La Juste Performance

13 octobre 2023 · 31 min · Entretien

Manque de temps : ce sentiment d'être en retard sur sa vie (avec François Sauro)

Le manque de temps se rappelle à vous vers 21 heures, avec l'impression d'être en retard sur votre propre vie. Un collègue porte pourtant la même charge et ne se plaint de rien. François Sauro, formateur québécois, situe ce sentiment ailleurs que dans les heures disponibles : du côté des engagements accumulés et de l'énergie qui reste.

Portrait de François Sauro

Avec

François Sauro

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Ce que vous allez comprendre

  • Pourquoi deux personnes à charge égale ne vivent pas le même manque de temps
  • Pourquoi ce sentiment porte sur les engagements accumulés, pas sur les heures
  • Ce que le jonglage permanent entre notifications coûte à une journée de travail
  • Pourquoi une heure libérée ne sert à rien sans l'énergie pour la remplir
  • Pourquoi un vide dans la vie personnelle se remplit tout seul de travail

À propos de François Sauro

François Sauro fonde à Montréal l'entreprise de formation IMPROOV, spécialisée dans la gestion du temps, la productivité et l'usage intelligent des outils technologiques. Plus de vingt ans de formation lui ont appris une chose que peu de ses clients veulent entendre au premier abord : donner une heure de plus à quelqu'un qui n'a pas d'objectif clair ne change rien, cette heure finit par se remplir toute seule.

Deux colonnes plutôt qu'un audit de performance

Sa méthode ne repose pas sur un tableau de bord compliqué. Il propose un exercice tout simple : pendant une semaine, noter ce qui prend de l'énergie et ce qui en donne, au dos d'une enveloppe ou dans les notes de son téléphone. Pour lui, deux personnes qui portent exactement la même charge de travail peuvent vivre des semaines complètement différentes, parce que le manque de temps n'est jamais qu'une affaire d'heures disponibles, c'est une affaire d'énergie restante.

La danse, gardée dans l'agenda comme un rendez-vous professionnel

François Sauro applique sa propre méthode. Il sait que la danse est ce qui lui redonne de l'énergie, et il la protège dans son agenda avec le même sérieux qu'un rendez-vous de travail, non pas parce qu'il faut le faire, mais parce qu'il a observé ce qui se passe quand il ne le fait pas. Il défend quatre leviers pour retrouver du temps : être productif, être stratégique, savoir déléguer efficacement et être influent dans ses conversations. Il ajoute une idée qui dérange davantage : quand la vie personnelle n'a pas d'ambition clairement posée, c'est le travail qui vient occuper l'espace resté vide, et dire non devient alors très difficile.

Le saviez-vous

Le saviez-vous ?

François Sauro, fondateur de l'entreprise de formation IMPROOV à Montréal, protège un rendez-vous dans son agenda avec le même sérieux qu'une réunion de travail : la danse. C'est ce qui lui redonne de l'énergie, et il ne le sacrifie jamais, précisément parce qu'il a observé ce qui se passe quand il le fait de côté.

Le saviez-vous ?

Pour repérer où fuit son temps, François Sauro recommande un exercice qui tient sur le dos d'une enveloppe : pendant une semaine, noter dans une colonne ce qui prend de l'énergie, et dans l'autre ce qui en donne. Pas de tableau de bord, juste une observation honnête, répétée chaque jour.

Transcription de l'épisode

Générique d'ouverture

Jimmy

Bonjour et bienvenue sur le podcast du Petit Manager, le podcast qui aide à comprendre le management et les organisations dans notre monde VUCA. Je suis Jimmy Materne et chaque semaine, avec mes invités, j'aborde une thématique qui permet d'avoir une approche humaine et organisationnelle en phase avec notre époque. Car il est temps de prendre conscience que beaucoup de ces pratiques anciennes sont obsolètes, voire contre-productives.

Et avant de commencer ce podcast, j'aurais une petite faveur à vous demander. C'est bien évidemment de lui mettre les fameuses 5 étoiles, voire un commentaire, afin de contribuer à son développement et ainsi le rendre plus visible. Et oui, bienvenue dans un monde où tout doit être noté. Alors je compte sur vous et je vous souhaite une bonne écoute.

Cette semaine, je vous emmène à la rencontre de François Sauro, qui a fondé Improov, l'entreprise qui essaie de vous faire gagner du temps pour vous rendre plus heureux. Et ouais, parce que pour François, avoir du temps de qualité, c'est une façon d'être plus heureux dans son quotidien. François nous raconte comment il a développé son rapport au temps, et pourquoi il souhaite pouvoir fournir à chacun des outils et des méthodes qui nous permettent, dans notre quotidien, de dégager suffisamment d'espace de temps libre pour pouvoir faire d'autres choses, et potentiellement nous rendre bien évidemment plus heureux, plus sereins. Mais je ne vous en dis pas plus et je vous laisse à l'écoute de ce podcast qui, je l'espère, ne vous aura pas fait perdre votre temps. Bonne écoute.

Un sujet resté dans les années 80

Jimmy

Salut François.

François Sauro

Salut Jimmy.

Jimmy

Comment ça va aujourd'hui ?

François

Magnifique, en pleine forme.

Jimmy

Je suis ravi de t'avoir pour Le Petit Manager. Tout d'abord parce que, lorsqu'on avait échangé la première fois, tu m'avais partagé pas mal de choses qui m'ont marqué et qu'on va pouvoir aborder aujourd'hui. Et aussi parce que ça fait longtemps que je n'ai pas parlé de digitalisation sur le podcast. Et pendant notre discussion, j'ai trouvé ça formidable de pouvoir comprendre ce que pouvait apporter la digitalisation, notamment par le rapport à l'amélioration de la qualité de vie, la qualité de vie au travail, puis la qualité de vie tout simplement qu'on peut avoir au quotidien.

François

Le lien entre le temps pour soi et l'aspect digital... j'ai l'impression qu'il y a comme un vide, un peu, entre les concepts de time management, de gestion du temps, qui existaient dans les années 80, 90, qui ont débuté là, et la métamorphose de notre vie dans les 10, 15 dernières années. Il n'y a pas eu de mise à jour pour la plupart de ces formations-là. Ça reste les mêmes concepts des années 80, 90, des fois même plus vieux que ça. C'est un sujet qui me passionne, qui a changé ma vie profondément. Donc, pour moi, faire le pont, puis moderniser le sujet, si on veut.

Jimmy

Parce qu'il y a une dissonance — excuse-moi de t'interrompre —, il y a une dissonance entre ce qui se passe actuellement. C'est-à-dire que, tu vois, moi je vois des designers, par exemple, au quotidien, parfois j'en rencontre, j'en ai dans mes équipes, et je me dis : mais finalement, il y a 30 ans, 40 ans à peu près, on dessinait encore sur des planches, pas d'ordinateur. Tu vois, on n'avait pas les emails et les communications qu'on connaît aujourd'hui, on envoyait parfois des fax. Moi je me souviens quand j'ai commencé, c'était la fin du fax, mais on en recevait encore au bureau.

Et on avait comme idéal, ou comme idée, que la technologie allait nous améliorer la vie, qu'elle allait nous faire gagner du temps. Et plus ça va, plus j'ai l'impression qu'on est noyé dans le monde du travail, qu'on passe de plus en plus de temps au travail, qu'on a l'impression que plein de choses sont inefficientes, et finalement ça pèse sur le moral.

François

Ben il y a un lien. En fait, ce qui arrive, c'est qu'il y a une impression de manquer de temps, qui est une impression, je le dis. Cette impression-là, dans le fond, n'est pas une réalité comme telle. Donc, il n'y a pas plus de temps aujourd'hui ou moins de temps qu'il y en avait dans les années 70. Le temps, c'est une mesure. Donc, quand quelqu'un dit « je manque de temps »... versus ça, tu as un autre collègue qui a la même charge de travail, par exemple. Puis, tu vas avoir des fois plusieurs collègues qui ont une charge similaire, mais il y en a qui vont se plaindre de manquer de temps. Tu vas dire : OK, mais c'est pas du temps qui te manque.

Les assiettes chinoises

François

À l'époque — tu fais référence à des gens en conception, par exemple —, ben, il travaillait sur un projet, il n'était pas distrait, le fax était dans le coin du bureau, il n'y avait pas d'alerte, pas de notification. Il faisait leur travail, et une fois que le travail était fait, il mettait ça dans un rouleau, une espèce de rouleau en plastique, le coursier envoyait ça, et c'était 24 heures avant que le client ait [le document ?].

Aujourd'hui, ça se fait souvent en collaboration directe. J'envoie un courriel à la personne, en trois minutes t'es déjà en train de l'ouvrir, de le consulter, t'envoies tes commentaires. T'es en train de commencer à faire ton propre travail, tu tombes sur un autre sujet, juste le temps de cadrer le projet, tu reçois un courriel, une notification, tu retournes. Puis là, tu passes ta journée à jongler. Un peu le concept des assiettes chinoises : tu glisses une assiette, puis là il y a un rythme, et là tu en installes une deuxième, une troisième. Il y a des gens qui réussissent à en faire cinq, mais le risque que la première tombe est élevé.

Jimmy

Donc il y a un manque de focus, beaucoup de distractions, c'est ça.

François

Exact, exact. Et ça, c'est ce que le monde moderne a apporté, c'est cette facilité-là. Et même, je dirais presque, c'est perçu comme très positif, quelqu'un qui est capable de jongler là-dedans.

Jimmy

Alors c'est intéressant ce que tu dis là, parce que tu dis : tu peux avoir deux personnes avec le même degré de travail, ou la même demande de travail, et deux réactions différentes. Un qui va dire « je suis surchargé », puis un qui va peut-être réussir. Qu'est-ce qui peut peser dans la balance ?

Un budget de temps, comme un budget d'argent

François

Le principe, quand quelqu'un dit « je manque de temps », ce qu'il veut exprimer généralement, c'est : j'ai une liste d'engagements plus ou moins clairs et exprimés, et de souhaits, versus j'ai un budget de temps d'un certain nombre d'heures. Fait que là, si j'ai par exemple 30 heures d'engagement au travail, avec un 10 heures de courriel et un 20 heures de rencontre, de réunion, on voit que ça ne fonctionne pas. Il y a la charge de travail qui est là, et il y a le temps qui est disponible dans mon budget.

C'est comme le sentiment de manquer d'argent. Ça veut dire quoi, manquer d'argent ? Ça veut dire que j'ai des désirs d'achat, de mode de vie, puis mon argent ne suffit pas. Mais s'il s'agit juste de prendre ça — c'est l'argent que j'ai et j'ajuste mes dépenses —, ce sentiment-là peut potentiellement disparaître instantanément. Le temps, c'est la même chose. Donc, si tu dis « mais je devrais voir ma famille, je devrais passer du temps »... et là, tu as plein de listes d'engagement dans ta tête. En plus, tu vas sur Netflix, puis tu te mets à vouloir regarder trois séries ce mois-ci. Puis après ça, tu vas sur YouTube, il y a un sujet qui t'intéresse, tu veux voir tel... Tu comprends ? Donc, j'ajoute des choses que je désire faire, versus le budget, et j'ai un sentiment de manquer de temps. C'est une pure création de l'esprit. Et on peut le régler.

Jimmy

Et on peut le régler, tu dis — ce qu'on va voir juste après. Et juste avant, pour terminer là-dessus, je voudrais savoir : est-ce qu'il n'y a pas le facteur d'une tierce personne, dans le sens où ton temps ne t'appartient pas toujours ? Quand tu as le client qui te contraint à donner des rendus, peut-être ton management qui te contraint à donner des rendus... Finalement, on a du mal à s'aligner entre les attentes des autres et ce que moi-même je pourrais attendre de mon temps.

François

En fait, c'est le plus gros défi pour tout le monde qui est en affaires et qui doit performer. Qu'on s'entende, il y a un certain nombre d'employés qui n'ont pas ce stress-là au quotidien : ils ont une certaine tâche de travail. Je peux dire qu'il y a des moments où j'ai donné des cours en gestion du temps et où la personne n'était pas intéressée à en apprendre plus. Je lui ai dit : je vais t'aider à récupérer une heure de ton temps tous les jours. La personne dit : non, ça m'intéresse pas. Si tu me donnes une heure de plus, je ne sais pas ce que je ferais avec.

C'est impressionnant quand tu penses à ça. Je fais comme : voyons, tout ce qu'on pourrait faire ! Si tu triplais le temps d'une journée, je le prendrais. Et là, c'est là que j'ai commencé à dire : qu'est-ce qui fait que quelqu'un... comment tu fais pour récupérer du temps ? Une des premières choses, c'est d'avoir plus d'énergie. Si tu n'as pas assez d'énergie, t'arrives à 8h le soir, à 20h, et puis même si je te donne plus de temps, tu ne feras rien d'autre que d'aller te coucher.

168 heures par semaine

François

Ça, c'est un des facteurs. Ensuite, il y a l'influence avec les gens, ce que tu décris là, c'est-à-dire que mon patron, mon client qui m'impose — selon moi, selon ma perception — qui m'impose des choses. Puis après ça, on se rend compte que quand on creuse un peu, c'est des relations qu'on a, à savoir dire non, à vouloir plaire. Plein d'éléments humains beaucoup plus profonds qui font que j'ai ce comportement-là qui fait que je n'ai pas de temps.

Je prends l'exemple de parents à la maison qui disent : j'ai pas le temps de faire du yoga, j'ai pas le temps de lire une heure par jour, j'aime lire, je veux lire et j'ai pas le temps. Je fais comme : t'as 168 heures par semaine, t'as pas 7 heures pour lire ? Là tu te mets à creuser un peu. Pourquoi ? Ben parce que je dois faire la lessive, je dois faire... Et là, je dis : OK, mais t'as des enfants, ces enfants-là, ils font quoi pour t'aider ? Là, il y a un silence radio, c'est comme... ben... Mais là, ils ont quel âge ? Ils ont 13 ans. Bon ben, ton garçon qui joue à la PlayStation avec des combinaisons de boutons super élaborées pour gagner, il est capable de faire trois boutons sur une laveuse, là. Il est capable d'apprendre, tu supposes.

Tu comprends ? Mais ça, c'est tous des éléments dont on ne se rend pas compte, parce qu'on bâtit un quotidien, des habitudes. Ces habitudes-là nous coûtent du temps. 70 % de ce qu'on fait — ça a été démontré dans les recherches comportementales —, c'est sur le pilote automatique. 70 % de ce qu'on fait, c'est des habitudes. Évidemment, on en parlera dans d'autres podcasts, mais du système lent, le système rapide, système A, système B, qui nous mène dans ces habitudes.

Jimmy

Oui, tout simplement, on a du mal à avoir des retours rationnels sur notre propre façon d'agir.

Le ballet jazz à 13 ans

Jimmy

Donc toi, tu as, par ton expérience déjà, tu as un rapport à l'art qui est assez particulier. Je vais te laisser raconter rapidement là-dessus. Mais tu as commencé quand même en tant que danseur de ballet jazz.

François

Oui, exact. J'ai commencé... en fait, j'apprends très rapidement, et ce domaine-là, je l'ai appris vraiment vite. Donc dans le domaine du ballet jazz — parce que c'est très, très connecté : en général, les gens qui font une formation approfondie en ballet jazz vont commencer par le ballet, ou vont faire le mix des deux, donc c'est ce que j'ai fait —, j'ai commencé à 13 ans, 14 ans [?], et à l'intérieur d'un an, je suis passé de débutant à une troupe amateur. Et l'année d'après, j'étais au même niveau que des gens qui dansaient depuis qu'ils avaient quatre ans.

Jimmy

Impressionnant.

François

Oui, c'est ça. Puis moi, je ne m'en rendais pas compte, parce que pour moi c'était la norme. Mais j'ai juste un talent d'apprendre, ça. Puis j'ai beaucoup, beaucoup aimé, mais je ne voulais pas avoir ce mode de vie-là. Surtout en Amérique du Nord, la danse, c'est un art de seconde zone, ce que je dirais, même si les gens l'apprécient. Pour gagner sa vie à danser, surtout au Québec — le marché francophone, qui est à peine 8 millions de personnes, le nombre de spectacles qui apparaissent, etc. —, c'est très difficile. Mais c'était une belle expérience de vie professionnelle, de commencer tôt à avoir cette rigueur-là.

Jimmy

Donc ça t'a apporté beaucoup de rigueur, tu disais ?

François

Bien, la rigueur... puis moi, ce que j'ai remarqué quand je me suis mis à travailler dans d'autres domaines, c'est que dire « j'ai un spectacle telle date, dans deux semaines par exemple », mais on ne calcule pas les heures pour être prêt pour le spectacle : on fait ce qu'il faut pour. Là, j'entrais dans le travail où on a une présentation telle date, ben moi, on fait le temps qu'il faut pour arriver prêt à la présentation. Pour moi, j'avais le même état d'esprit, et il y en avait qui, bon ben, il est 17 heures, voilà, on termine. Oui, mais la présentation demain ? Ben, ça sera ce que ça sera. Tu vois ? Fait que donc, moi, naturellement, mettre les heures supplémentaires — mais parce que j'aimais ça aussi, donc... je me suis vite démarqué, et j'ai eu des postes de gestion à 21-22 ans, j'étais déjà gestionnaire dans les entreprises. C'est un des points importants, je pense, dans mon évolution professionnelle.

Être ambitieux pour sa vie personnelle

Jimmy

Je reviens juste là-dessus : c'est OK aussi de partir à 17 heures et de ne pas avoir fini une présentation, finalement.

François

Absolument. Le truc pour ça, c'est d'être aussi ambitieux pour sa vie personnelle.

Jimmy

Voilà, il n'y a pas de jugement. [?] veux réussir ma vie, non pas du tout, mais si je veux dire...

François

Non, au contraire, je le fais même plus que la moyenne. Mais c'est un bon point, parce qu'effectivement, ça a l'air de ça, de la façon dont j'ai positionné le point précédent. Alors, si tu as une présentation tous les jours et que tu ne peux pas quitter à 17 heures, c'est une autre histoire. Mais par exemple, pendant la pandémie, plein de gens avaient un espace libre tout d'un coup, qui n'avaient plus d'activité sociale, n'est-ce pas ? Donc là, comme il n'y avait rien, aucun engagement, les gens ont juste travaillé plus. Parce qu'avant, il y avait un vide.

Mais si tu combles ça avec des... Moi, par exemple, je suis dans une troupe de salsa, j'ai fait ça quelques années, beaucoup plus tard. Ben là, si j'ai un rendez-vous avec ma troupe à 19 heures, ben j'ai un engagement, je quitte, puis voilà, j'organise mes choses en fonction. Si je veux réussir ma vie comme père, ben je vais céduler des choses avec mes enfants, je vais organiser les choses avec le même niveau d'intensité que je le fais pour ma vie professionnelle.

Le BlackBerry et le bureau-chef

Jimmy

Alors, tu es fondateur d'Improov.

François

Oui.

Jimmy

On mettra les liens dans le résumé de l'épisode. Alors, Improov, c'est I-M-P-R-O-O-V point com. Tu as un jeu de mots ? Qu'est-ce qui t'a amené à créer Improov ?

François

C'était un peu par accident au début, parce que j'avais une carrière dans la grande entreprise, dans le milieu de la télécommunication. Et c'était à l'époque où les BlackBerry... ceux qui se rappellent, ils sont assez vieux.

Jimmy

[?]

François

Ouais, avec le clavier, et puis les premiers temps de courriels mobiles et tout. Et dans mon travail, je travaillais au bureau-chef d'une des grandes entreprises canadiennes, je devais former les gens sur ça. Et là, je me suis rendu compte que les gens... il y avait plein d'astuces, plein de perspectives sur comment utiliser le BlackBerry, que les gens ne savaient pas. Et dès que je leur montrais, ils réagissaient. J'aimais ça, enseigner — je ne m'en étais pas rendu compte.

Dans ma vingtaine, j'ai eu des épreuves où j'ai pu faire un peu plus de réflexion, puis je me suis rendu compte que la formation, de m'installer et de faire le pont entre une technologie et de faire en sorte qu'on soit plus heureux, qu'on soit plus efficace au travail, ça peut être extrêmement positif. Si on l'utilise mal, ça peut devenir un [?] où tu as des familles où la technologie prend tellement toute la place qu'il n'y a plus de connexion humaine. On le sait, on en vit, on le voit, c'est rendu problématique, surtout pour les plus jeunes, qui ont besoin d'être guidés là-dedans. Et les adultes, nous-mêmes, on a de la difficulté à le gérer.

J'ai découvert que j'étais vraiment une espèce de... c'est ça, un lien. Quelqu'un qui vulgarise et qui aime faire réagir les gens sur cette technologie-là. Puis j'en ai fait une entreprise après avoir été trois ans travailleur pigiste, à découvrir ce métier-là. Puis en 2010, j'ai fondé mon entreprise. On était seul, avec un partenaire qui croyait dans ma vision. Puis là, aujourd'hui, on est une quinzaine d'employés qui forment surtout en Amérique du Nord et au Canada, mais de plus en plus à l'extérieur aussi.

Les deux côtés de la même pièce

Jimmy

Bravo pour ça, déjà. Du coup, est-ce qu'on pourrait dire qu'aujourd'hui, l'une de tes missions serait de rendre les gens plus heureux ? C'est ce que tu disais là, à l'instant.

François

Oui, définitivement, définitivement. Une de mes missions, c'est faire en sorte que la technologie ajoute du bien-être et ajoute une flexibilité d'horaire : on peut faire du télétravail, on peut être en mode voyageur. Il y a plein de choses qu'on peut générer de façon extrêmement positive avec la technologie.

Jimmy

Les deux sont là. Aussi bien dans le positif que dans le négatif.

François

Exactement. Donc, si on a un vide au niveau personnel, puis on le comble par le travail, la technologie peut faire en sorte que le travail prend toute la place.

Jimmy

Alors effectivement, comme presque tout dans la vie, l'envers de la médaille, il y a deux côtés à la même pièce.

François

J'aime ça, enseigner, faire prendre conscience de ça aux gens.

Jimmy

C'est vraiment une mission de vie, comme tu dis. Quelles sont les premières choses que tu mets en place quand tu rencontres des gens ? Je pense que c'est notamment autour du thème de la digitalisation, je ne sais pas si on peut le dire comme ça. Quelle est ta première approche ?

Deux portes d'entrée : l'outil ou l'humain

François

Je n'ai jamais eu cette question-là dans cette perspective. En fait, quand les clients viennent à moi, il y a deux axes. Il y a l'axe des symptômes du manque de temps, plus généraux : je me sens débordé, j'ai le sentiment de manquer de temps. Ils viennent avec : donne-moi un cours de gestion du temps. Ça, c'est un des axes. Et l'autre axe, c'est des gens qui voient qu'on donne un cours, par exemple, sur Microsoft Outlook. Puis ils vont dire : je dois améliorer Outlook, je suis là-dessus cinq heures par jour, visiblement je pourrais gagner du temps. Donc j'ai des clients qui rentrent par les deux portes.

Alors, dépendamment par où les gens vont rentrer, on va les guider, avec l'équipe, à dire : bon, on va commencer par faire plus l'applicatif si c'est ça qui est hot, là. Mais dès qu'on rentre dans l'applicatif, on va parler un petit peu du côté humain. Pourquoi tu veux... pourquoi tu veux les notifications systématiquement ? Pourquoi tu les gardes actives ? Et là, on creuse un peu ce côté-là. Et là, on enlève les notifications. Et là, les gens nous rappellent des fois une semaine plus tard en disant : mon univers s'est transformé en une semaine.

Et sinon, c'est sur le côté plus personnel, plus là où on a une formation qui est plus en profondeur, un peu avec des programmes plus élaborés. Puis après ça, les gens finissent par dire : OK, mais là, enseigne-moi comment j'applique ça dans Outlook, ou dans Gmail, etc. Donc on y va par les deux. Mais ultimement, la digitalisation, c'est d'amener ces concepts-là dans un univers qui est électronique.

Gagner du temps pour en faire plus ?

Jimmy

Oui, ça me fait penser à quelque chose. J'imagine un dirigeant qui fait appel à toi justement parce qu'il veut dégager du temps pour ses équipes.

François

Oui.

Jimmy

Est-ce qu'il n'y a pas le risque d'avoir plus de temps pour en faire plus ? Notamment pour en faire plus au travail.

François

Oui. Et ça, c'est pourquoi plusieurs employés sont réticents quand les cours arrivent, parce qu'ils disent : tu veux que j'en fasse plus, dans le fond. Fait que c'est pas une... Tu veux pas vraiment que je sois plus heureux, tu veux juste que je sois un employé qui produise plus. Puis c'est possible, la motivation de la personne peut être multiple. Mais moi, je pense que la nature a horreur du vide là-dedans. Donc, si t'as pas d'objectif qui est clair pour toi, ton patron va pouvoir t'imposer des objectifs et des buts. Et si tu n'en as pas dans ta vie personnelle, le professionnel va prendre de plus en plus d'espace et tu ne seras pas capable de mettre tes limites.

Tandis que si tu dis : bon, moi, profondément, je vais être un triathlète, et je vais être un exemple pour mes enfants, pour ma forme physique, puis l'entretien de ma relation avec ma conjointe, et ça, c'est important — si je mets mes limites et je mets des objectifs de vie et je me prends des engagements, naturellement, il va arriver un temps où le travail va être encadré dans un espace raisonnable. Et tu vas être très à l'aise à dire non. Pour moi, dans le 40 heures par exemple, 35, 50 heures — il y en a qui vont dire moi, je veux travailler 50 heures, pas de problème. Peu importe le nombre d'heures, je peux amener de la valeur à l'entreprise, ou ils ne voudront jamais...

Ce qui prend de l'énergie, ce qui en donne

Jimmy

C'est un sujet complexe. Tu disais le triathlon, c'est un bon exemple, mais on a besoin d'énergie pour avancer, pour être encore en forme quand il y a la deuxième journée qui commence, quand on a des enfants le soir par exemple. On a beau avoir... comment formuler ? On a beau avoir ce niveau d'énergie, si tu veux, il y a un moment, c'est consommé, quoi. T'as beau avoir fait 10 heures par jour parce que t'as eu plein d'espace pour faire plein de choses, si au bout de 6 heures ta charge mentale était tellement importante, suffisante, je pense que les 4 heures qui restent derrière sont juste des heures très... je ne sais pas comment dire... peu productives. Tu es juste fatigué, tu ne peux pas le faire, tout simplement.

François

Oui. Puis on peut faire les activités de notre travail qui nous nourrissent, où on peut en faire beaucoup plus sans s'en rendre compte, où le temps passe. Il y a certaines parties de notre travail — comme là, on jase en ce moment, c'est l'expression québécoise de jaser, mais on discute —, pour moi, je travaille, mais je ne travaille pas. On pourrait parler comme ça pendant deux heures, puis je ne serais pas vidé énergétiquement. Je ne suis pas dans un mode de... c'est ça.

Il y a certaines parties de notre travail où il y a une intensité. Donc, si j'anime un cours, par exemple, pour une heure et demie, avec un groupe de participants qui sont réticents et que mon rôle est de les enrôler dans l'idée qu'ils ont besoin de ça, là, ça prend toute ma réserve. Et là, je ne pourrais pas animer trois groupes par jour systématiquement, je vais être épuisé. Il faut observer ça dans notre travail : qu'est-ce qui me prend l'énergie et qu'est-ce qui m'en donne.

Je dirais plus loin que ça : il faut voir aussi dans votre temps personnel, dans vos temps libres, qu'est-ce que vous faites qui vous prend l'énergie versus ce qui vous en donne. Donc, si on se sent un peu démoralisé, ou on a une journée plus difficile, puis on s'installe sur Netflix, puis on fait une écoute en rafale pendant cinq heures, de 18 épisodes de Friends, ben, on va sentir qu'à la fin, je ne me sens pas énergisé de ça. Je ne vais pas prendre ça et puis aller améliorer ma vie en général.

Alors il faut être attentif. Qu'est-ce qui fait que... Lorsque moi, c'est la danse : si je danse deux heures, je sors de là, je suis gonflé, je suis dans mon énergie, je suis allumé, après ça je peux retravailler. Donc dans notre gestion du temps, c'est être attentif à la gestion de notre énergie comme ça. Je pense que c'est un gros, gros facteur.

Jimmy

Est-ce que du coup tu le prends en compte lorsque tu vas donner des formations ?

François

Si je le prends en compte pour qui ? Pour eux ou pour moi ?

Jimmy

Pour eux.

François

Ça fait partie de l'éducation que je vais avoir, surtout sur le côté humain, lorsque je parle d'efficacité. Quand on parle d'Outlook, je vais être plus dans la mécanique de l'outil, donc ça, non — ça, on va avoir un programme plus spécifique, c'est carrément apprendre à faire, c'est un skill set. Maintenant, pour ce qui est de l'humain, comment tu gères ton temps...

Les quatre axes

François

Moi, je commence le cours, et je vais donner ça à tes auditeurs : c'est quoi, les quatre axes pour gagner du temps, pour se sentir mieux ? J'ai parlé d'énergie tantôt, mais il y en a trois autres.

Alors, la première chose, c'est d'être plus productif. Donc, s'il y a quelque chose que je peux faire en une heure qui me prenait avant deux heures, ben, je viens de gagner une heure. Ça, c'est la productivité pure. Ça, c'est ce que les entreprises aiment entendre : mes employés vont être plus productifs. Mais quelqu'un qui tape au clavier toute la journée, puis qui n'a jamais appris à taper sans regarder son clavier, puis qui n'est pas capable de faire 40 mots-minute par exemple, ben voilà un élément où je peux apprendre et regagner une heure par jour : parce que je suis cinq heures devant mon clavier, je peux augmenter de 20 % ma rapidité. Ça, c'est productif. Alors, c'est souvent pas un élément qui va être si inspirant pour beaucoup de gens, mais en même temps... si je gagne 50 minutes, c'est presque 6 semaines de travail par année que je récupère. Quand on le voit de ce côté-là, c'est un beau retour sur investissement. Productif, c'est un.

Ensuite de ça, c'est être stratégique. Ça, c'est vraiment avoir une clarté de but, la clarté de but de l'entreprise, puis qu'il y ait une connexion entre les deux. Et quand ça, c'est connecté, on gère mieux notre temps, on prend de meilleures décisions, on est plus stratégique. Puis on dit non plus souvent. Ce qui nous donne la difficulté à dire non, c'est s'il n'y a rien de prévu au plan, s'il n'y a pas de clarté.

L'énergie, je l'ai dit. Le quatrième, c'est d'être plus influent. Alors, gagner du temps, c'est d'être capable d'avoir dans ta conversation une influence pour que les choses qui doivent se passer puissent se faire, par la négociation, par la délégation efficace. Là, on peut gagner du temps.

Je donnais l'exemple des enfants tantôt : si j'ai des enfants et que je leur ai appris comment laver [leur linge ?] seuls, je peux gagner une heure ou deux par semaine si mes deux enfants sont autonomes à partir de 12 ans, par exemple. Et là, ça, c'est juste une tâche ménagère. Si je délègue tout le reste, je peux récupérer un 5-6 heures que je vais pouvoir prendre pour lire.

Jimmy

Oui, pour soi-même.

François

Pour soi-même, pour faire le yoga que j'ai pas le temps de faire, pour toutes ces choses. Donc là, quand les gens prennent conscience de ces leviers-là, si je combine les quatre, c'est spectaculaire, le temps que je peux récupérer dans une journée.

Ne pas digitaliser ce qui ne marche pas

Jimmy

Super, quatre axes à travailler. Moi, je me souviens d'un conseil qu'on avait donné dans un précédent podcast, qui disait aussi : n'essayez pas de digitaliser quelque chose qui ne marche pas déjà.

François

Ah wow, ouais, c'est bon, ça.

Jimmy

Oui, c'est très bon.

François

Ça s'applique dans les cours en ligne aussi. Les gens veulent faire des cours en ligne, mais ils ne les ont jamais donnés en personne. Alors tu peux pas faire un cours en ligne si tu l'as pas livré à des humains. Alors il faut que tu donnes le cours à des humains une dizaine de fois, pour que là tu fasses : OK, le cours fonctionne, les gens, je vois où [?]. Et là, je le digitalise après, mon cours.

Jimmy

C'est un excellent exemple auquel je n'avais pas pensé, ça [?] ce qu'on disait. Du coup, on arrive déjà sur la fin, François. Tout ça, c'est gestion du temps.

François

C'est parfait.

Conclusion

Jimmy

Est-ce qu'il y a un sujet qu'on n'a pas abordé, ou quelque chose que tu souhaites ajouter avant qu'on conclue le podcast ?

François

Ah ça, une conclusion ! Ben moi, je dirais, pour tes auditeurs qui sont curieux de récupérer du temps : reculez l'enregistrement de quelques minutes pour les quatre axes, puis revisitez vos journées avec cette perspective-là. Et de regarder mon niveau énergétique. Est-ce que je peux être plus productif ? D'avoir une certaine critique envers soi-même : est-ce qu'il y a des choses que je peux faire plus vite ? Est-ce que je prends les bonnes décisions ? Tout ça là, naturellement, on peut aller trouver des pistes de solutions en autoformation, et après, être curieux. Vous pouvez faire un long, long bout de chemin avec ces éléments-là pour améliorer votre vie. J'espère qu'il y en a qui auront trouvé de la valeur dans ce que je vous ai partagé aujourd'hui, dans notre conversation.

Jimmy

Je n'en ai pas douté une seconde. Et en agilité, on dit aussi : est-ce que ce que je suis en train de faire a de la valeur, finalement.

François

Voilà, on est à la même place.

Jimmy

C'est super. Merci mille fois François pour tous ces conseils. C'était une super discussion, j'ai beaucoup apprécié.

François

Excellent. C'est la même chose pour moi.

Jimmy

Je te dis à très bientôt, et en tout cas, on se retrouve avec Improov si les gens souhaitent te contacter et approfondir ce sujet de gain de temps, qui devient dans notre société aujourd'hui quelque chose de très, très complexe. Pas seulement à mettre en place, mais aussi dans la perspective qu'on donne à soi-même et qu'on donne aux gens qui nous [?].

François

Magnifique. À bientôt.

Jimmy

Au revoir.

François

Bye !

Générique de clôture

Jimmy

[…] tout doit être noté. Alors si vous avez quelques secondes et que vous souhaitez me soutenir, allez-y maintenant, ça ne prend qu'un clic et ça me fera un immense plaisir. Si vous souhaitez me retrouver, rien de plus simple, vous allez sur LinkedIn et vous tapez Jimmy Materne. En attendant, je vous souhaite une excellente journée ou soirée en fonction de l'heure à laquelle vous m'écoutez, et je vous dis à la semaine prochaine.

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