jamais négocié
  • Pourquoi le cycle menstruel reste un sujet difficile à poser en entreprise
  • Ce que les émotions apportent comme information dans un rôle d'encadrement

À propos de Valérie Richard

Valérie Richard fonde Leader Sereine après plus de quinze ans à manager des équipes, dont elle a elle-même connu les difficultés qu'elle accompagne aujourd'hui chez ses clientes. Coach professionnelle certifiée, elle travaille depuis près de dix ans avec des dirigeantes et des femmes managers, sans exclure les hommes, autour d'une méthode qu'elle résume en trois verbes : s'assumer, s'affirmer, s'autoriser.

Le syndrome de la bonne élève

Ce qu'elle observe le plus souvent chez les femmes qu'elle accompagne, c'est ce qu'elle appelle le syndrome de la bonne élève : une pression de perfectionnisme qui pousse à vouloir tout faire bien, à s'interdire l'erreur de peur qu'elle ne confirme un manque de légitimité. Elle rattache ce syndrome au syndrome de l'imposteur, qui réapparaît selon elle à chaque nouvelle prise de poste, et lui trouve un revers étonnamment positif : les recherches de Dunning-Kruger montrent que les personnes les plus compétentes sont souvent celles qui se dévaluent le plus, quand les moins compétentes surestiment leurs capacités.

Le mode Wonder Woman

Valérie Richard décrit une charge mentale alimentée par un niveau d'exigence jamais négocié : vouloir être à la fois la meilleure professionnelle, la meilleure mère et la meilleure épouse, en mode Wonder Woman permanent. Réduire cette charge, dit-elle, suppose d'abord un travail sur soi, celui de s'autoriser à prendre du temps sans culpabiliser.

Un sujet encore tabou : le cycle

Elle aborde aussi un sujet rarement posé en entreprise, celui du cycle menstruel et de son impact sur l'énergie disponible au fil du mois. Elle explique la lenteur des entreprises à reconnaître ce phénomène par un héritage ancien, celui d'une époque où le sang menstruel inspirait la peur et mettait les femmes à l'écart, un tabou que les femmes elles-mêmes ont longtemps entretenu pour ne pas paraître plus faibles que leurs collègues masculins.

Le saviez-vous

Le saviez-vous ?

Selon les recherches de Dunning-Kruger citées par Valérie Richard, les personnes les plus compétentes sont souvent celles qui se dévaluent le plus, quand les moins compétentes surestiment leurs capacités. Un revers étonnamment positif au syndrome de l'imposteur.

Le saviez-vous ?

Valérie Richard résume sa méthode d'accompagnement en trois verbes : s'assumer, s'affirmer, s'autoriser. Elle l'a construite à partir de ses propres difficultés de jeune manager, avant de la mettre au service des dirigeantes qu'elle accompagne aujourd'hui.

Transcription de l'épisode

Ni féministe, ni clivage de genre

Jimmy

Cette semaine, je vous amène à la rencontre de Valérie Richard, fondatrice de Leader Serène. Leader Serène, c'est un organisme de formation qui accompagne les femmes, les dirigeantes ou leaders, dans leurs projets professionnels. Vous allez voir, Valérie n'accompagne pas uniquement des femmes, mais principalement — parce que c'est pour elle une vocation, et c'est aussi l'occasion de mettre en avant les différences entre hommes et femmes et, bien évidemment, de prendre ce qu'il peut y avoir de mieux chez l'un et chez l'autre.

Ce podcast ne se veut ni féministe ni clivage de genre. Tout simplement, on essaye avec Valérie de comprendre quelles sont les particularités qui font qu'aujourd'hui il y a peut-être des postures différentes entre les femmes et les hommes, qu'on retrouve potentiellement moins de cheffes d'entreprise, et qu'il y a parfois d'autres symptômes ou d'autres attitudes subies par les femmes plus que par les hommes.

Et si vous voulez en savoir plus sur le sujet, je vous invite à aller découvrir le site leaderserene.com [URL à vérifier], ou encore je vous invite vivement à aller regarder les vidéos de Valérie sur YouTube : Valérie Richard, Leader Serène. Je ne vous en dis pas plus, je vous emmène à la rencontre de Valérie et je vous souhaite une bonne écoute.

Bonjour Valérie.

Valérie Richard

Bonjour Jimmy.

Jimmy

Comment ça va aujourd'hui ?

Valérie

Bien, super, merci. Et toi ?

Jimmy

Ça va, super. On est un peu éloignés par la distance, mais je suis ravi de t'avoir sur Le Petit Manager aujourd'hui.

Valérie

Oui.

Jimmy

Alors on va parler de la position, qu'on peut peut-être l'apporter différemment, de la relation homme-femme dans ce podcast aujourd'hui. Je ne sais pas si je l'introduis bien, déjà.

Valérie

C'est je pense un bon moyen de débuter, oui.

Jimmy

Et puis c'est toi qu'on a invitée sur le podcast aujourd'hui parce que t'es coach depuis bientôt dix ans.

Valérie

Ouais.

Jimmy

T'accompagnes des managers et des leaders, et plus particulièrement des leaders féminins ?

Valérie

Oui, tout à fait.

Jimmy

Est-ce que tu peux nous dire pourquoi, déjà, tu choisis de t'orienter vers un leadership féminin ?

Le syndrome de la bonne élève

Valérie

Alors, effectivement, j'ai eu les deux types de clientèle, et j'ai encore certains hommes que j'accompagne. Ce qui fait que je me suis davantage orientée vers les femmes leaders, c'est que j'ai constaté, dans les coachings que je faisais, dans les accompagnements, que beaucoup d'entre elles rencontraient des difficultés que j'ai moi-même rencontrées quand j'ai commencé à manager, et puis ensuite quand j'ai créé mon entreprise. C'est qu'il y a peut-être un peu plus, chez les femmes, parfois, le syndrome de la bonne élève, où on a envie de faire les choses bien, de faire les choses à la perfection, où on se met beaucoup de pression, et où parfois ça nous amène à avoir des communications ou des comportements difficiles.

C'est-à-dire peut-être parfois une difficulté à s'affirmer, tu vois, à dire vraiment les choses, parce que j'ai peur de blesser, parce que je veux bien faire les choses, je ne veux pas froisser la personne, etc. Et ça, ce sont des comportements que j'ai un peu moins retrouvés chez les hommes. Donc comme ça me parlait beaucoup, parce que moi aussi j'ai eu ces travers-là, et que je sais à quel point on peut parfois se mettre de la pression, et donc, j'allais dire, se faire souffrir un petit peu à cause de ça, j'avais envie de pouvoir aider davantage les femmes à se libérer un peu de cette pression qu'elles se mettent régulièrement.

Jimmy

Tu dis que ce syndrome de la bonne élève, c'est qu'on veut bien faire ?

Valérie

Oui.

Jimmy

Parce que sans doute on a peur, peut-être, des impacts si on fait mal, ce qui arrive régulièrement. Est-ce que c'est fondé comme conséquence ? Est-ce que tu as l'impression que lorsqu'un homme fait mal une chose, c'est perçu différemment que lorsqu'une femme fait mal une chose ? Est-ce qu'elle est fondée, cette pression ?

Prouver sa valeur dans un milieu d'hommes

Valérie

Alors… je ne sais pas si c'est vraiment fondé, parce qu'on pourrait se dire, concrètement, dans les résultats, il n'y a pas forcément plus d'erreurs chez les femmes que chez les hommes, ou en tout cas ça n'a pas forcément un impact plus important. Mais je crois que dans l'inconscient collectif, on est encore beaucoup dans une société patriarcale, quand même un peu, où la place de l'homme dans le milieu de l'entrepreneuriat notamment, dans les postes à responsabilité, les postes à pouvoir aussi, la place de l'homme est quand même un peu plus présente, il y a un peu moins de femmes.

Et donc je pense que dans l'inconscient collectif, il y a quand même cette notion que la femme doit prouver, entre guillemets, sa valeur encore plus pour faire sa place, tu vois, un peu dans ce milieu d'hommes. Donc elle a cette tendance à vouloir éviter les erreurs, à faire le mieux possible, pour aussi montrer qu'elle est tout aussi capable qu'un homme, qu'elle vaut autant dans ses actions et dans son leadership, ou dans ses décisions, etc.

Jimmy

Oui, j'entends. Il faudrait presque plus d'actions positives d'une femme, comparé aux actions positives d'un homme, pour pouvoir espérer avoir une même place dans la société ou dans l'entreprise ?

Valérie

C'est souvent, en tout cas, des croyances que je rencontre. C'est pour ça que pour moi ce n'est pas forcément fondé : ça reste une façon de penser et une façon de voir les choses. Mais oui, on retrouve quand même assez souvent ça. Même dans des grosses structures — aussi bien dans les grosses structures, finalement, que dans les PME ou les TPE — il y a encore cette notion qu'une femme doit presque en faire plus pour montrer, pour prouver. Mais souvent, ce sont les femmes elles-mêmes qui se mettent en tête ce genre de croyances, et les hommes ne cherchent pas toujours à vraiment démontrer l'inverse, en fait. Donc c'est pour ça que le système, malheureusement, s'auto-entretient.

Jimmy

On va essayer de faire ça aujourd'hui, de le découdre un peu ensemble, de casser ces croyances. Alors on parlait aussi du syndrome de la bonne élève. Lorsqu'on préparait ce podcast ensemble, on a brièvement parlé aussi du syndrome de l'imposteur, parfois.

Valérie

Oui.

Jimmy

Est-ce que tu veux bien nous en dire un mot [reconstitution] ?

Le syndrome de l'imposteur revient par cycles

Valérie

Oui, alors c'est quelque chose que je rencontre toujours beaucoup chez les femmes, et que je rencontre aussi chez certains dirigeants à certains moments, et que j'ai moi aussi pas mal expérimenté. C'est peut-être le fait de se dire : est-ce que je suis vraiment légitime à mener telles actions, ou à tenir tel poste, ou à avoir tel genre de responsabilités ? Et le fait de se poser cette question, parfois, là aussi on s'autolimite, on s'autosabote, au point de penser qu'on n'est pas la bonne personne pour faire ça, pour avoir ces responsabilités-là.

Donc finalement, on a l'impression d'être un imposteur, et que quelqu'un, un jour, va découvrir qu'en fait on n'est pas si compétent que ça, on n'est pas si doué que ça, et donc on va peut-être nous reprocher d'avoir mené telle ou telle action, pris telle décision, etc. Donc pour les managers d'équipe, souvent ça peut être ça, tu vois, la prise de poste, au démarrage.

Souvent, ce que je constate, c'est que c'est un peu cyclique. C'est-à-dire qu'on peut avoir des périodes où on peut sentir comme ça qu'on n'est peut-être pas tout à fait légitime, et on peut avoir ce syndrome de l'imposteur. Et puis après, avec l'expérience, on se dit : bon, ça va, finalement je m'en sors. Et nouvelle expérience, nouveau challenge, hop, je retombe dans mes travers et je peux à nouveau avoir ce syndrome de l'imposteur qui se réinstalle. Donc c'est quelque chose qui, quand on n'y prête pas vraiment attention ou qu'on ne travaille pas dessus, peut être récurrent et revenir à différents moments dans sa vie professionnelle, voire personnelle. Voilà, moi j'accompagne plutôt dans le domaine professionnel, donc je le constate plutôt dans ce domaine-là.

Jimmy

Alors tu me diras si je me trompe : je trouve que ce syndrome de l'imposteur a un côté positif, si on peut lui en prendre un. C'est que dans les études de Dunning-Kruger, par exemple, on se rend compte que les gens qui ont le plus de compétences sont ceux qui se dévaluent le plus, contrairement à ceux qui ont moins de compétences et pensent justement savoir faire. C'est peut-être l'un des côtés positifs de ce syndrome, c'est en tout cas de se dire : tiens, finalement, est-ce que ça prouve potentiellement que les gens sont compétents parce qu'ils se remettent en cause plus facilement ?

Valérie

Oui, c'est vrai. Souvent, le fait d'avoir peur comme ça d'être pris en défaut, ou de passer pour quelqu'un qui n'est pas suffisamment compétent, ça peut pousser, ça peut challenger à aller acquérir de nouvelles connaissances, à s'améliorer sur certains aspects, à aller développer des ressources, des compétences. Donc effectivement, c'est intéressant, ce type de recherche, parce que ça permet de montrer que oui, comme dans presque toutes les choses un peu négatives, il y a le revers de la médaille finalement, et il y a un aspect positif.

La charge mentale et le mode Wonder Woman

Jimmy

Il y a quelque chose que tu as abordé aussi : c'est que ce syndrome, on peut l'avoir dans la vie personnelle parfois. Et dans la vie personnelle, on le sait, il y a une très forte charge mentale chez les femmes. C'est une évidence, personne ne peut le nier — en tout cas, ceux qui essayent de le nier ont du travail à faire sur le sujet. Comment on peut essayer d'accompagner cette charge mentale, en tant que coach par exemple ?

Valérie

Effectivement, c'est vrai que souvent les femmes ont plusieurs journées en une. Les enfants, l'intendance de la maison [terme incertain] qui leur revient encore un petit peu plus qu'aux hommes, même si les choses ont quand même beaucoup évolué. Mais tu as raison, je pense qu'on ne peut pas le nier : cette charge mentale est très forte. Et quand la personne a en plus des fonctions à forte responsabilité — mais je dirais même dans tout type de poste — ça peut vite devenir trop.

Donc l'idée, c'est de venir réduire cette charge mentale. Alors il peut y avoir différentes techniques, différents outils, des méthodes, tu vois — je pense par exemple à de la méditation, le fait de pouvoir marcher, faire du sport. Voilà. Mais tout ça, ça oblige avant à faire un travail sur soi, qui est de s'autoriser, en fait. De s'autoriser à prendre du temps pour soi, à déculpabiliser de prendre ce temps-là. Parce que ce qui fait aussi, des fois, la charge mentale, c'est qu'on veut assurer de partout, tu vois. On est un peu en mode Wonder Woman : je veux être la super cheffe, la super entrepreneure, la super leader, la super maman, la super épouse, la super femme au foyer. Donc on se met à un niveau de perfection de partout, ce qui fait qu'il y a cette charge mentale qui augmente.

Donc le fait de dire : OK, et si je reconnais un peu ce niveau d'exigence que j'ai envers moi-même, et que j'acceptais d'être peut-être un peu moins super performante de partout, est-ce que ça me permettrait de me libérer un petit peu l'esprit ? Est-ce que ça me permettrait de me libérer du temps ? Et si oui, qu'est-ce que je vais faire de ce temps ? Parce qu'à un moment donné, c'est : est-ce que j'ai plutôt envie de lire ? Est-ce que j'ai plutôt envie de bouger, de faire du sport, de sortir ? Est-ce que j'ai plutôt envie de méditer ?

Donc là aussi, parfois, moi, dans les personnes que j'accompagne, quand je leur dis « OK, si tu arrives à faire baisser cette charge mentale et que tu récupères un petit peu de temps pour toi, qu'est-ce que tu vas en faire ? », parfois les personnes sont un peu démunies, tu vois, elles disent « ben je ne sais pas ». Parce qu'il y a presque de la culpabilité à être dans une sorte d'oisiveté, j'allais dire, ou à ne pas être dans le travail, la production, etc. Donc c'est intéressant de pouvoir faire réfléchir là-dessus. Et parfois juste de se dire : je prends du temps pour moi, à ne rien faire, ou à jouer avec mes enfants, et de pouvoir se libérer l'esprit des obligations que l'on peut avoir par ailleurs.

Être addict à sa pensée

Jimmy

Super intéressant. Le thème de la méditation, c'est un sujet que je vais bientôt aborder dans un des podcasts.

Valérie

Ouais, super.

Jimmy

Avec un psychologue qui fait de l'hypnose. Je trouve que c'est quelque chose qu'on ne valorise peut-être pas assez, la méditation. On n'a peut-être pas la bonne image de ce qu'est la méditation aujourd'hui.

Valérie

C'est vrai, c'est vrai. Ça peut faire peur à certains. Il y a beaucoup de personnes qui disent « non mais ce n'est pas pour moi ». Et puis en l'expérimentant, ou en allant crescendo, avec de la cohérence cardiaque d'abord, des choses comme ça, où on est juste, en fait, en train de se reconnecter à soi, on se rend compte que ce n'est pas si terrible que ça, la méditation, et que c'est tout à fait abordable, et agréable même.

Jimmy

Alors je vais en profiter pour faire un petit teaser de l'épisode qu'on enregistre. J'ai appris que la difficulté dans la méditation, pour certaines personnes, pour une grande partie des personnes, c'est qu'en fait on peut être addict à sa pensée. Et que le fait de se projeter en dehors de soi pour retrouver son état émotionnel et le comprendre, on doit se libérer de nos pensées. Et donc c'est comme si on tendait une cigarette devant un fumeur en lui disant « surtout ne fume pas ». Et donc « surtout ne pense pas », lorsqu'on est addict à sa pensée, c'est très compliqué. Mais on le verra pendant l'épisode, il y a quelques solutions pour ça.

Valérie

Super.

Quotient émotionnel et part féminine

Jimmy

En parlant des émotions, justement […]. Moi j'ai eu la chance, et j'ai encore la chance, d'avoir des dirigeantes. J'étais dirigé par une femme quand j'étais en Chine ; aujourd'hui la présidente de mon entité est une femme. Des gens que j'admire — c'est vraiment une chance pour moi. Et tu as raison, quand on parlait des émotions en préparation de ce podcast : on sent une réelle différence dans la gestion des émotions entre les hommes et les femmes. Comment tu le perçois de ton côté ?

Valérie

Ce que je constate, et puis j'ai beaucoup lu, je me suis documentée sur ce sujet, c'est que, effectivement, pendant longtemps, le sujet des émotions dans le domaine professionnel, c'était presque un peu un vilain mot, c'était presque tabou, donc c'était compliqué. Bon, ça s'est quand même beaucoup démocratisé avec, notamment… voilà, tous les livres, je dirais, sur le sujet. Donc le sujet est moins tabou qu'avant.

Maintenant, c'est bien de le savoir, c'est bien de se dire « effectivement, il faut que j'utilise mes compétences émotionnelles, qui font partie des soft skills », pour autant ce n'est pas si simple que ça. Ce que je constate, c'est que les femmes ont une propension peut-être un peu plus innée d'aller rechercher ces compétences-là, parce que ça fait partie de la part féminine. Alors là on peut aller sur le terrain de : c'est quoi l'énergie masculine, c'est quoi l'énergie féminine… Mais quand on regarde l'énergie féminine, il y a aussi ce côté un peu connexion aux émotions, créativité, etc.

Donc je trouve que naturellement, intuitivement, les femmes vont peut-être un peu plus avoir conscience de leurs propres émotions. Elles vont peut-être arriver à être aussi un peu plus dans la maîtrise de leurs émotions à certains moments. Alors pas pour tout, mais ça peut faire partie des choses sur lesquelles elles prêtent une attention plus particulière, pour ne pas froisser, parce qu'elles sont peut-être davantage dans l'empathie, etc. Et donc ça leur donne une petite longueur d'avance, je trouve, par rapport aux hommes là-dessus. Même si effectivement, encore une fois, j'accompagne des dirigeants qui sont aussi quand même très connectés à ça. Mais parfois, je trouve que les hommes ont un peu plus tendance à voir ça comme une faiblesse, presque : « je ne dois pas montrer mes émotions, je dois me montrer fort ».

Alors que les femmes ont peut-être déjà plus naturellement une espèce d'ouverture, de douceur, qui leur permet aussi d'accepter de montrer ça. Et puis elles ont compris que c'était une force, en fait, que ça faisait partie des compétences pour notamment manager une équipe, par exemple, ou gérer une entreprise. Et que quand on arrive à développer ces compétences émotionnelles, on a des réussites plus fortes. Il y a des études qui ont montré que la réussite, notamment d'un manager, d'un leader, elle était effectivement en grande partie — plus de 70 % — liée à ses compétences émotionnelles, et donc à ce qu'on appelle le quotient émotionnel, par rapport au quotient intellectuel ou par rapport à l'expertise métier, qui, eux, n'arrivent qu'à 20, 25, 30 %, tu vois. Donc c'est intéressant.

Jimmy

Très intéressant. Je crois que c'est le livre de Goleman, si je ne dis pas de bêtise.

Valérie

Exactement.

Jimmy

Qui est un super livre. Il y en a d'autres aussi, on pourra les mettre dans les notes de l'épisode.

Valérie

Oui.

Les émotions comme sources d'information

Jimmy

Quand on parle des émotions, on parle de ces émotions à soi, et on parle aussi des émotions des autres, à prendre en compte évidemment.

Valérie

Tout à fait.

Jimmy

Après, on dit que toutes les émotions ont une valeur et qu'elles sont importantes. On ne peut pas mettre de côté les émotions qu'on appelle négatives, type colère, et garder de l'autre côté les émotions positives. Toutes les émotions sont importantes et toutes doivent être prises en compte.

Valérie

Exactement. C'est-à-dire qu'il faut vraiment les voir comme des sources de données, des sources d'informations. Donc quand j'ai peur, quand je suis triste, quand je suis en colère : qu'est-ce que cette émotion vient m'apporter comme information ? Qu'est-ce qui est en train de se passer dans mon quotidien ? Qu'est-ce qui est en train de se passer, peut-être, dans ma tête, dans mes pensées, qui m'amène effectivement à ressentir cette émotion ?

Donc effectivement, il n'y a pas d'émotions négatives. Il y en a qui sont plus pénibles que d'autres à vivre et à traverser, c'est vrai, qui sont plus difficiles à gérer. Mais pour autant, elles ont toujours un message positif pour nous, soit d'être vigilant… C'est aussi une manière de se protéger. On n'a pas envie de souffrir, c'est certain, mais ces émotions, quand elles sont désagréables, elles sont désagréables pour nous aider à faire une prise de conscience, à grandir, à évoluer, à voir la situation sous un autre angle. C'est vraiment comme ça qu'il faut le percevoir, même si sur le moment ça peut être pénible, effectivement, de traverser de la colère, de la tristesse ou de la peur.

Jimmy

Donc si c'est pénible pour nous, c'est aussi pénible pour nos collaborateurs.

Valérie

Exactement.

Les cercles de femmes

Jimmy

Je voudrais aborder un sujet avec toi, un sujet que je n'ai jamais abordé, j'ai très très peu de connaissances là-dessus et j'aimerais qu'on y passe un petit peu de temps. C'est sur ce qu'on appelle les cercles, notamment les cercles de femmes — il existe aussi des cercles d'hommes. Je sais que c'est un sujet sur lequel tu travailles. Est-ce que tu peux nous expliquer, déjà, ce qu'est un cercle de femmes, et pourquoi c'est quelque chose dans lequel tu t'investis ?

Valérie

Alors là aussi, je me suis intéressée à ça quand j'ai commencé à comprendre l'impact des énergies féminines et masculines dans nos comportements au quotidien, mais aussi dans notre rôle de leader. Pendant très longtemps, moi, j'ai fonctionné quasiment exclusivement avec mon énergie masculine, donc beaucoup dans la stratégie, le plan d'action, le process, le « il faut que », le « allez, on ne s'écoute pas, on y va ».

Et puis à un moment donné, je me suis bien rendu compte qu'en faisant ça, je me mettais dans le rouge, comme on dit, dans une zone de danger où j'étais presque contre nature, et puis je m'épuisais nerveusement et moralement. Donc j'ai cherché à comprendre un petit peu ces mécanismes, et là j'ai découvert effectivement la notion d'énergie féminine. Et donc, en lisant plusieurs livres, j'ai découvert ces cercles de femmes, qui sont des cercles de parole où les femmes viennent entre elles se transmettre, presque s'autoriser à se connecter à cette énergie féminine, à pouvoir accepter que les femmes sont régies par un cycle. Après, effectivement, ça fait partie de nos vies. Ça veut dire qu'au gré du système des lunes [formulation à vérifier], on a un cycle comme ça qui tourne sur quatre semaines et qui fait que, pendant ce cycle, notre énergie n'est pas la même.

Donc, à certains moments, ça ne sert à rien de vouloir être contre nature et d'être en surproduction, quand on est dans la période du cycle où on est peut-être un peu plus en énergie basse, où on est fatiguée parce que notre corps est en train de travailler d'une certaine manière — et donc le corps, ce n'est pas une machine non plus qu'on peut pousser à l'infini. Donc c'est important de savoir s'écouter. Et ces cercles de femmes, c'est un peu ça : c'est un peu ce cercle de parole où on peut venir déposer ça, où on peut venir partager les difficultés qu'on rencontre dans sa vie de tous les jours, dans sa vie professionnelle, arriver à s'accepter aussi. Ou parfois il peut y avoir aussi un peu des rituels énergétiques, tu vois, pour essayer de se connecter à cette énergie féminine, avec différentes méthodes, où souvent il y a une personne qui anime le cercle de parole.

Et je trouve que c'est intéressant parce que… l'idée n'est pas de tomber dans du féminisme, tu vois, « on reste entre femmes », « girl power », ce n'est pas vraiment ça. Mais c'est plus de se dire : comment je peux me comprendre, m'accepter, et puis du coup trouver ma place dans ma vie de tous les jours, dans mon milieu professionnel, en tenant compte aussi de mes spécificités féminines, qui ne sont pas moins bonnes que les spécificités masculines, en fait.

Jimmy

Oui, ce n'est nullement la question de « ceci est bien, ceci n'est pas bien, ceci est mieux, ceci est… ». Il y a des différences. Est-ce que tu penses qu'il y a aussi un cycle chez les hommes ?

Valérie

Alors, dans ce que j'ai lu en tout cas, et dans ce que j'en connais, on n'a pas le même système de cycle, effectivement. Je pense que du coup l'énergie masculine peut être un peu plus linéaire. Il y a moins ces dents de scie en fonction des périodes. Le corps ne travaille pas de la même manière, tu vois, au niveau hormonal, tout simplement. Donc il y a un peu moins cet impact interne du cycle et de l'énergie. Par contre, un homme va suivre peut-être aussi plus son environnement externe, et c'est peut-être ça qui peut venir influer sur son rythme et son énergie. Mais au niveau biologique, au niveau interne, il va être sur un schéma qui est assez différent.

Le tabou du congé menstruel

Jimmy

Alors on parle de cycle, c'est l'occasion aussi de parler justement du cycle menstruel de la femme. Il y a des entreprises qui aujourd'hui accordent un congé menstruel pour les femmes qui en ont besoin, parce que j'imagine — et je ne peux qu'imaginer — que ça peut être très difficile, qu'il y a des périodes plus difficiles pour certaines femmes. Pourquoi on tarde tant sur la question du congé du cycle menstruel ? Pourquoi on est encore, comme tu dis, dans cette résistance physique, peut-être à l'égard d'une fausse productivité — je ne sais pas si on peut l'appeler capitaliste ou industrielle —, mais pourquoi on n'arrive pas encore à casser des évidences comme ça ?

Valérie

Alors, il y a peut-être plusieurs niveaux d'explications. Je crois qu'on est encore beaucoup, là aussi de manière un peu inconsciente, sous le couvert de ce que ce cycle représentait à un moment donné. C'est-à-dire que, pour parler de manière un peu triviale, à un moment donné, le sang qui coule, ça peut faire peur. Et pendant très longtemps — voilà, il y a quand même une époque lointaine — les femmes étaient un peu mises à l'écart pendant cette période-là. On avait presque l'impression qu'il y avait une sorte de sorcellerie autour de ce cycle et de ce corps qui saigne, etc.

Jimmy

Mises même parfois hors du foyer, physiquement.

Valérie

Du foyer, oui. Donc je pense que même si aujourd'hui, bien sûr, on n'en est plus là et qu'il n'y a plus du tout cette image-là, à mon avis ça a quand même ancré des choses qui font que c'est tabou. Et parler du cycle, parler des menstruations, c'est compliqué. Et même les femmes, encore une fois : à un moment donné, elles ont voulu prendre leur place dans la société et montrer qu'elles valaient autant que les hommes. Et il ne fallait pas se montrer faible dans les périodes de menstruation, où il peut y avoir de la douleur, où physiquement on a mal, où on peut être plus fatiguée, on a moins d'énergie. Donc ça, il ne fallait pas le montrer. Donc les femmes, aussi, elles ont commencé à vouloir gommer ce cycle pour essayer de le laisser un peu de côté.

Donc je pense que tout ça a fait que les entreprises ont eu du mal à prendre conscience que oui, il y a un phénomène qui est celui-là, qui impacte peut-être le travail. Et ça peut être intéressant aujourd'hui de voir l'évolution, de se dire : tiens, il y a un revirement, puisqu'il y a des congés, effectivement, comme tu le disais, qui commencent à être accordés pendant ces périodes-là. Mais je crois que ça a mis du temps parce que finalement, ça arrangeait tout le monde de gommer cette période-là.

Prendre conscience de sa vraie valeur

Jimmy

Parmi les femmes que tu accompagnes, est-ce qu'il y a une caractéristique commune que tu retrouves, et qui peut être un conseil que tu pourrais partager à tout le monde ? Qu'on soit femme ou homme finalement, mais qui peut être une des clés de la réussite, ou une des clés d'amélioration quelconque ?

Valérie

Oui, et puis je l'entendais encore ce matin d'une cliente pour laquelle je termine le coaching : c'est souvent cette difficulté à prendre conscience de sa vraie valeur. Et finalement, comme je minimise ma valeur, ou que je n'en ai pas conscience du tout, j'ai du mal à m'affirmer, j'ai du mal à m'imposer, j'ai du mal à prendre certaines décisions, etc. Donc c'est vrai que là aussi c'est une caractéristique féminine, mais qui peut se retrouver chez plein de leaders hommes aussi : c'est d'arriver à mieux se connaître, d'arriver à identifier finalement ses ressources, ses forces, sa valeur, sa contribution. Et puis s'autoriser aussi à vivre sereinement avec ça, sans forcément tomber du côté obscur de l'arrogance, ou de quelqu'un qui aurait pris peut-être la grosse tête. Non, c'est juste de dire : « j'ai conscience de ce que je vaux, de ce que mon travail apporte, de mes qualités, peut-être aussi de mes parts d'ombre, et c'est OK, il y a toujours des choses à travailler ».

Donc ça, c'est intéressant, et c'est en ça que je trouve que le coaching va vraiment aider, parce que c'est du développement personnel finalement.

Jimmy

C'est un long voyage, de découvrir ses forces, de prendre conscience de ses valeurs — des valeurs qui vont forcément impacter nos émotions par exemple, on en parlait tout à l'heure.

Valérie

Oui, tout à fait.

Jimmy

C'est un beau voyage.

Valérie

Oui.

Enlever les masques

Jimmy

On arrive à la fin du podcast, parce que sur cette saison les podcasts sont plus courts. Voilà, parce qu'on m'a dit qu'on aimait bien écouter nos échanges, mais que parfois 50 minutes, une heure, c'était un peu long. Donc on va essayer de les faire plus courts cette saison. Même s'il y aurait encore beaucoup de choses à partager… Néanmoins, est-ce que tu as une dernière chose que tu souhaites nous partager ?

Valérie

Ce que je pourrais partager, c'est de trouver vraiment la sérénité dans son quotidien, en n'ayant pas peur de s'accepter tel que l'on est, et puis en acceptant des fois d'enlever les masques, de baisser les armes, et de pouvoir peut-être aussi un peu plus le partager, parce que ça peut inspirer d'autres personnes, ça peut inspirer son équipe quand on est leader, notamment. Donc d'accepter de montrer un peu sa vulnérabilité des fois : c'est une vraie force.

Jimmy

Merci beaucoup Valérie.

Valérie

Merci à toi.

Jimmy

Si on souhaite te retrouver, je pense que déjà sur LinkedIn, c'est une bonne plateforme d'échange.

Valérie

Valérie Richard sur LinkedIn.

Jimmy

Et puis je mettrai bien évidemment dans les notes de l'épisode les conseils que tu peux nous donner, de lecture, de site internet, de formation pourquoi pas.

Valérie

Tout à fait.

Jimmy

Super. Merci beaucoup en tout cas.

Sources et références

  • Goleman. .
  • Dunning et Kruger. .

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Rubriques : Se voir soi · Regarder le système

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