Ouverture
Jimmy
On le sait tous, les réunions restent un sujet compliqué en entreprise. Elles sont à la fois indispensables, parce qu'on a besoin de se retrouver pour partager, échanger, prendre des décisions, clarifier les choses à prendre par exemple. Et le plus souvent, malheureusement, inexploitables, parce qu'on a parlé d'autres choses, qu'on n'a pas su clarifier nos décisions et nos objectifs. Et donc on se retrouve avec des agendas surchargés, où on galère très souvent à trouver un créneau commun. Et je ne sais pas pour vous, mais moi, par exemple, j'aimerais beaucoup avoir moins de réunions dans mon agenda et plus de disponibilité,
soit du temps pour moi-même, pour faire des sessions de deep working par exemple, ou tout simplement pour pouvoir apporter du support lorsque c'est nécessaire et que quelqu'un en a besoin. Tiens, d'ailleurs, je vous invite à aller voir votre agenda et à regarder combien de temps vous avez passé en réunion ces quatre ou cinq dernières semaines, et à vous poser la question de savoir si ce temps passé en réunion était vraiment du temps dans lequel vous avez pu créer et apporter de la valeur, ou si c'était du temps dans lequel vous étiez juste assis autour d'une table, ou à distance en télétravail, à écouter et à assister plus qu'à participer à une réunion.
Et aujourd'hui, j'ai la chance d'accueillir Vincent Mendès, CEO et cofondateur d'Aster, une application qui va vous redonner goût, justement, en réunion. En plus d'avoir fondé Aster, Vincent a écrit un super livre que je vous recommande, qui s'appelle « Les 7 commandements du manager pour une équipe efficace, engagée et alignée ».
Je suis Jimmy Materne, et aujourd'hui, avec Vincent, on s'intéresse à comment rendre nos réunions beaucoup plus efficaces, et on aura également la chance de revenir sur son livre et ce commandement du manager, sur lequel Vincent partage sa vision des trois piliers qui, selon lui, font qu'on peut créer de l'intelligence collaborative. Et si dès aujourd'hui vous voulez avoir les clés qui font qu'une réunion peut être de nouveau efficace, alors ce podcast est fait pour vous. Mais je ne vous en dis pas plus, et je vous laisse avec l'interview de Vincent,
qui nous délivre de fabuleux conseils. Bonne écoute !
Les 7 commandements du manager
Jimmy
Bonjour Vincent Mendès.
Vincent Mendès
Bonjour Jimmy.
Jimmy
Merci d'être avec nous sur le podcast du Petit Manager. Aujourd'hui, on va parler de sujets qui nous intéressent tous : d'abord ton livre, « Les 7 commandements du manager », qu'on va aborder, et puis plus particulièrement, si on a le temps de le faire dans ce podcast, la réunion, notamment avec l'outil que tu as pu mettre en place avec ton entreprise Aster, qui permet aux entreprises de gagner en efficacité pour pallier au syndrome de réunionite qu'on connaît tous, malheureusement.
Jimmy
Alors Vincent, pour commencer, est-ce que tu pourrais nous rappeler ce qu'est ton livre et pourquoi tu l'as écrit ?
Vincent
Eh bien oui, déjà merci Jimmy pour l'invitation. Moi c'est Vincent, je suis le CEO d'Aster, donc effectivement une solution qui va permettre de rendre la réunion plus efficace parce qu'elle automatise la préparation de la réunion, permet d'animer la réunion de manière efficace, et partage automatiquement un compte-rendu synthétique avec le suivi des actions et des décisions. Ça, c'est ce qu'on fait depuis 2018. Et en fait, au fil des années, au fil des entreprises qu'on accompagne, pas mal de grands groupes essentiellement, j'ai commencé à recevoir pas mal de retours d'expérience autour de l'organisation du travail, du mode hybride. Et au moment du confinement, je me suis retrouvé dans une position de nœud central où beaucoup de clients me demandaient : eux, comment est-ce qu'ils font sur tel sujet ? Est-ce que tu peux me mettre en relation ? Est-ce que tu as des idées, des tips, des inspirations sur tel sujet, etc. Je me suis rendu compte que j'avais quand même beaucoup de contenu, et j'ai voulu l'organiser dans un livre, sous la forme de ces sept commandements. Et c'est comme ça que ce livre est né, à la sortie du premier confinement. Il a été publié en octobre dernier, mais il s'est vraiment rédigé pendant le confinement, pour recenser toutes les meilleures pratiques liées au management hybride, aussi bien sur les aspects digitaux que vraiment managériaux.
Voilà, donc c'est comme ça que s'organisent les différents commandements du livre, c'est comme ça que le livre a vu le jour.
Jimmy
Chouette. Dans ton livre, d'ailleurs, tu parles plus d'organisations distribuées que d'organisations hybrides. Alors pourquoi tu fais cette distinction ?
Organisations distribuées, pas seulement hybrides
Vincent
Hybride, c'est un peu le buzzword. C'est le mot qu'on voit partout dans la presse, dont on entend parler. Mais en fait, il faut savoir que cette organisation du travail existait déjà avant la crise Covid, et son nom normalisé, c'est « distribué ». L'organisation du travail distribuée, ça veut juste dire qu'on a des ressources au sein d'une équipe, par exemple, qui sont distribuées sur différents sites, différents lieux géographiques, qui doivent travailler sur le même fuseau horaire, parfois sur des fuseaux différents même, avec un objectif commun. Et donc là, on se retrouve finalement dans la même situation que quand on est en télétravail, où chacun est chez soi.
Sauf que là, il se trouve qu'il n'y a pas besoin d'avoir le télétravail pour connaître l'organisation distribuée, parce qu'il y a des équipes : certains sont sur le terrain, d'autres dans les usines, d'autres au siège. Et à partir de là, on est distribué. Et donc à partir de là, il faut mettre en place une organisation qui va être la plus efficace possible, parce qu'il y a une contrainte qui s'ajoute au cœur de la collaboration, c'est la distance. La distance, ça ajoute un nouveau mode de collaboration, l'asynchrone. Tout n'est plus synchrone.
Et donc c'est comment est-ce qu'on arrive à orchestrer la collaboration asynchrone et synchrone pour que les équipes restent — et donc c'est le titre du bouquin — efficaces, engagées, alignées. Efficace, c'est notre capacité à délivrer, à avancer sur les sujets, à tenir les délais. Engagée, c'est simplement la motivation. On l'a tous senti, je pense, pendant le confinement : c'est dur de passer ses journées derrière un ordinateur, à enchaîner les Zoom et les Teams, en se disant que tout ça, ça a un sens.
Et puis alignée, c'est juste que si on est dix dans une équipe et qu'il y en a cinq qui tirent à gauche et cinq qui tirent à droite — je crois que c'est Newton qui a dit que ça ne pouvait pas avancer — donc l'alignement, c'est que tout le monde tire dans la même direction. Donc trois composantes essentielles d'une équipe distribuée.
Jimmy
Alors dans ton livre, tu rappelles ce qui pourrait justement construire ces trois composantes, comment on pourrait être plus efficace, engagé et aligné. En un mot, si tu devais donner une phrase pour chacun de ces trois éléments, tu dirais quoi ?
Efficacité, engagement, alignement
Vincent
Alors on a plutôt une idée derrière chaque... Derrière l'efficacité, il y a plein de leviers. Moi, le premier que je vois, le plus important, je le disais, asynchrone et synchrone, c'est de se dire qu'on a différents outils pour collaborer : aussi bien la messagerie instantanée, comme un Teams ou un Slack, que l'appel téléphonique, que la réunion. Et en fait, ce sont des niveaux de collaboration qui vont du moins cher au plus cher, au sens de l'énergie que ça demande. Et donc on peut établir des règles là-dessus pour faire en sorte que cette collaboration ne soit pas trop chronophage, ne prenne pas trop de temps. Le fait de passer ses journées en réunion, je crois que c'est devenu très connu. Et donc, typiquement, une règle très concrète que je peux donner, c'est : on est sur un chat, il y a un problème, un sujet, on en discute — si au bout de cinq messages le sujet n'est pas clos, on va arrêter de spammer cinquante personnes avec des notifs, parce qu'on va se retrouver avec une conversation de cinquante messages, alors qu'un coup de téléphone de deux minutes peut régler le problème. Donc on passe plutôt au téléphone : c'est la règle qu'on a, au-delà de cinq messages sur un même sujet, on passe sur un coup de fil, et si le sujet est trop complexe, là on prévoit une réunion. Donc c'est vraiment le mode ultime, et cette réunion, la règle, c'est qu'elle doit être préparée de manière asynchrone, c'est-à-dire que, dans un document, on va centraliser toutes les infos de la part de tout le monde, la problématique, les infos qu'on a autour de ça.
Et le moment où on arrive dans la réunion — nous, on utilise Aster, parce que évidemment c'est notre solution et elle est faite pour ça — mais quand on arrive en réunion avec toutes les infos sous les yeux, là ça dépote. On n'est pas sur des réunions d'une heure, une heure et demie, on est plutôt sur des points de trente, quarante-cinq minutes maximum, et on est super efficace. Voilà, ça c'est derrière l'efficacité.
Derrière l'engagement, le truc qui me paraît le plus intéressant à dire, c'est qu'on a vu, là encore avec l'émergence, la généralisation du télétravail, les managers faire un pas en arrière sur une notion sur laquelle pourtant on travaille depuis des années — les entreprises travaillent depuis des années là-dessus — c'est l'autonomie, la responsabilisation des équipes. Ce sont les mots-clés de toutes les transformations managériales qui ont lieu dans les différentes entreprises. Et là, tout d'un coup, on s'est retrouvé avec des managers qui n'avaient plus leurs équipes sous les yeux, avec des comportements de tracking, de surveillance parfois,
soit à travers les outils — tiens, il est 9h, je ne vois pas la pastille verte sur Teams qui me dit qu'il est connecté, qu'est-ce que c'est, je vais l'appeler, j'envoie un mail, je n'ai pas eu de réponse dans les trente minutes, je vais lui demander : alors, t'en es où ? — autant de choses qui viennent en fait déresponsabiliser les actions que mènent les différents collaborateurs. Et donc là, pour éviter de tomber dans ce piège, qui était quand même un vrai sujet managérial pour le coup, on peut se dire qu'il y a des rituels dans une équipe — des réunions hebdomadaires par exemple, des réunions d'équipe, des one-to-one de manière hebdomadaire. En dehors de ces points de synchro, on ne fait pas de synchro. Le manager ne va pas appeler la personne pour lui dire « alors, t'en es où sur ce sujet ? », non, parce qu'il y a des points qui sont faits pour ça. En dehors de ça, on ne s'en parle pas. Et ça n'apporte pas de valeur, ça montre que je n'ai pas confiance, ça montre que je suis derrière son épaule à regarder ce qu'il fait, et puis ça va juste prendre du temps à tout le monde, et c'est vraiment assez inutile. Pourtant, c'est quelque chose de très commun.
Voilà, donc ça, je mettrais ça derrière l'engagement.
Jimmy
Donc tu l'as dit, il y avait une perte de confiance, il faut la retrouver, ou en tout cas ne pas s'éloigner de cette confiance ?
Vincent
Oui, tu as complètement raison, c'est comment est-ce qu'on peut nourrir la confiance alors qu'on est à distance, et que le naturel humain, chez certaines personnes, certains managers, peut être de compenser par une sur-présence de stimuli digitaux — un mail, un message, « t'en es où », un appel, etc. Donc cette confiance, ça doit être nourri, et la force des rituels, c'est l'une des choses à mettre en place, je pense, aujourd'hui. Et puis on le voit de plus en plus, on parle de plus en plus de rituels et moins de réunions. C'est vraiment un des effets positifs de toute cette transformation qu'apporte le mode hybride.
Et l'alignement, le troisième point : on ne se voit pas tous les jours, on n'est pas dans le même open space ou au même étage, etc. Du coup, comment s'assurer qu'on travaille bien sur les mêmes choses, avec le même objectif et avec la même compréhension de cet objectif et du plan d'action ? Il y a une méthode très simple, je n'irai pas dans le détail, mais qui s'appelle la méthode des OKR, Objective and Key Results, qui permet d'aligner toute l'équipe sur le même objectif, et un objectif chiffré. Il ne doit pas y avoir différentes compréhensions de cet objectif. Cet objectif va se décliner en...
La méthode OKR au service de l'alignement
Vincent
...KR, en Key Results. En fait, ce sont des sous-objectifs qui sont répartis par métiers, par thématiques, etc. Et tous ces sous-objectifs alimentent l'objectif principal. Et chaque semaine, lors d'un rituel hebdomadaire, sur chacun de ces sous-objectifs, on met un carton vert, un carton rouge ou un carton jaune. Un carton vert, c'est « je suis dans les clous, super, on continue ». Un carton jaune, c'est « je me pose des questions, j'ai des petits problèmes, pouvez-vous m'aider ? ». Un carton rouge, c'est « je ne suis pas dans les clous, voilà comment je vais faire pour l'être, est-ce que vous aussi vous avez des idées, comment est-ce qu'on peut s'entraider ? ». Et ça permet, en animant un rituel sur la méthode des OKR, d'aligner tout le monde sur le même objectif, et que cet objectif soit décliné en fonction des métiers ou des missions différentes que chaque membre de l'équipe a.
Je vous donne un exemple, Aster : l'objectif principal, c'est un objectif de MRR, le chiffre d'affaires mensuel récurrent qui vient des abonnements d'Aster, un objectif comme ça par trimestre. Pour un commercial, on va dire que les sous-objectifs semblent assez évidents, le nombre de nouveaux contrats. Qu'est-ce que ça peut être pour un développeur technique web, qui doit impacter le chiffre d'affaires ? Par exemple, ça va être le taux de bugs critiques, inférieur à 0,5 %, parce qu'on sait que si on a des bugs critiques qui dépassent 0,5 %, on met des contrats en danger, des contrats qui ne vont pas grossir ou qui vont s'arrêter, et donc ça vient impacter le chiffre d'affaires. Voilà comment on décline ce genre d'objectifs. Donc derrière ces trois notions, il y a des choses très concrètes, c'est vraiment ce que je détaille dans les sept commandements.
J'ai un passé d'ingénieur, en fait, Jimmy, et je ne m'en sers pas tant que ça dans ma vie de tous les jours. Mais s'il y a un truc que ça m'a laissé, c'est du pragmatisme. Et j'ai fait en sorte qu'à chaque fois, derrière chaque notion, il y ait des checklists très concrètes, des retours d'expérience d'entreprise très concrets, qui montrent que tout ça, c'est faisable, et comment ça peut se mettre en place dès demain dans une équipe.
Jimmy
Oui, et puis tu nous parlais des OKR — je pense que les OKR doivent aussi venir nourrir la vision de l'entreprise, puisque la vision, elle est difficilement chiffrable ou mesurable. Si tu veux, une responsabilité sociale ou environnementale, ça va être un peu plus difficile à mesurer. Si tu arrives à la décomposer en OKR, tu es peut-être plus sur du terrain, mais ça vient nourrir ta vision d'entreprise pour aligner tes équipes.
Vincent
Complètement, je suis entièrement d'accord avec toi. La vision, il faut qu'elle soit inspirante, et souvent l'inspiration n'est pas forcément chiffrée. Si elle peut se décliner de manière très concrète en chiffres, en mesurable, on arrive à faire vivre cette vision, à l'ancrer dans la réalité des équipes.
Jimmy
Et donc dans ce livre — déjà merci de nous avoir résumé ces trois principes que tu mets en avant — je trouve que c'est hyper riche et à la fois hyper simple d'accès, donc c'est à la portée de tous, alors que c'est un levier immense pour l'entreprise et les équipes. Et donc tu en déclines sept commandements, et à chaque fois c'est sympa parce que tu les entrecoupes, je crois, de retours d'expérience d'entreprises. Ça vient enrichir ce que tu dis dans le livre. Dans les sept commandements, on pourrait en faire trois groupes principaux ?
Le septième commandement : l'impact du manager sur la société
Vincent
Les trois premiers commandements sont liés aux outils digitaux, à leur utilisation, à leur gouvernance, aux règles — c'est l'exemple que j'ai donné avec les cinq messages sur un sujet, sinon on passe au téléphone, puis la réunion, la réunion préparée en asynchrone. On a des outils, comment faire pour qu'on n'en ait pas trop... Enfin, moi je dis toujours, on a plein d'outils pour être efficaces, et au final on l'est moins. C'est comment est-ce qu'on essaie de ne pas tomber dans ce piège-là, d'utiliser des outils de manière intelligente, sans redondance, en orchestrant les différents modes asynchrone et synchrone de la collaboration. Ça, ce sont les trois premiers commandements.
Les trois suivants sont davantage liés au management — l'exemple que je donnais sur la confiance tout à l'heure en est un, l'exemple que je donnais sur les OKR en est un aussi. C'est vraiment pas lié aux outils, c'est vraiment lié aux méthodes ou aux principes qu'on peut mettre en place, et qu'on devrait mettre en place au sein de l'équipe pour que ça tourne bien.
Et le dernier commandement, le septième, c'est un peu un ovni dans ce bouquin. À la base, ce septième commandement, c'était quasiment...
Jimmy
...une deuxième partie du livre, un gros sujet ?
Vincent
Exactement, j'avais à peu près cent pages sur les six premiers, et j'avais cent pages sur cette deuxième partie. En travaillant avec l'éditeur, avec Dino, ils ont plutôt préféré en faire quelque chose de plus court, plus synthétique, pour en faire un septième commandement. Et donc c'est un ovni, parce que ça inclut le fait que les managers, à leur niveau, ont un vrai impact au-delà de l'efficacité, de l'engagement et de l'alignement de leur équipe — un vrai impact sur la société au sens large, donc un impact sociétal, même environnemental, en fonction des choix qu'ils font.
Le credo de ce septième commandement, c'est de se dire que l'entreprise a une mission aujourd'hui, celle de répondre aux challenges auxquels nous faisons face, des challenges aussi bien sociétaux qu'environnementaux. Certes, il y a des décisions qui peuvent être prises au plus haut niveau de l'entreprise, du groupe, mais dès le niveau managérial, au sein d'une équipe, on peut déjà avoir un impact positif sur le monde. Pourquoi ? Parce que l'entreprise, c'est un levier formidable quand on y pense. En fait, ça, c'est quelque chose de très personnel : par rapport aux challenges dont je parlais tout à l'heure, sociétaux, environnementaux, je vois trois grands axes pour y répondre. Il y a l'axe citoyen, les gestes de tous les jours qu'on nous apprend à faire, le tri, etc. De l'autre côté, à l'extrême inverse, il y a l'axe politique. Et c'est vrai que je ne suis pas quelqu'un de très politisé, je suis même quelqu'un qui trouve parfois que dans la politique il y a trop d'inertie, que c'est soumis à trop d'ego, de compromis, et que les choses ont du mal à bouger. Et au milieu, il y a un outil qui est absolument incroyable, c'est l'entreprise. Une décision, la conséquence peut avoir lieu dès demain, et peut être massive,
parce qu'on touche beaucoup de personnes, que ce soit en interne, les collaborateurs, les équipes, ou en externe, les clients ou les fournisseurs avec lesquels on travaille. C'est un outil où la décision est plus facile d'accès, plus directe, plus pratique, et la conséquence est beaucoup plus immédiate et massive. C'est ça que j'ai voulu inclure dans ce septième commandement : comment est-ce que moi, manager, je prends ma part
pour impacter le monde positivement, à travers ce levier formidable dont je fais partie, qui est l'entreprise.
Jimmy
C'est vrai que l'entreprise a un énorme rôle à jouer dans tout ce qui est RSE, responsabilité sociale et environnementale, et ça m'a fait vachement écho au livre « La juste bienveillance », coécrit par Thierry Willième, qui est venu sur ce podcast, et qui parlait aussi de bienveillance au-delà de soi. J'ai trouvé ça hyper parlant. Quand j'ai lu ton livre, je trouvais que ça résonnait vachement. Il y a une dernière notion, mais je pense qu'on aurait
complètement matière à un podcast dédié : tu parles aussi d'antifragilité des entreprises, une thématique qu'on n'aura pas le temps d'aborder aujourd'hui, je pense que ça prendrait largement un podcast à part. Mais est-ce que tu pourrais, en quelques mots, nous dire ce que tu entends par « antifragile » ?
L'antifragilité, ou comment intégrer l'imprévisible
Vincent
Oui, alors c'est une notion que j'ai découverte grâce à un entrepreneur extrêmement inspirant, tant par ses succès que par l'humanité dont il fait preuve : Georges Sadé [nom à vérifier], qui est le patron de Spectrum, une société québécoise — maintenant il est basé en Suisse. Et lui, il a vraiment traduit les concepts de l'antifragilité dans son entreprise.
Antifragilité, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça fait forcément écho au fait qu'on sort d'une crise incroyable comme le Covid. Antifragilité, si je devais le résumer à ma manière — c'est peut-être imparfait, c'est vraiment au travers de mon prisme — c'est de se dire : comment est-ce qu'on intègre dans nos modèles de société,
d'entreprise, l'imprévisible, le fait qu'on ne peut pas prévoir ce qui va se passer. La crise Covid, je pense, n'était dans aucun business plan à cinq ans des sociétés, des entreprises — en tout cas, ce serait surprenant, je n'en ai pas eu écho. Et pourtant, c'est arrivé. Et deuxième chose, cet imprévisible, on ne peut qu'en supposer la fréquence — on les appelle les « cygnes noirs », on en a entendu parler à l'occasion du Covid,
ces événements destructeurs et imprévisibles. On ne peut qu'anticiper qu'ils vont se multiplier, avec les crises sociales ou environnementales auxquelles on fait face. Il faut juste voir — et le Covid, c'est clair, il n'y a pas besoin d'en débattre, il y a probablement une racine environnementale derrière, à mon avis, je crois que c'est la piste principale, mais qu'importe. Mais avant le Covid, il y avait quand même les gilets jaunes, et ça a paralysé toute une partie du business parisien
pendant un moment, et là c'est plutôt social. Donc toutes ces choses-là, il risque d'y en avoir de plus en plus. Comment est-ce que l'entreprise devient résiliente face à ça ? En fait, le type qui a créé cette notion en 2012, je crois — Nassim Taleb — d'antifragilité, il s'est dit : ce qu'on fait aujourd'hui, c'est qu'on bâtit des murs pour se protéger, on se dit qu'il y a un coup qui a telle puissance, donc on va bâtir un mur qui résiste à cette puissance. Sauf que l'imprévisible, en fait, on ne sait pas d'où va venir le coup ni sa puissance. Donc en fait, ça ne sert à rien de vouloir se protéger comme ça,
il faut plutôt intégrer ça dans notre modèle. Et comment est-ce qu'il le traduit ? Il donne un exemple, parce que ça ne s'applique pas qu'à l'entreprise, aussi à la santé, à l'éducation, etc. Dans la santé, par exemple, c'est l'exemple du vaccin. C'est-à-dire que pour se protéger d'un virus dont on ne connaît pas les conséquences qu'il peut avoir sur nous, sur notre corps, qu'il peut tuer, etc., on va se vacciner. Donc en fait, on va agresser notre corps avec une petite dose du virus,
et ça, ça va me permettre de stimuler toute mon immunité, les globules rouges, etc. Et donc, quand le coup arrivera, s'il arrive, je serai a priori plus préparé. C'est ça, en fait : comment est-ce que, plutôt que de bâtir un mur pour éviter... Je ne sors jamais de chez moi pour ne jamais choper le Covid, j'en connais qui ont fait ça, ils l'ont quand même chopé. Eh bien, ça ne marche pas. Je préfère me dire que je vais me vacciner,
et si je l'attrape, je serai plus préparé, je ne m'écroulerai pas. C'est la même chose pour l'entreprise, et donc il donne des choses très concrètes pour être antifragile. Le fait de diviser toutes ses équipes en sous-équipes les plus petites possible, qui peuvent remonter des signaux faibles de l'environnement pour s'y préparer, parce que dès que l'équipe atteint une masse critique, ou que l'organisation dans son ensemble atteint une masse critique, on se coupe des signaux faibles. On n'est plus des petites embarcations qui traversent la Méditerranée [image incertaine, voir points à vérifier], on devient des paquebots, et on ne sent plus où on va, ni le courant qui nous porte.
Voilà, ça c'est un truc très concret. C'est de se dire : plutôt que de me prendre un rocher de dix kilos sur la tête, je vais me prendre plutôt mille grains de sable d'un gramme, ça me fera moins mal. Voilà, c'est des choses comme ça. Et je pense qu'on vit dans un monde — la notion dont on parle depuis des années — un monde VUCA,
Agilité et antifragilité
Vincent
globalement, et donc vu qu'on vit dans ce monde-là, il faut l'accepter, et donc il y a des leviers pour ça, il y a des moyens : l'antifragilité, c'est clairement un moyen. Et effectivement, ce serait très bien d'en parler, j'ai plein d'exemples de choses, mais je pense que si je devais le résumer...
Jimmy
Dans ton livre, tu fais référence à l'agilité, à des méthodes comme Scrum par exemple, etc. Et c'est vrai que dans ce cadre de travail agile, on cherche à accepter le changement, on ne cherche pas à l'éviter, on ne cherche pas à l'ignorer,
Vincent
mais au contraire, on cherche à faire en sorte de pouvoir accepter à n'importe quel moment n'importe quel changement, pour pouvoir justement s'adapter. Et je pousse même le truc un peu plus loin : dans le traditionnel, le changement c'est une contrainte, quelque chose qui va nous faire prendre du retard, qui va nous coûter cher, etc.
Jimmy
Exactement, ça a un coût.
Vincent
Tout à fait. Là où l'agilité, elle se nourrit du changement. Elle l'a tellement intégré qu'elle se construit par le changement, on assume de ne pas connaître. On pourrait presque faire le lien entre agilité et antifragilité, c'est un peu ça : j'assume, je suis humble face aux éléments, je sais que je ne peux pas tout maîtriser, les réponses, etc., donc je vais l'intégrer dans mon modèle de fonctionnement. L'agilité, c'est vraiment... après, c'est pas du freestyle, pour que ça fonctionne, ça doit être très méthodique. L'agilité, je pense qu'aujourd'hui c'est suffisamment connu pour savoir que, pour que ça marche,
c'est très méthodique, c'est très rigoureux, mais c'est de cette manière-là qu'on arrive à intégrer l'imprévisible et à s'en nourrir.
Jimmy
Merci de nous avoir fait le résumé de ton livre en un condensé de vingt minutes, c'est hyper riche. Alors j'espère que les auditeurs ne seront pas frustrés qu'on n'ait pas pu aller plus dans le détail, mais je te réinviterai si besoin, avec grand plaisir. J'aimerais qu'on fasse maintenant le focus sur Aster, la solution que tu as mise en place pour la réunion. On sait qu'aujourd'hui les réunions sont compliquées. Moi, par exemple, j'ai une...
mauvaise expérience, c'est-à-dire qu'avant la crise Covid, on avait enfin réussi à ce que les réunions soient, en principe, de vingt à trente minutes maximum, alors qu'avant c'était une heure. Donc je me disais, génial, on va gagner du temps dans les agendas. Le Covid est arrivé, et bingo, la catastrophe s'en est suivie. On a continué de faire des réunions de trente minutes, mais on les a doublées. Donc du coup on a deux fois plus de réunions de trente minutes, donc du coup l'agenda ne s'est pas du tout réduit, et on passe d'une réunion à l'autre, on ne s'est même plus donné le temps de la tête. Et du coup on n'a pas forcément le temps, en plus, de faire du
travail de fond, du deep working, de créer de la valeur — ce qu'en agilité on appelle créer de la valeur. Et du coup, toi, tu y as réfléchi, ça fait déjà plusieurs années que tu as mis en place des solutions logicielles. Comment tu envisages la réunion aujourd'hui ? Comment on peut générer de la valeur en réunion plutôt que de venir s'asseoir parce qu'il fait chaud ? J'ai un copain qui dit ça, il me dit : les gens qui viennent en réunion parce qu'il fait bon, qu'il fait chaud, et que parfois il y a du café, eh bien ces gens-là ne servent pas à grand-chose, mais ils sont contents d'être là.
Comment tu vois la réunion aujourd'hui ?
### Repenser la réunion : le premier outil collaboratif au monde
Vincent
J'aime beaucoup l'anecdote de ton copain. Pour moi, la réunion, déjà, c'est le premier outil collaboratif au monde. Devant les Google, les Microsoft, tout ce que tu veux, c'est la réunion. C'est le plus utilisé, c'est le plus universel. Par contre, il est beaucoup décrié comme outil.
Il est tellement universel, tellement commun, qu'en fait il est mal fait, on ne fait pas attention à comment on utilise cet outil. Nous, ce qu'on s'est dit quand on a créé Aster, c'est qu'on allait remettre la réunion à sa juste place de premier outil collaboratif, efficace, qui a du sens dans l'entreprise. Et donc on a commencé à
décomposer la réunion sous la forme d'un workflow, un process, parce qu'il y a trois grandes phases : la préparation, l'animation et le suivi. Et le suivi de la réunion N fait d'ailleurs partie de la préparation de la réunion N+1, c'est une boucle. Quand on parle de réunion, on parle beaucoup de réunions récurrentes, celles qui structurent nos agendas, nos activités : les réunions d'équipe, les one-to-one, les comités de pilotage, les réunions de projet. Ces choses-là, ça se décide au fil du suivi.
Ça, c'est le premier constat. Deuxième constat : on s'est dit que la réunion, c'est un moment hyper important, à forte valeur ajoutée — on doit prendre des décisions, on doit suivre des décisions, on doit établir des plans d'action, on doit suivre des actions, on doit débattre. C'est le moment où notre jus de cerveau sert le plus, c'est clairement le cerveau réunion. Mais pour que ce moment si important soit efficace, il faut qu'il soit préparé en amont, et il faut que derrière ça soit suivi, sinon ça ne sert à rien. C'est tout ce qu'on a fait.
Et là, pour le coup, on est sur des activités à faible valeur ajoutée — des activités essentielles, mais à faible valeur ajoutée. Il n'y a personne qui prend du plaisir à préparer une réunion, à faire des comptes rendus. Tout le monde se dit qu'il a mieux à faire que ça. C'est pour ça que très souvent on ne le fait pas. Donc on s'est dit, deuxième constat : on va automatiser tout ce qui est à faible valeur ajoutée, pour que le moment de la réunion soit le plus efficace possible, délivre la valeur qu'on en attendait. Donc comment est-ce qu'on a réussi à faire ça ? Aster, c'est finalement un outil de prise de notes,
complètement dédié à l'efficacité des réunions. On est passé par le canal de la prise de notes, pourquoi ? Parce que 90 % des notes qu'on prend sont liées à une réunion. En réunion, on est tous là à prendre des notes. Parfois on en prend avant, pour la préparer ou pour se souvenir de choses. Après, on prend des comptes rendus, parce qu'on nous a donné des actions et qu'il faut les noter quelque part. Et en fait, il n'y avait pas ce lien qui existait entre la prise de notes et la réunion. Il y a des outils de prise de notes, le mail, une note, ce que tu veux,
et il y a la réunion. Les deux ne sont pas reliés, alors qu'en fait, dans la réalité, ils sont très reliés. Donc on a créé cet outil de prise de notes dédié à l'efficacité de la réunion, parce qu'il gère les trois moments clés de la réunion : la préparation, l'animation, le suivi, avec l'automatisation de tout ce qui est à faible valeur ajoutée mais essentiel. Par exemple, pour la préparation : elle se fait en partie automatiquement, en récupérant les actions, les sujets non clôturés de la fois d'avant, en archivant tout ce qui est clôturé, tout ce qui a été traité. Elle va aussi aller chercher les infos en amont, chez tout le monde, en fonction de leur rôle.
Ce que disent les chiffres sur nos réunions
Vincent
Bref, tout ça fait que, quand on arrive en réunion, on a environ 55 à 85 % du compte rendu déjà rédigé. Tu arrives en réunion, t'as déjà ça de fait, juste parce que la préparation était efficace. Du coup, ta réunion se déroule de manière hyper fluide, hyper collaborative, beaucoup plus efficace, beaucoup plus courte. On mesure d'ailleurs ça, parce qu'il faut savoir qu'Aster est complètement intégré dans Teams. Donc on a la durée réelle des réunions : moins 22 % de temps passé en réunion chez Doxyian [nom de client à vérifier]. Voilà, c'est la moyenne,
il y en a chez qui ça ne bouge pas, il y en a chez qui c'est divisé par deux, ça dépend complètement des cultures, des cas d'usage, des besoins. Il n'y a pas forcément besoin de les réduire, les réunions, ça dépend complètement de leur contexte et de leurs objectifs. Et puis, à la fin de la réunion, c'est terminé : en un clic, partage du compte rendu, donc je n'ai pas de compte rendu à faire après, et suivi automatique des actions et des décisions pour la fois d'après. Pareil, je n'ai pas la charge mentale de me dire « qu'est-ce qu'on s'est dit la dernière fois ? », etc.
Et tout ça est tracé, suivi, je peux remonter deux, trois, quatre, six réunions précédentes, six mois en arrière, qu'est-ce qu'on s'est dit, quelles sont toutes les décisions qu'on a prises au cours de mon comité de direction. Enfin, je peux capitaliser sur toutes les notes prises en réunion à travers Aster. Et donc la particularité de l'outil — parce que je disais tout à l'heure qu'on a trop d'outils, pourtant il y avait besoin d'un outil pour régler le problème de la réunion — eh bien notre solution, c'était de l'intégrer complètement dans les outils qu'on utilise tous les jours. Alors pour ceux qui utilisent Microsoft 365,
c'est complètement intégré dans Outlook et dans Teams, avec une intégration qui est aujourd'hui unique en Europe : une intégration native dans l'écran de réunion de Teams. On a aussi des intégrations sur la suite Google, plein de choses, ce qui fait qu'en fait on n'a presque pas l'impression d'utiliser un nouvel outil, plutôt une super nouvelle fonctionnalité de Teams par exemple. Enfin, quelque chose qui simplifie vraiment la vie. Il n'y a pas besoin d'ouvrir un logiciel en plus, de taper des notes à côté, de faire des copier-coller.
C'est horrible d'avoir six fenêtres ouvertes en même temps, de devoir se logger, se connecter à dix comptes différents en fonction des outils, d'avoir huit onglets à ouvrir chaque matin. Enfin non, c'est pas possible.
Jimmy
Je vais juste rappeler quelques chiffres que j'avais vus déjà il y a un ou deux ans, mais je pense qu'ils sont importants. On passe plus de temps, en France en tout cas, en réunion qu'en vacances. Si on est aux États-Unis, c'est pire.
Vincent
Je ne pensais pas, mais si on est aux États-Unis c'est pire. Il y a plus de réunions parce qu'il y a moins de vacances. Peut-être les deux.
Jimmy
On traite seulement 30 % du sujet de la réunion en réunion, et on passe 70 % du temps à traiter autre chose. Et moins un sujet a de valeur ajoutée, plus il est traité en réunion, parce que les gens peuvent plus facilement prendre la parole, par exemple, et échanger. Donc c'est vrai qu'on se rend compte que nos réunions ne sont pas très efficaces. Comment, avec Aster, tu arrives à mettre le focus
sur l'essentiel de la réunion ? On peut rappeler que, quand on fait une réunion, principalement, je pense qu'en top 1 c'est parce qu'il y a des décisions à prendre. Et peut-être qu'en top 2, c'est quand on n'arrive pas à clarifier les choses et qu'on a besoin de les clarifier entre nous, physiquement. Comment on fait le focus pour justement amener à prendre les décisions attendues, par exemple ?
Mettre le focus sur l'objectif de la réunion
Vincent
Déjà, on a créé une fonctionnalité qui fait que, quand on crée une réunion dans son agenda, Outlook par exemple,
je crée un événement, réunion, et je peux directement en faire une Aster à ce moment-là, depuis mon agenda. Et cette Aster, je peux partir d'un modèle de réunion. Donc j'ai plein de modèles : des comités de pilotage, de direction, des one-to-one, par exemple. Et en fait, ce truc tout bête fait qu'on se penche sur quel est l'objectif de ma réunion, et en fonction de cet objectif-là, il y a un modèle de réunion qui apparaît et qui se crée tout seul. Ce modèle va permettre de dérouler les différents sujets pour atteindre l'objectif qu'on s'est fixé.
Ça, c'est parce qu'on sait qu'une des bonnes pratiques d'une réunion, c'est de savoir quel objectif on lui donne. Une réunion sans objectif aura du mal à l'atteindre, puisqu'il n'existe pas. Voilà ce genre de choses. On a aussi les rôles, et le fait que les participants doivent souvent préparer la réunion. Voilà, en fait, quand on crée son Aster, on peut assigner des rôles aux participants, avec des petites relances automatiques. Typiquement, moi, Vincent, je suis invité à une réunion de Jimmy, organisée dans trois jours,
et j'ai un bot qui vient me voir dans Teams : « Bonjour Vincent, pour la réunion comité de pilotage projet organisée par Jimmy jeudi prochain, merci de mettre à jour tes indicateurs juste ici, et pour rappel, voici les actions qu'on t'avait assignées la dernière fois. » Et donc là, je vais ramener de l'info, etc., et c'est comme ça qu'en fait la réunion se nourrit, elle se nourrit par tout le monde. Et en fait, c'est grâce à l'outil qu'on arrive à ancrer de nouveaux comportements, basés sur les meilleures pratiques de réunion. On sait qu'il faut un objectif, il n'y en a pas toujours. On sait que les participants doivent préparer, ils le font rarement,
et grâce à l'outil, on arrive à recréer des comportements positifs et vertueux autour de la réunion, et à faire vivre les bonnes pratiques que tout le monde connaît, pour le coup.
Jimmy
Vous arrivez à inciter les gens à mettre des objectifs clairs. Souvent, on a des suivis de projet, des suivis d'avancement, des clarifications de besoins, qui ne sont finalement pas vraiment des décisions à prendre, ni de la valeur créée et apportée par les équipes. C'est juste, encore une fois, se mettre autour de la table parce qu'il fait chaud,
et puis presque ne faire que discuter sans rien créer. Tu parlais aussi des rituels tout à l'heure. Comment on crée des objectifs et comment on intègre ces réunions dans les rituels ?
Construire des rituels et éviter les digressions
Vincent
Oui, c'est une excellente remarque, et ça me fait le pont avec le fait qu'Aster, ce n'est pas qu'un outil, c'est l'accompagnement qui va avec. C'est un peu la particularité de notre société : on est éditeur de logiciels, mais on a toute une équipe de conseil qui nous permet, au moment où on démarre un projet, de mapper
les différentes réunions, les différents rituels, de les co-construire, de les co-designer avec nos utilisateurs, nos clients. Parce que : tiens, cette réunion, qu'est-ce qu'elle fait là, elle sert à quoi, comment est-ce qu'on peut la reconstruire de manière efficace, quelles sont ses douleurs aujourd'hui, quel est son objectif, qu'est-ce qu'on va lui donner comme sens. En fait, on redesigne l'ensemble de la structure de rituels d'une équipe, d'une organisation, d'une entreprise. Et ensuite, une fois qu'on a réfléchi à ça et qu'on l'a construit, on peut les mettre dans Aster.
Ça, c'est extrêmement important. Je donne un exemple, dans un grand groupe ferroviaire français bien connu [la SNCF — nom mal transcrit dans le brut, voir points à vérifier] : il y avait un problème au niveau d'un comité de direction, où, en fait, ils sont tous très occupés, tous en réunion, etc., et ils arrivent en CODIR chaque lundi et personne n'a rien préparé. Par contre, ils ont tous un sujet dont ils veulent parler. Du coup, ça crée de grosses digressions, des CODIR de deux heures qui devenaient des CODIR de quatre heures,
et en fait, comment on a résolu ce problème, qui ne semble pas être un problème d'outils quand on l'entend comme ça, c'est du comportement, il faut préparer, pourquoi on ne le fait pas ? En fait, on a reconstruit leur modèle de comité de direction : sujet 1, c'est ça, c'est Stéphanie qui en est responsable, on met un timer de 15 minutes sur ce sujet, parce qu'avec Aster on met des timers. Et puis, Stéphanie, je te mets une petite relance automatique deux jours avant, ça te va, qui te rappelle juste les infos qu'il faut que tu mettes en amont. En fait, on reconstruit tout le workflow de la réunion en fonction des rôles de chacun, des objectifs.
Et comme on a répondu à ce problème de digression, ils ont eu l'idée de créer un sujet parking en fin de réunion, associé à une règle. La règle, c'était : soit tu as un sujet dont tu veux parler, tu le mets dans Aster, parce qu'en fait c'est en deux clics — tu penses à quelque chose, tu restes, pas besoin d'aller voir l'animateur, tu l'envoies juste dans Aster, donc tu n'as aucune excuse si tu ne l'as pas fait — soit tu ne l'as pas fait, et dans ce cas-là, la réunion démarre, tu penses à un sujet dont on va parler, on le met dans le parking.
Et donc on n'en parle pas, on le met dans le parking à la fin de la réunion, soit on le revisite et on pioche dans le parking des sujets, soit ça alimentera l'ordre du jour de la réunion d'après. Et du coup, on a des CODIR SNCF qui ont été divisés par deux en durée. Le parking, c'est super important, on n'y pense pas souvent, mais ça permet de dire vite fait aux participants : « j'ai pris en compte ta demande, ta question, ou ton sujet, mais ce n'est pas le sujet de la réunion, donc on le met de côté ». Et si on a le temps de le traiter, soit on le traitera une prochaine fois, mais en tout cas il est là, il est pris en compte, il n'y a pas besoin de l'aborder maintenant.
L'accompagnement humain derrière l'outil
Jimmy
Donc ce que tu dis, c'est que chez Aster, en plus de ce logiciel — parce que c'est vrai qu'on en parlait justement la semaine dernière avec Olivier Margerand, de DigitalCollab [nom de société à vérifier] — on oublie très souvent l'humain dans la digitalisation, dans la transformation numérique. C'est-à-dire qu'on pense que l'outil va tout régler. Olivier nous rappelle que, si tu as des problèmes et que tu fais de la digitalisation, tu auras juste plus de problèmes, et qu'ils seront plus digitaux. Donc on remet l'humain au centre. Je trouve ça hyper intéressant de savoir qu'en fait, quand tu viens apporter une solution digitale
avec Aster qui est intégré, en plus tu apportes une solution presque sur mesure, si je comprends bien.
Vincent
De manière à ce qu'on ne transforme pas les entreprises à coups d'outils, c'est un combo avec l'accompagnement, avec la compréhension des enjeux de chacun. Nous, on a tellement bien compris ça qu'aujourd'hui cet accompagnement est inclus dans nos licences. C'est-à-dire qu'en fait, ce ne sont pas des lignes supplémentaires, le client ne va pas devoir prendre du service en plus, etc. Enfin, il y a des options évidemment partout,
mais de base, tout cet accompagnement-là, cette proximité, est incluse, parce que nous, on est là pour répondre à une attente, un objectif. L'attente, ce n'est pas de déployer un outil, c'est de répondre à, de résoudre un problème. Donc il y a besoin d'outils, et il y a besoin d'expertise d'accompagnement à côté, parce qu'on peut avoir le meilleur outil du monde, s'il n'est pas utilisé ou mal utilisé, on aura toujours le même problème, voire pire.
Jimmy
Bien sûr. On arrive sur la fin du podcast, Vincent. Si tu avais un conseil à mettre en place tout de suite, là, pour n'importe quel auditeur qui écoute le podcast aujourd'hui, pour améliorer et rendre plus efficace sa prochaine réunion, qu'il soit organisateur ou pas, qu'est-ce qu'il pourrait faire ?
Le conseil pour ta prochaine réunion
Vincent
Je vais faire deux choses. Je supprimerais toutes les réunions qui sont hors des rituels. C'est-à-dire que mes rituels doivent couvrir les besoins de mon équipe. Il ne doit pas y avoir de réunion ad hoc en dehors de ces rituels.
Donc je choisis mes rituels, je construis mon équipe autour de ça, tout le reste, ça dégage. C'est de l'agenda qui se libère. S'il y a des réunions qui doivent se créer en plus — parce que parfois il y a de la gestion de crise, des sujets ponctuels, etc. — il faut s'assurer d'avoir une préparation asynchrone. Je veux régler tel problème, donc je vais créer une réunion, ok, j'ouvre une Aster par exemple. Si je n'ai pas la chance d'avoir Aster, j'ouvre un document ou une note, et dedans je vais mettre
l'objectif de ma réunion, toutes les infos que j'ai. Je vais demander aux autres participants de mettre toutes leurs idées sur le sujet, de réfléchir en amont, etc. Et à partir du moment où j'ai assez de contenu, je déclenche la réunion. Et là, on va résoudre le problème de manière efficace, et dans un temps le plus réduit possible. Donc : pas de réunion en dehors des rituels. Et quand il y a des réunions en dehors des rituels — parce qu'il y en aura quand même, sur des sujets ad hoc, ponctuels — préparation asynchrone sur la base d'un document,
qui est nourri par tout le monde et qui déclenche, une fois qu'il est complet, la date de la réunion dans l'agenda.
Jimmy
C'est super intéressant, je vais l'essayer tout de suite, parce qu'on a tendance à bloquer la réunion et après on regarde ce qu'on peut mettre dedans, voire on met tout dedans pendant la réunion, du coup ça ne rend pas très efficace. Là, le fait de forcer les gens à réfléchir en amont pour pouvoir déclencher cette réunion, finalement, ce n'est pas anodin. Il n'y a rien qui pourra se passer derrière.
Jimmy
Est-ce que tu as un truc que tu souhaites partager, qu'on n'aurait pas abordé pendant ce podcast ?
Le mot de la fin : l'impact du manager
Vincent
On a parlé de plein de sujets, c'est sûr qu'on pourrait tous les creuser, parce que ce sont des sujets passionnants, tant ils nous concernent tous. Peut-être ce petit élément dont on parlait tout à l'heure sur le fameux septième commandement : soyez conscients de l'impact que vous avez, quand vous êtes manager, sur la vie des gens dans l'équipe. Vous avez le pouvoir d'aider des gens à être heureux, à s'épanouir, et du coup leur famille aussi derrière,
votre pouvoir est immense. Et évidemment, le pouvoir sur vos clients, que ce soit des clients internes ou externes, par rapport à ce que vous délivrez. On est tous le fournisseur de quelqu'un, le client de quelqu'un d'autre. Et en ce sens, on doit être responsable vis-à-vis du contexte sociétal, environnemental dans lequel on évolue. Et je pense qu'on doit augmenter notre niveau de conscience sur ce sujet. Aujourd'hui, ce n'est pas juste un sujet citoyen, ce n'est pas juste un sujet politique,
c'est aussi un sujet — je pense même avant tout un sujet — d'entreprise.
Clôture
Jimmy
On terminera là-dessus. Mille mercis, Vincent, d'avoir pris un peu de temps pour le podcast du Petit Manager.
Vincent
Merci à toi, Jimmy, pour ton invitation, c'était super sympa. J'espère avoir l'occasion de te réinviter, ou de te voir prochainement.
Jimmy
D'ici là, je te souhaite une bonne continuation avec Aster, et je te dis à très bientôt.
Vincent
Merci Jimmy, à très bientôt.
Jimmy
Le Petit Manager, c'est terminé pour aujourd'hui, et je vous remercie infiniment d'avoir pris le temps d'écouter ce podcast. J'espère qu'il vous a plu, et j'espère qu'il vous permettra surtout d'avoir des réunions beaucoup plus efficaces. À ce sujet-là, si vous voulez essayer l'application Aster ou avoir plus d'informations, il suffit d'aller sur AsterApp.co/LPM comme « Le Petit Manager » — Aster, A-S-T-E-R, App.