Un râleur qui s'ignore
Jimmy
Je ne sais pas vous, mais moi je pensais être un râleur qui s'ignore. Si quelqu'un me demandait si j'étais un râleur, je dirais que non, naturellement — je pense que ce n'est pas mon tempérament de râler. Et si je devais me pincer chaque fois que je râle, je finirais quand même la journée avec quelques bleus. Pourtant, dans notre quotidien, lorsqu'on râle, parfois même sans s'en rendre compte, on a rarement l'impression de créer quelque chose de très productif. Par exemple, on va râler sur les enfants parce que la chambre n'est pas rangée.
Mais au final, quel est le problème ? Quel est notre besoin dans tout ça ? Que la chambre soit rangée juste pour être rangée ? Ou parce qu'on aime bien que la maison soit propre et ordonnée pour pouvoir l'apprécier ? Si je me mets à râler sur mes enfants, est-ce qu'ils vont vraiment comprendre ce message ? Non, je pense qu'ils vont plutôt comprendre que s'ils ne rangent pas leur chambre, on va leur crier dessus. Et malheureusement, ou heureusement, le lendemain et le surlendemain, la chambre sera toujours en désordre.
Ou alors elle ne sera plus du tout en désordre, et toujours très ordonnée, parce qu'ils n'oseront plus jouer avec leurs jouets de peur que je leur râle dessus. Bref, rien de productif dans tout ça. Et au travail, c'est pareil. Lorsque quelqu'un vient vous voir et que vous râlez parce que vous n'avez pas le temps, si vous le faites naturellement et que vous le répétez plusieurs fois dans la journée, à la fin, peut-être que plus personne ne viendra vous voir. Vous en serez peut-être soulagé, mais en tout cas vous n'aurez plus votre mot à dire dans les consultations, ou en tout cas votre expertise ne sera plus prise en compte. J'ai beau y réfléchir, je ne trouve aucune situation où le fait de râler apporte quelque chose de positif.
Alors aujourd'hui, j'ai l'immense honneur de recevoir Christine Lewicki, auteure du best-seller J'arrête de râler. Avec elle, on va essayer de comprendre pourquoi on râle, comment on peut l'éviter, comment communiquer ce qu'on pense à l'autre sans forcément râler, même quand ça ne convient pas, et comment, par le lâcher-prise, le vivre-ensemble et la création de lien, on peut créer un environnement où le fait de râler ne sera plus nécessaire.
Vous écoutez le podcast du petit manager, le podcast qui aide à comprendre le management et les organisations dans notre monde VUCA. Je suis Jimmy Materne, et aujourd'hui, avec Christine Lewicki, on décide d'arrêter de râler. Je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir le podcast. Bon nombre d'entre vous, j'en suis sûr, en ressortiront avec une nouvelle approche sur leur attitude et leur comportement envers les autres. Suis-je un râleur qui s'ignore, par exemple ? Et pourquoi ne pas accepter le challenge, le défi proposé par Christine, pour arrêter de râler. Bonne écoute.
Sommes-nous tous des râleurs ?
Jimmy
Bonjour Christine Lewicki.
Christine Lewicki
Bonjour, bonjour !
Jimmy
Je suis ravi de t'avoir sur le podcast. Il est 8 heures du matin en Californie, je vois qu'il y a un peu de soleil derrière toi.
Jimmy
Aujourd'hui on va parler d'un sujet qui a l'air d'attirer tous les Français, ou en tout cas tous les Latins. C'est dans notre sang, on adore ça, on dit qu'on adore râler. Donc je commencerai ce podcast en te posant la question : sommes-nous tous des râleurs ?
Christine
Je pense que... c'est une question intéressante. On ne m'a jamais posé la question de savoir si on est tous des râleurs, c'est intéressant. Je ne sais pas si on est tous des râleurs, je ne peux pas répondre, je ne connais pas tout le monde, je n'ai pas rencontré tout le monde. Je crois que beaucoup de personnes pensent qu'elles ne râlent pas et en fait, elles râlent. Particulièrement — je faisais partie de ces personnes-là. Si j'avais vu mon propre livre, qui s'appelle J'arrête de râler, en librairie, je ne l'aurais pas acheté, parce que je me serais dit « je ne râle pas ». Et en fait, je crois qu'il y a une espèce de base, de norme qui est basée autour de la râlerie. En fait, c'est normal de râler, donc on ne se rend pas compte qu'on râle. Et après, par contre, il y a les gros râleurs. On a tous quelqu'un dans notre entourage qui est — ça peut être un collègue, ça peut être un conjoint, ça peut être un oncle, une tante, un frère, une sœur ou un enfant — particulièrement râleur, qui nous casse les oreilles, qui voit toujours le verre à moitié vide et qui est toujours en posture de victime. Donc on peut tous identifier une grosse râleuse ou un gros râleur. Mais ça ne veut pas dire que nous, on n'est pas râleur. On a tous une petite partie de ça en nous, ça peut venir même sans qu'on s'en rende compte.
Jimmy
On ne râle pas plus que les autres, j'ai envie de dire.
Christine
Voilà, exactement. Mais en fait on râle tout le temps.
Le radar du râleur
Jimmy
Et du coup tu dis, il y en a qui voient le verre à moitié vide, ça veut dire que certains râleurs seraient aussi pessimistes ? Tu vois qu'il y a des attitudes, que le fait d'être râleur, ça amène ce genre de comportement ou d'attitude ?
Christine
Oui, oui, oui, tout à fait. Je pense que plus on est râleur... parce que la râlerie, c'est une posture de victime. La râlerie, c'est une posture où je pointe du doigt un coupable. On pourra développer un peu plus tard, j'ai trois critères précis pour identifier une râlerie, mais c'est vraiment une posture de « là là, les autres, la vie, l'économie, ceci, cela, voilà ce qui m'arrive, voilà ce qui me tombe dessus ». Donc je me mets en posture de victime et je pointe du doigt les coupables. Voilà, donc ça c'est typiquement quelque chose de pessimiste, oui.
Jimmy
Oui, ça veut dire qu'on va chercher à chaque fois ce qui ne va pas.
Christine
La râlerie, c'est un peu un radar qui est allumé, un radar qui s'allume et qui capte tous les moments où la réalité ne colle pas avec nos attentes. Mais du coup, le radar va être tellement occupé — parce que des situations où la réalité ne colle pas avec nos attentes, il y en a plein — le radar est très très occupé à ça, et pendant ce temps-là, on ne voit pas toutes les choses qui, elles, vont bien. Parce qu'on est trop occupé à voir ce qui ne va pas. J'ai d'ailleurs une anecdote très amusante par rapport à ça, qui m'a vraiment marquée. Un jour, mon mari est parti faire les courses. Quand il est rentré, moi j'étais en haut à l'étage, et quand je suis descendue en bas, j'ai vaguement vu qu'il avait été faire les courses parce que j'ai vu qu'il y avait des choses qui avaient un peu bougé dans la cuisine. Mais tout d'un coup j'arrive — donc j'ai un îlot dans ma cuisine et un évier — et la première chose que je vois, c'est qu'au pied de l'évier, il y a un papier qui traîne par terre.
Et là je me dis, oh là là là là, qu'est-ce que c'est que ce truc, il y a un papier qui traîne par terre. Et je vois tout de suite le truc qui ne colle pas à mes attentes, d'accord ? C'est le papier qui traîne par terre. Je ramasse le papier, parce que c'est la seule chose que je vois dans la cuisine, et là je réalise que c'est un emballage de fleurs. Et qu'en fait, sur l'îlot de ma cuisine, à la hauteur de mes yeux, quand je suis rentrée dans la pièce, il y avait un magnifique bouquet de fleurs que mon mari m'avait ramené. Et donc j'ai vu l'emballage qui traîne par terre avant de voir le bouquet de fleurs. Ça, c'est typiquement l'attitude du râleur, qui va voir d'abord ce qui ne colle pas à ses attentes avant de voir la belle surprise.
Jimmy
C'est incroyable, tu vois le point noir sur la feuille blanche, presque, parfois.
Christine
Voilà, exactement.
Une habitude, pas un trait de caractère
Jimmy
Alors, pourrais-tu nous dire pourquoi on râle ? Est-ce que c'est un phénomène naturel ? Est-ce que c'est dans les gènes ? Est-ce que c'est quelque chose qu'on apprend, peut-être, en fonction de son environnement ?
Christine
Alors, râler est une habitude. Râler est une habitude, c'est... Donc qu'est-ce que c'est qu'une habitude ? Ce sont des connexions neuronales, d'accord ? Ce sont littéralement des connexions de synapses où, quand notre cerveau capte une situation où la réalité ne colle pas avec nos attentes, le cerveau a développé l'habitude, un automatisme, d'enclencher la râlerie. Ah, c'est quoi ce truc ? Encore une fois, ah, c'est toujours la même chose ? Ah, c'est infernal ? Je suis crevée, je n'en peux plus. Et donc on va automatiquement avoir cette réaction, qui est quelque part une réaction qui, initialement, cherche à nous soulager. J'ai un irritant, quelque chose m'irrite, je ne sais pas quoi en faire, et donc je râle. Tu l'extériorises, c'est une réaction automatique. Et donc en fait, c'est une habitude dans le sens où plus j'utilise ce mécanisme, plus mon cerveau va automatiquement utiliser ce mécanisme, et donc on ne va pas savoir quoi faire d'autre face à cet irritant du quotidien, face à cet irritant qui arrive.
Il y a toujours plein d'irritants dans une journée, il y a plein de raisons de râler. Je ne dis pas — quand je parle de « j'arrête de râler » — je ne dis pas qu'il n'y a aucune raison de râler, il y a plein de raisons de râler. La question, c'est : est-ce que ça m'aide dans ma vie, est-ce que ça contribue à ma vie, est-ce que ça marche pour moi, est-ce que ça me réussit de râler, est-ce que vraiment ça me fait avancer de râler ? C'est ça la question que je pose dans mes écrits.
Il y a une étude assez récente, qui date de quelques années, une étude allemande sur 6000 patients, qui met en évidence le fait que râler serait bon pour la santé. On pourrait vivre plus longtemps, plus vieux — pas forcément en meilleure santé ou en meilleure condition, mais en tout cas si on râlait. Et en lisant l'étude — parce que je pense que ce titre-là, c'était pour attirer les gens et la curiosité — je pense que l'étude, dans le fond, disait plutôt que ceux qui se faisaient du souci parce qu'ils ne râlaient pas n'avaient pas appris à extérioriser les choses, à digérer ou inhiber leurs émotions. Donc c'est plutôt une question d'expression de ces émotions.
Le grand malentendu
Christine
Alors, juste ça, je peux rebondir là-dessus ? Voilà, donc ça, c'est le plus gros malentendu, littéralement le plus gros malentendu sur ma démarche avec J'arrête de râler. Certaines personnes, en conférence — je fais très régulièrement des conférences en entreprise ou dans des salons — il y a toujours quelqu'un dans la salle, en général une femme, qui me dit : « alors, ça veut dire qu'il faut qu'on continue à tout se coltiner, mais en plus on ne peut même plus râler ». Ça semble être une injonction de plus : il faut tout faire, et la fermer. C'est vrai que j'interviens aussi souvent en entreprise, on anime des ateliers en entreprise.
Christine
Et souvent les entreprises sont mal à l'aise de faire venir la démarche « j'arrête de râler », parce que ça peut sous-entendre qu'on dit aux collaborateurs qu'il faut qu'ils travaillent encore plus, qu'ils subissent toute la pression qu'ils subissent au travail, et qu'en plus on leur demande de la fermer. Alors ce n'est absolument pas ça la démarche. La démarche, c'est de se dire : est-ce que quand je râle, ça marche ? Est-ce que je suis effectivement entendue ? Est-ce que j'arrive réellement à exprimer ce que je ressens ? Donc là, l'idée, c'est d'arrêter de râler et de remplacer la râlerie par une réelle communication sur nos émotions, nos besoins, de négocier des accords, de discuter, et vraiment d'aller vers l'autre pour faire avancer les choses. C'est-à-dire que souvent, râler ne fait pas avancer le schmilblick. Et c'est pour ça d'ailleurs qu'on râle encore plus, parce qu'on râle parce qu'hier on a déjà râlé et avant-hier on a déjà râlé. Donc ça nous fait encore plus râler parce qu'on est constamment en train d'essayer d'exprimer quelque chose qui n'est pas entendu.
Si râler marchait, le lave-vaisselle serait vidé, les réunions seraient préparées, les deadlines seraient respectées. C'est justement parce que râler ne marche pas qu'on râle tout le temps. Donc l'idée, c'est de sortir de ce cercle vicieux et de fermer la porte. Comme râler est une habitude, un automatisme qui nous empêche d'accéder à d'autres ressources, à d'autres moyens de gérer le problème... il y a quelque chose qui m'agace, ça m'agaçait hier, ça m'agaçait la semaine dernière, je peux râler en permanence, mais ça ne changera rien. Par contre, si râler n'est plus une option, qu'est-ce que je peux faire d'autre ? Quels sont les autres moyens de gérer cette situation et de faire avancer les choses pour qu'elles aillent mieux ? Et quand on entre dans la démarche d'arrêter de râler, petit à petit on a de moins en moins de raisons de râler, parce qu'en fait on prend les choses réellement en main, on se donne les moyens de faire avancer ce qui nous fait râler, ou alors de lâcher prise.
Parfois on a les deux — on pourra développer un peu ça — il y a un peu les deux axes. Il y a des choses où on se dit non, c'est vraiment important, il faut que je le fasse avancer, que je me donne les moyens, parce que râler ne marche pas. Et il y a d'autres choses où on se dit, en fait ce n'est pas vraiment important, je n'ai pas tellement l'intention de me donner les moyens de quoi que ce soit parce que j'ai d'autres priorités. Et donc voilà, je vais arrêter de râler sur ce truc parce que ça me pourrit la vie, je suis dans la négativité, ça me stresse. Donc il y a aussi parfois un choix de lâcher prise en fonction des situations.
Râler, une mauvaise communication
Jimmy
En fait, râler, c'est une forme de très mauvaise communication, finalement.
Christine
Voilà. C'est une expression dans le sens où c'est vrai que ce n'est pas bon de garder tout pour soi. Donc ça a le mérite d'enlever la soupape de la cocotte-minute, de la soulager au moment où elle va exploser. Mais moi, quand je me suis lancée dans la démarche — on pourra l'expliquer un peu — je me suis lancée dans un challenge pour arrêter de râler pendant 21 jours. Et je me suis retrouvée régulièrement dans cet état de cocotte-minute qui a besoin de sa soupape, en me disant : mais qu'est-ce que je fais ? Et puis à un moment donné je me suis dit... en fait, ce que je dois faire pour réussir ce challenge, c'est me poser la question de comment ça se fait que je me retrouve aussi souvent dans un état de cocotte-minute. Comment ça se fait que ma vie me met dans cet état aussi souvent ? Et surtout, chercher à réfléchir à quelles sont les situations qui me font partir au quart de tour à chaque fois. On est tous différents, on a tous des choses qui nous agacent particulièrement. Et du coup, de se dire, râler ne marche pas, donc à ce moment-là, j'allais poser des actions pour que ces situations s'améliorent. Et du coup, effectivement, j'avais de moins en moins de raisons de râler, j'étais de moins en moins souvent dans un état de cocotte-minute, et je n'avais donc pas ce besoin imminent de me soulager, parce que j'avais géré les situations en amont, j'avais anticipé, j'avais communiqué, je m'étais exprimée clairement, et donc réellement ma vie s'était clairement, tangiblement améliorée.
Jimmy
On peut rappeler la communication non violente de Marshall Rosenberg, par exemple, qui aide à exprimer...
La communication non violente
Christine
La communication non violente est un des outils qui est utilisé dans la démarche. En fait, il y a plusieurs leviers, selon les situations, plusieurs choses qu'on peut faire. Mais en effet, parfois on râle à cause des autres, parfois on râle, ça n'a rien à voir avec les autres — il n'y a pas de communication à faire, on râle juste parce qu'on ne s'est pas levé à l'heure, parce qu'on est en retard, voilà. Mais parfois on râle à cause des autres, c'est vrai que souvent, ce sont les autres qui nous font râler. Et dans ce cas-là, quand on râle à cause des autres, on se pose déjà la question...
Jimmy
En relation avec soi-même ?
Christine
Quelle est ma part de responsabilité ? Est-ce que moi, je peux faire quelque chose pour améliorer la situation ? C'est souvent beaucoup plus facile de voir ce que les autres devraient faire pour améliorer la situation que de voir ce que nous, nous devrions faire pour l'améliorer. Donc première question : est-ce que moi, je peux améliorer les choses ? Deuxième question : est-ce que c'est une de mes priorités en ce moment ? Est-ce que je suis vraiment prête à me mobiliser pour faire bouger les lignes sur cette problématique ? Et si la réponse est oui, on y va, on va de l'avant. Et sinon, si ça dépend des autres, comment je communique, comment je vais vers l'autre, comment je m'exprime vers l'autre pour augmenter la probabilité d'être entendue ? C'est ça ce qu'on veut vraiment, ce qu'on veut, c'est être entendu. Ce qui nous fait le plus râler, c'est de ne pas être entendu — on râle beaucoup parce qu'on ne se sent pas respecté, qu'on ne se sent pas entendu, on en a beaucoup besoin. En effet, à ce moment-là, la communication non violente nous aide énormément. Je ne sais pas si on veut développer un peu ce qu'est la communication non violente.
Jimmy
Oui, on peut rappeler l'OSBD, ce que c'est. Vas-y, je t'en prie.
Christine
Voilà, donc la communication non violente, qui a été fondée par Marshall Rosenberg — j'ai eu la chance d'être formée par lui avant qu'il décède, à Santa Barbara, ça devait être en 2006 ou en 2005, formidable — c'est en différentes étapes. Il y a le schéma typique de la communication non violente, qu'il peut être intéressant de respecter au début pour apprendre le processus, mais après on peut s'en détacher. Souvent, on peut prendre du recul et s'en détacher, ça devient beaucoup plus fluide. Mais de manière générale, dans la communication non violente, on va aller vers l'autre — on a un problème, un problème dont l'autre fait partie quelque part — mais on va en parler en mode je, plutôt que de dire « toi tu n'as pas fait ci, tu n'as pas fait ça », on va dire « je », « j'ai besoin de ceci, j'ai besoin de cela ». Et on va décrire le problème pour ce qu'il est, et non pas en y mettant toute notre charge émotionnelle. On va décrire le problème un peu comme si on décrivait une photo, sans mettre plein d'émotions. On va dire : voilà, quand je vois que nous avons une réunion qui est fixée depuis 15 jours et que les participants n'ont pas préparé le dossier qui était à l'ordre du jour, voilà, je décris juste la situation. Après, je décris ce que je ressens : je me sens... je ne me sens pas respecté, ou je me sens stressé. Chacun a une réaction différente par rapport à ça.
Donc c'est intéressant, parce que souvent, quand on râle, on n'est en fait pas en lien avec nos émotions, on est en lien avec nos accusations, avec tous les jugements qu'on porte sur l'autre. Mais on ne s'est même pas posé la question : qu'est-ce qui m'agace vraiment ? Est-ce que je suis stressée parce que je suis inquiète pour ma sécurité professionnelle ? Est-ce que je suis énervée parce qu'en fait je suis fatiguée ? Est-ce que je suis énervée parce que je ne me sens pas reconnue ? Parce que nos demandes ne vont pas du tout être les mêmes en fonction de nos besoins, on ne va pas du tout faire la même demande, on ne va pas du tout communiquer la même chose. Donc à travers la CNV, il y a beaucoup d'humanité qui émerge dans nos échanges, parce qu'on vient vraiment parler avec notre humanité, pas avec nos accusations. On parle en mode je, on décrit le problème pour ce qu'il est, plutôt que de le transformer en drame en y mettant toute notre charge émotionnelle. On exprime nos émotions, on exprime nos besoins, parce que derrière notre émotion, il y a notre besoin — une fois qu'on a connecté avec notre émotion, on peut exprimer un besoin. Et ensuite, on va chercher à négocier un accord, à trouver un accord avec l'autre, dire : voilà, moi j'ai besoin de ça, comment c'est pour toi, est-ce que ça peut marcher pour toi ?
Et ça, c'est intéressant, parce qu'on a souvent aussi beaucoup de malentendus sur le fait de chercher à trouver un accord. Souvent on a l'impression qu'on fait une demande et qu'on cherche un accord, mais en fait c'est un accord imposé, l'autre n'a pas vraiment le choix. Notamment quand on est dans une position hiérarchique — que ce soit une position parent-enfant ou une position hiérarchique professionnelle — on fait des réunions de famille, des réunions au boulot, on exprime les besoins, on essaie de trouver un accord, mais concrètement, les gens qui sont en dessous n'ont pas le choix d'accepter notre accord. Et donc ça, ce n'est pas un accord.
Jimmy
Ce sont des choix sans (mot incertain).
Christine
Voilà, c'est des choix sans (mot incertain). Donc c'est très intéressant de comprendre le mécanisme de l'accord. Dans les ateliers qu'on anime en entreprise et aussi auprès des particuliers, on fait des jeux de rôle et on cherche vraiment à faire comprendre ce mécanisme.
Jimmy
On peut aussi rappeler, dans cette méthode de Marshall Rosenberg, que lorsqu'on a exprimé notre besoin, il faut aussi s'attendre à ce que l'autre ne le comble pas, ça pourrait générer d'autres frustrations. Tout à l'heure tu parlais d'excuse : râler, ça peut être une excuse, ou une fausse excuse — je n'ai pas le temps, voilà, on n'est pas très productif quand on râle. En entreprise en tout cas, c'est l'impression que j'en ai. Quand on ne râle pas, parfois on peut se dire que les collègues pensent que je ne travaille pas, que j'ai du temps libre, que j'accepte tout. Du coup il faut que je montre que je râle, que je n'ai pas le temps, que je n'en peux plus, que j'ai trop de dossiers, que ça ne se passe pas comme il faut, etc., pour justement presque justifier que je travaille à la même hauteur que les autres. Est-ce que tu te rends compte de ça dans les entreprises que tu accompagnes ?
Christine
Oui, tout à fait, tout à fait. Et j'en parle dans le livre. C'est notamment vrai parce que notre travail est de plus en plus invisible. On est tous derrière notre ordinateur, en train de taper sur le clavier. Et les personnes ne se rendent pas compte — il n'est pas visible, on ne se rend pas compte de notre investissement professionnel. Les gens ne se rendent pas compte qu'en fait, alors qu'on tape sur le clavier, on est vraiment engagé à résoudre des problèmes, à faire avancer les dossiers, et qu'il y a plein de choses qui se passent, des imprévus et tout. Donc on va râler pour... quelque part, on cherche à être reconnu dans nos efforts, on cherche à ce que les gens se rendent compte de notre investissement professionnel. Le fait de râler est donc un moyen de faire entendre notre engagement, nos investissements, à quel point on est sous une charge de travail, à quel point c'est difficile et compliqué pour nous. Donc tout à fait, c'est lié à l'invisibilité de notre travail. On est tous à nos écrans, c'est uniforme, on ne se rend pas compte de qui fait quoi.
Célébrer ce qui a été accompli
Christine
J'allais dire une chose que je propose notamment, par exemple en réunion : quand on démarre une réunion professionnelle, faire un tour de table et demander aux collaborateurs ce qu'ils ont accompli depuis la semaine dernière dont ils sont le plus fiers. Quelque chose qu'ils ont accompli depuis la dernière réunion, dont ils sont le plus satisfaits, une chose à partager — on ne dit pas forcément tout, mais on fait un tour de table où chacun peut être entendu et dire : voilà, moi j'ai fini ce dossier. Et c'est fou d'ailleurs, parce que même moi je fais ça avec mon équipe, et quand je demande à mon équipe ce qu'ils ont accompli, je suis à chaque fois hallucinée de voir à quel point j'avais déjà oublié que ce truc avait été bouclé, parce qu'on met tellement notre attention sur les nouvelles choses à faire et sur ce qui n'est pas fait qu'en entreprise, au boulot, on ne prend pas le temps de reconnaître, d'admettre et de célébrer ce qui a été accompli — ce dossier qu'on traînait depuis des mois et qui a enfin été bouclé, ce problème avec ce logiciel qui a enfin été réglé et qui maintenant ne nous dérange plus. On l'oublie, on est constamment en train de mettre notre attention sur ce qui n'a pas été fait, sur ce qui reste à faire. Donc c'est très intéressant, en entreprise, de développer une habitude de parler et d'échanger sur ce qui a été fait, sur ce qui a été bouclé, et que les gens se sentent célébrés, reconnus par rapport à ça.
Jimmy
Oui, il faut que l'entreprise apprenne justement à mettre en valeur le positif, et pas seulement à faire le focus tout le temps sur ce qui ne va pas. Je pense que c'est presque une culture d'entreprise. Est-ce que tu as vu des entreprises qui ont mis en place cette culture-là, de valorisation du positif, de se rappeler les moments, de se rappeler ce qui marche ? Est-ce que ça a eu des impacts sur leurs performances, par exemple, sur les collaborateurs, sur l'attitude ?
L'impact des ateliers en entreprise
Christine
Alors voilà, nous on a animé des ateliers — on a une série de six ateliers d'une heure ou une heure et demie, en fonction du temps qui nous est accordé — et j'ai tout un réseau d'ambassadeurs qui vont dans les entreprises animer ces ateliers. On a maintenant pas mal d'exemples d'entreprises qui ont mis ces choses-là en place. Et moi, j'ai personnellement animé des ateliers quand j'ai écrit le livre J'arrête de râler au boulot ; maintenant je ne peux plus le faire parce que je suis en Californie, donc c'est un peu compliqué pour moi d'aller en France animer ces six ateliers. Je peux faire des interventions ponctuelles, mais je ne peux pas animer dans la durée, sur deux ou trois mois, les ateliers.
Et un des plus grands impacts qu'on a vus, c'est à quel point les collaborateurs apprécient de pouvoir échanger entre eux, d'avoir appris des outils et des méthodes, et de développer une culture où ils peuvent être en lien et se parler dans leur humanité. C'est-à-dire qu'ils disent, d'habitude on est constamment avec notre casquette professionnelle — lui c'est la compta, elle c'est le marketing, elle c'est les finances, lui c'est les RH — on a nos casquettes professionnelles et on parle constamment uniquement autour de « t'as fait ci, t'as pas fait ça » en termes de dossier. Et là, avec la culture qui s'installe à travers les outils qu'on transmet dans les ateliers, il y a vraiment cette impression de reconnecter avec l'humain derrière le poste. Et quand on connecte avec l'humain derrière le poste, on a envie de l'aider, on a vraiment envie de soutenir l'humain qui est derrière le poste. Alors que quand on est chacun rangé derrière sa casquette professionnelle, chacun fait un peu ce qu'il peut pour atteindre ses objectifs, et il y a moins d'humanité, moins de liens. De ce fait, ça a vraiment amélioré la collaboration.
Plutôt que d'être chacun séparé et cloisonné — et d'ailleurs Marshall Rosenberg l'explique beaucoup, il dit « les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs ». Et c'est vrai qu'en entreprise, il y a souvent un peu des murs entre les départements, entre les services, parce qu'on a tous une charge de travail tellement élevée, une pression d'atteindre des objectifs, que c'est un peu chacun pour soi. Et c'est normal, c'est un instinct naturel. Mais en même temps, quand on arrive à se connecter dans notre humanité, à parler de nos émotions, de nos besoins, à essayer de trouver des accords, à s'écouter et à se respecter beaucoup plus, il y a naturellement notre humanité qui s'éveille, il y a un réel désir de soutenir les autres. Et donc ça crée plus de coopération, plus de co-création, plus de créativité, plus de solutions, parce qu'on a plus envie de les trouver. Et quand on a plus envie de les trouver, on les trouve.
Le défi des 21 jours
Jimmy
On dépasse son carcan, on dépasse sa fiche de fonction, c'est ce qu'on retrouve aussi dans l'agilité. C'est un travail d'équipe, un objectif commun, une vision commune des choses. Et tout ça tourne bien évidemment autour du lien et de l'humain. Toi, justement, dans ton livre, tu te donnes 21 jours, que tu t'es, je crois, appliqués à toi-même au tout début. Est-ce que tu peux nous expliquer comment ça s'est passé pour toi ? Je crois même que tu as un blog sur lequel, tous les jours, tu postais une petite vidéo pour dire comment tu avançais dans ce challenge d'arrêter de râler.
Christine
Voilà, tout à fait. Je vais essayer de faire la version relativement courte. Littéralement, un soir, je me suis couchée dans mon lit avec l'impression que je venais de passer une journée pourrie. J'étais épuisée, crevée, éreintée — je pense que beaucoup de personnes peuvent se reconnaître dans cette sensation d'arriver dans son lit et de se dire « allez, enfin, je peux me poser ». Moi en plus, il y avait le boulot, les enfants, gérer toutes ces choses-là. Donc je me suis couchée un soir, épuisée, éreintée, vraiment avec l'impression que je venais de passer une journée pourrie.
Sauf que tout d'un coup je me suis dit : mais Christine, t'as un problème, parce que cette journée soi-disant pourrie, c'est une journée normale de ta vie, et il ne s'est rien passé de grave aujourd'hui. Il y a eu plein de choses, il y a eu plein d'irritants, mais il n'y a pas eu d'accident, il n'y a même pas eu de coupure de wifi, il n'y a pas eu... tout va bien, quoi, personne n'est malade. Et je me suis dit, mais c'est fou, en fait ce qui me vide, ce qui m'épuise, c'est que je résiste à ma vie. Toutes ces choses qui arrivent — ça peut être les bouchons sur la route, ça peut être les e-mails dans ma boîte mail, ça peut être un changement d'horaire qui perturbe mes plans, ça peut être, je ne sais pas, mon banquier, ou un enfant malade. Toutes ces choses-là, en fait, je perds une énergie folle à résister à ce qui m'arrive. C'est comme si je me levais le matin avec l'illusion que tout allait se passer comme il faut, qu'on allait me dérouler le tapis rouge pour que je puisse faire tout ce que j'ai prévu de faire, et que tout le monde allait même m'aider à faire tout ce que j'ai prévu de faire.
Mais en fait, la réalité, ce n'est pas ça. La réalité, c'est que la vie, c'est un peu comme une piste d'auto-tamponneuses, on se rentre un peu dedans, et on essaie d'atteindre nos objectifs, de faire ce qu'on veut, mais il y a d'autres personnes aussi qui essaient de faire ce qu'elles ont à faire, et tout le monde fait de son mieux. Et donc moi, j'étais toujours en train de résister à tout ça, et j'ai réalisé, ce fameux soir, que c'est ça qui me vidait. Et je me suis dit : Christine, un jour tu vas mourir, et tu vas réaliser que tu as passé ta vie à résister à ta vie.
Et je me suis dit, non, moi je n'ai pas envie de ça, j'ai envie de profiter de ma vie, j'ai envie de la savourer, j'ai envie de voir ce qui va bien, et j'ai envie d'avancer. Bref. Et donc, j'étais déjà coach à l'époque, j'avais déjà ma certification de coaching, j'avais déjà appris pas mal de choses, et c'est là que j'ai pu faire le pont : ma résistance, elle s'exprimait, elle apparaissait dans ma vie. C'est bien gentil de se dire « il faut que j'arrête de résister à ma vie », mais je me suis dit, concrètement, c'est une belle intention, mais il faut que je trouve un truc réel que je peux faire pour arrêter de résister à ma vie. Et donc je me suis dit : en fait, ma résistance, elle s'exprime avec mes râleries. C'est quand je râle que je résiste. Ça, c'est un truc concret. La râlerie, c'est quelque chose que je peux attraper, que je peux un peu contrôler. Et je savais aussi que la râlerie était une habitude. Et je me suis dit, il faut que je me sèvre d'une habitude, il faut que j'arrête d'avoir cette habitude. Et les neurosciences nous disent qu'il faut faire un effort pendant un minimum de 21 jours consécutifs pour se sevrer d'une habitude et en créer une nouvelle. Pourquoi les neurosciences, comme j'ai dit tout à l'heure ? Parce que ce sont des connexions neuronales. Et donc on peut tout à fait changer nos connexions neuronales, mais pour ça il faut faire un effort conscient — le mot important, c'est conscient — parce que c'est cet effort conscient qui va nous permettre de changer nos connexions neuronales et de nous développer une deuxième nature, une nouvelle nature. Ce qui fait qu'à la fin, on n'a plus besoin de faire d'effort, à la fin ça devient naturel pour nous. On a développé de nouvelles ressources, de nouvelles connexions neuronales pour gérer ces irritants du quotidien. Les irritants sont toujours là, on est toujours sur la piste d'auto-tamponneuses, mais on essaie de la transformer en piste de danse. Petit à petit, on transforme cette piste d'auto-tamponneuses en piste de danse, parce qu'on a développé de nouvelles ressources. Sur une piste de danse, il y a beaucoup de gens, mais on arrive à s'éviter, à naviguer et à faire en sorte que tout se passe bien.
Le bracelet et le blog viral
Christine
Et ça, c'est un effort conscient pendant 21 jours consécutifs pour y arriver. Donc, pour la petite histoire, moi, à l'époque où j'ai fait ce challenge, j'ai mis un bracelet à mon poignet. À chaque fois que je râlais, je changeais le bracelet de côté — poignet gauche, puis poignet droit. Et l'objectif, à chaque fois que je changeais le bracelet de côté, c'était de remettre les compteurs à zéro, parce que mon objectif était de faire 21 jours consécutifs avec le bracelet du même côté.
Pour la petite histoire, il m'a fallu quatre mois pour faire 21 jours consécutifs avec le bracelet du même côté. Au début, le bracelet changeait 20 fois par jour, et pourtant je pensais que je n'étais pas une râleuse. Je pensais que j'étais une petite râleuse — je faisais partie de ces gens, comme je disais au début, qui si j'avais vu mon propre livre, je me serais dit « je ne râle pas ». Parce que j'ai toujours été positive, j'ai toujours dit que la vie était belle, je ne suis pas une pessimiste, moi je suis une optimiste, depuis toujours, depuis que je suis enfant. Et c'était hallucinant de voir qu'en fait je râlais tout le temps, des petites râleries, mais des petites râleries ordinaires, comme tout le monde.
Christine
Et donc au début, le bracelet changeait de côté 20 fois par jour. Parfois même, il a cassé, j'ai dû le remplacer. Et puis après, certains jours, j'arrivais à faire trois jours sans râler, puis je remettais le compteur à zéro, après je faisais cinq jours, je remettais le compteur à zéro, après je faisais dix jours, je remettais le compteur à zéro. Je crois qu'une fois j'ai fait dix-sept jours, et je l'ai remis à zéro. Par contre, plus on fait de jours longs, plus on revient vite, plus on reprogresse vite, parce qu'on tire des leçons. Donc, pour la petite histoire, j'ai ouvert un blog, il s'appelle (nom incertain).com, qui existe encore — on vient d'ailleurs de sortir la toute nouvelle version, on vient de la remettre à neuf — et sur lequel je postais, et les vidéos sont encore là, tous les jours je postais des vidéos en tirant les leçons de ma journée. Je me disais, quoi qu'il arrive, que j'aie réussi ou que ce soit un échec, que je n'aie pas réussi, quoi qu'il arrive, j'ai quelque chose à apprendre. Soit j'ai appris ce qui a marché et comment je peux vraiment le réutiliser pour le refaire demain, soit je me demande pourquoi je me suis pris les pieds dans le tapis, qu'est-ce qui fait que je n'ai pas réussi, et comment je peux du coup tirer les leçons de ça pour faire autrement demain. Donc tous les soirs, je postais une petite vidéo de trois minutes, et à ma grande surprise, le blog a eu un effet viral sur les réseaux sociaux.
Et très rapidement, il y avait des milliers de personnes qui venaient voir mes vidéos, et une grande partie m'avouaient venir me voir pour me voir échouer, parce qu'ils étaient convaincus que c'était impossible d'arrêter de râler. Mais pas méchamment, les gens n'étaient pas méchants, vraiment ils étaient convaincus que ce n'était pas possible, et ça attisait quand même leur curiosité. Et donc voilà, j'ai fait cette belle aventure, et ce blog a donné naissance à trois livres.
Christine
J'arrête de râler, l'intégrale, J'arrête de râler sur mes enfants et mon conjoint, et J'arrête de râler au boulot.
Lâcher prise ne veut pas dire accepter
Jimmy
Tout à l'heure tu parlais... en tout cas c'est une belle aventure, j'ai envie de voir toutes les vidéos, parce que je pense que je vais l'essayer, ça m'intrigue énormément, parce que moi je pense que je suis comme toi un petit râleur, mais un petit râleur qui doit sans doute s'ignorer. Tout à l'heure tu parlais aussi de lâcher prise. Je ne peux pas m'empêcher de faire le lien avec la charge mentale. Quand tu me racontes : t'arrives le soir, t'en peux plus, t'as fait les courses, t'as la voiture qui est en panne, il fallait chercher les enfants au sport, il y a un collègue qui t'est tombé dessus, un rapport en plus, etc. Et je me dis, à un moment, tu vois, tout ça ça déborde, et tu me disais, oui mais il y a aussi le fait d'apprendre à lâcher prise. Est-ce que c'est quelque chose que tu fais naturellement, que tu accompagnes, que tu enseignes aux entreprises ou aux personnes que tu coaches ?
Christine
Oui, tout à fait. Ça fait partie... on a un module entier sur le lâcher-prise, sur comprendre ce que c'est que le lâcher-prise. Et comprendre quelque chose d'important : lâcher prise, ça ne veut pas dire accepter. Ça ne veut pas nécessairement dire accepter. Lâcher prise, ça veut dire que pour le moment, on choisit de ne pas agir sur cette chose-là, parce qu'on a d'autres priorités, d'autres choses qui sont importantes, d'autres choses qui sont urgentes, et voilà, pour le moment, ce n'est pas notre priorité. Pour le moment, on va lâcher prise dessus, et un jour, on pourra reprendre cette chose-là et se dire, maintenant j'ai l'énergie, maintenant c'est ma priorité, maintenant je vais la gérer, maintenant je vais la faire avancer, d'accord ? Donc lâcher prise ne veut pas dire tout accepter.
Je dis toujours, ce qui nous fait râler, c'est l'écart entre nos attentes et la réalité, d'accord ? Donc le moyen d'identifier ça, c'est de prendre une feuille de papier et de faire deux traits horizontaux, un trait en haut, un trait en bas. Le trait du haut, c'est nos attentes, le trait du bas, c'est la réalité. Et il y a un écart entre nos attentes et la réalité — cet écart peut être très grand, ou il peut être plus petit. Et donc idéalement, dans la vie, ce qu'on souhaite, c'est être dans un état de... je ne sais pas comment dire en français, un état de délice de l'osmose. Voilà, donc idéalement il faudrait que la réalité colle avec nos attentes, que les deux lignes soient l'une sur l'autre.
Comment faire pour que les deux lignes soient l'une sur l'autre ? Beaucoup pensent que le seul moyen, c'est de faire en sorte que la réalité colle à nos attentes, de faire tout ce qu'il faut et de râler sur tout le monde pour que tout le monde fasse ce qu'il faut, et que nous aussi on fasse tout ce qu'il faut, qu'on soit Superman ou Wonder Woman pour faire monter la réalité jusqu'à ce qu'elle colle avec nos attentes. Là, on déploie une énergie phénoménale, mais c'est presque irréaliste de réussir à faire ça. L'idée, c'est de se dire, non, pour que la réalité colle avec mes attentes, il y a deux mouvements. Il y a un mouvement où je vais retrousser mes manches et communiquer avec les autres, pour augmenter la probabilité que la réalité se rapproche de mes attentes. Bien évidemment, moi je suis coach, c'est ce que je souhaite du plus profond de mon cœur, que les gens aient la vie à laquelle ils aspirent, qu'ils avancent dans la vie, qu'ils réalisent leurs objectifs et leurs rêves, qu'ils arrivent à être acteurs de leur vie. Donc bien évidemment, je retrousse mes manches et je me donne les moyens que ma vie ressemble à ce que je veux.
Mais il y a aussi le mouvement de baisser mes attentes. Et quand je dis ça en entreprise, je vois tous les managers qui commencent à paniquer, ils vont dire, oui mais si on baisse les attentes, ça va être le bordel, on ne va pas atteindre les objectifs, ça ne va pas marcher. Et moi je dis, je ne parle pas de baisser les attentes sur ce qui est important. Sur ce qui est important, vous choisissez vos batailles, et sur ce qui est important, vous gardez des attentes élevées, bien évidemment. Mais posez-vous la question : est-ce qu'il y a des moments où je m'agace, où je m'énerve sur des trucs qui ne sont vraiment pas importants ? Et à quels moments je m'agace et je m'énerve sur des choses qui sont plus des constructions sociétales, des choses que j'ai héritées, ou même parfois des croyances que j'ai héritées de mes parents ? Par exemple, j'ai hérité de mes parents que les bosseurs, c'est ceux qui arrivent tôt.
Alors du coup, moi, c'est super important d'arriver tôt, et du coup ça m'énerve, tous ceux qui n'arrivent pas tôt. Mais ça, c'est une construction. Est-ce que c'est vraiment vrai que celui qui arrive plus tard, c'est celui qui travaille le moins ? Ça serait intéressant de vraiment regarder et d'évaluer la productivité de chacun de mes collaborateurs, et de réaliser que ce n'est peut-être pas du tout celui qui arrive le premier qui travaille le plus, par exemple. Donc on peut être attaché à des choses, avoir des attentes sur des choses qui sont plus des constructions, plus une pression qu'on se met. C'est vrai en entreprise, cet exemple de à quelle heure les gens arrivent ou à quelle heure les gens partent, c'est un vrai sujet en entreprise, le présentéisme et tout ça. Et il y a aussi la situation en tant que parents à la maison, on a des attentes du genre il faut absolument que mes enfants soient bien habillés, que leur chambre soit rangée, qu'ils prennent leur bain tous les soirs — et ça aussi, c'est la pression du parent parfait qu'on se met. Et parfois, il s'agit de se dire, mais est-ce que vraiment c'est important ?
Jimmy
Oui, le présentéisme.
Christine
Est-ce que vraiment il faut que tous les soirs, à table, il y ait de la tension au dîner parce qu'il y a tous ces trucs où la réalité ne colle pas à mes attentes et qu'il faut que j'en parle à tout le monde ? Ou est-ce qu'en fait il y a des choses plus importantes qui sont mes priorités à la maison ? Donc, au boulot comme à la maison, c'est intéressant de faire du tri dans nos priorités, de choisir nos batailles et de vraiment mesurer ce qui est vraiment important. Et c'est souvent au niveau de mes valeurs, au niveau de mes objectifs de fond, que là on va aller vraiment identifier nos axes prioritaires.
Jimmy
Et on va lâcher prise sur d'autres choses, en se disant, ce n'est pas si grave que ça, ce n'est vraiment pas la priorité.
L'effet miroir
Jimmy
C'est vrai que là on va chercher dans le fond de l'iceberg, finalement, on va chercher dans ce qui nous anime, nos valeurs. Et je pense qu'il y a cet effet miroir : ce que je reproche à l'autre, c'est peut-être ce qui me fait peur chez moi, parce que c'est peut-être quelque chose que je n'ai pas l'impression de maîtriser.
Christine
Ça, c'est très, très, très vrai.
Jimmy
J'avais entendu un truc — je ne pourrais pas dire d'où ça vient, je le rechercherai, je le mettrai dans les notes de l'épisode — j'avais vu que lorsqu'on a une critique à faire à quelqu'un, on peut aussi se dire, comme moi finalement, il est arrivé en retard comme moi, il n'a pas rendu les rapports comme moi, il n'a pas atteint ses objectifs comme moi. Et finalement ça remet en perspective, ça doit sans doute créer de l'empathie envers l'autre, on se projette et on se dit, tiens, finalement c'est vrai, est-ce que ça ne m'arrive pas à moi aussi, d'être en retard, d'être à côté de la plaque, d'avoir envoyé un mail alors qu'il ne fallait pas l'envoyer ? Et je trouve que... en tout cas j'essaie de me l'appliquer quand je suis en train de me dire, attends, est-ce que tu n'es pas en train de juger quelqu'un là, à tort et à travers ? Est-ce que ce n'est pas quelque chose que tu te reproches à toi-même avant tout ?
Christine
Je me fais souvent cette analogie-là sur la route, parce qu'on râle souvent sur les chauffards, on se dit « lui, là, il est dangereux », et tout, et c'est souvent une source... beaucoup de personnes, j'ai écrit un article qui parle de ça, de râler en voiture, transformer sa voiture en un véritable exutoire. Et en fait, très souvent, il faut réaliser qu'on est le chauffard des autres. On ne s'en rend pas compte, mais il y a quelqu'un qui nous râle dessus parce qu'on est le chauffard des autres. Cette prise de conscience, qu'on ne se rend jamais compte quand c'est nous le chauffard de l'autre.
Les trois critères de la râlerie
Jimmy
C'est vrai, tout à l'heure tu disais qu'il y avait trois critères pour identifier une râlerie. Est-ce que tu peux revenir dessus ?
Christine
Voilà, trois critères pour identifier une râlerie. Le premier critère, le plus évident, c'est le ton. Quel est le ton que j'utilise ? Est-ce que j'ai un ton vinaigré, un ton amer ? Alors c'est intéressant, le ton, ça peut parfois être biaisé, parce que notamment les gros râleurs, eux, ont vraiment un ton agressif, tandis que moi j'étais plutôt quelqu'un qui râlait presque avec le sourire — on peut aussi râler avec le sourire, avec l'ironie, on peut râler en se moquant. Et ça, c'est notamment vrai en entreprise, où on va chercher à rester convivial, à garder une tonalité relativement acceptable, mais en fait nos propos sont des propos de râlerie. Donc on va se servir de deux autres critères pour définir ça.
Le premier critère, c'est mon ton — est-ce que j'ai un ton vinaigré, amer, est-ce que la manière dont je parle est facile à entendre pour l'autre, ou est-ce qu'il y a vraiment de l'électricité dans l'air ? C'est intéressant de faire attention à notre ton si on veut être entendu. Mais encore une fois, en entreprise, souvent ce critère-là ne passe pas le filtre — les personnes ont un ton relativement agréable et pourtant elles sont en train de râler. Le deuxième critère, c'est ma posture. Est-ce que je suis en train de pointer du doigt un coupable et de me mettre dans la posture de la victime ? Ça, c'est intéressant à remarquer. Et moi, par exemple, j'ai remarqué, quand j'ai fait ce challenge, que j'adorais pointer du doigt les coupables. C'est comme si, dès qu'il y avait un problème, il fallait tout de suite que je trouve un coupable. Quelque part, c'est comme si, avec un coupable, je ne savais pas où poser le problème, l'irritant, je ne savais pas quoi en faire, alors je le posais sur quelqu'un d'autre. Sinon, l'irritant, je ne savais pas quoi en faire, et comme je ne savais pas quoi en faire, il fallait que je le balance sur quelqu'un. Donc voilà, c'est rassurant, ça créait un apaisement de balancer cet irritant sur quelqu'un d'autre.
Donc ça, c'est la posture : est-ce que je suis en train de jouer le jeu du qui a tort, qui a raison ? Et ça, c'est impressionnant, en toute humilité, je vous invite, j'invite les auditeurs à remarquer à quel point on adore jouer à ce jeu-là. Bien évidemment, on adore avoir raison, ce qu'on veut plus que tout, c'est avoir raison. Et d'ailleurs, souvent, quand on parle d'être constructif, de chercher à résoudre les problèmes, de communication non violente, d'aller vers l'autre — beaucoup de personnes, et moi j'ai eu le même écueil, se disent « je veux bien faire de la communication non violente, je veux bien exprimer mes besoins, mais d'abord je veux avoir raison ». Le problème, c'est que si j'ai raison, l'autre a tort, d'accord ? Il n'y a plus de solution. Donc si moi j'ai raison, ça veut dire que l'autre a tort. Or, un coupable n'a jamais envie de coopérer, ça c'est un point de base, un coupable n'a pas envie de nous écouter. Ça, Marshall Rosenberg l'explique très très bien, et c'est quelque chose qu'on explique dans nos ateliers. Donc dès qu'on pointe du doigt le coupable, il n'y a plus de coopération, il n'y a plus d'écoute, c'est fini. On va rentrer dans le jeu du qui a tort, qui a raison, et il y en a un qui va devoir baisser les armes à un moment donné.
Et le troisième critère, c'est la justesse de mes propos. Est-ce que je suis en train de décrire le problème pour ce qu'il est, ou est-ce que j'ai tellement peur de ne pas être entendue, j'ai tellement besoin d'être entendue, que je transforme le problème en drame ? Et ça, c'est souvent vrai, souvent quand on râle, on ne râle jamais pour casser les oreilles des autres, on ne râle jamais pour être méchant, pour être agressif, on râle parce qu'on a envie d'être entendu. Et souvent d'ailleurs, on râle parce qu'on a déjà râlé hier et qu'on n'a pas été entendu hier, donc on râle encore plus, c'est une espèce de cercle vicieux. Mais derrière, il y a un besoin qui est toujours bon, derrière notre râlerie il y a un vrai besoin qui a besoin de s'exprimer. Et ça, c'est bon, on ne veut pas arrêter ça, on veut que le besoin s'exprime. Mais comme on n'y arrive pas, qu'on a peur de ne pas être entendu, que c'est super important d'être entendu, et que ça fait plusieurs fois qu'on essaie de le dire et qu'on n'est toujours pas entendu, eh bien on va transformer le problème en drame, on va exagérer. On va généraliser, on va amplifier, on va dire c'est toujours, c'est infernal, ça me tue, ce n'est jamais... voilà, donc là on exagère, on a tous ces superlatifs.
Jimmy
Pas de superlatifs !
Christine
Voilà les trois critères : le ton, la posture, et la justesse de mes propos. On peut bien évidemment utiliser toutes les étapes de la CNV, mais un autre moyen, plus simple pour commencer, c'est d'inverser ces trois critères. Se dire, voilà, je vais aller vers l'autre avec un ton facile à écouter, je ne vais pas jouer le jeu du qui a tort, qui a raison, je ne vais vraiment pas mettre l'autre en position de source du problème, je vais aller vers lui pour qu'il fasse partie de la solution.
Christine
Ça, j'adore cette image-là. Plutôt que l'autre soit la source du problème, je vais aller vers l'autre et l'inviter à faire partie de la solution. Et puis je vais décrire le problème pour ce qu'il est, et non pas comme un drame. Et ça, c'est important, parce que quand je décris le problème pour ce qu'il est vraiment, il est en général plus petit, parce que je le dis tel qu'il est réellement. Et quand le problème est réel, il est plus facile à résoudre, on a plus envie de le résoudre, et il est plus facile à résoudre. Ça, c'est impressionnant.
Un quatrième livre et une question d'intention
Jimmy
Alors je remettrai tout ça dans les notes de l'épisode du podcast. Donc tu as écrit trois best-sellers : J'arrête de râler, l'intégrale, J'arrête de râler au boulot, J'arrête de râler sur mes enfants. Est-ce que...
Christine
J'ai écrit un quatrième livre, Wake Up, quatre principes fondamentaux pour bien se réveiller à sa vie (sous-titre incertain).
Jimmy
C'est vrai, et je serais ravi de te réinviter à l'occasion si tu es d'accord pour en parler.
Jimmy
Est-ce qu'on peut offrir le livre à un collaborateur, à son conjoint, à un copain, à ses parents, celui qui s'appelle J'arrête de râler ?
Christine
Beaucoup de personnes m'ont raconté qu'elles ont reçu le livre d'un enfant, d'un collaborateur, que ça a été un cadeau. Ça dépend, au premier abord, comment c'est offert. Je pense que ça peut être offert. À la base, quand j'ai écrit le livre, on avait envie de mettre sur la couverture « interdit d'offrir ». Parce que le livre s'appelle J'arrête de râler et non pas Arrêtez de râler. Et l'idée, c'est de se dire, on ne peut pas forcer quelqu'un à arrêter de râler, on ne peut que l'inspirer, on ne peut que lui donner envie. Et le meilleur moyen de donner envie d'arrêter de râler, c'est d'arrêter de râler soi-même, d'être le changement qu'on veut voir. Donc même si moi je râle beaucoup moins, ou si un de nos auditeurs ou une de nos auditrices se dit « oui mais moi je râle beaucoup moins que mon conjoint », ou « je râle beaucoup moins que ma collègue » — on pense toujours à quelqu'un d'autre. Quand je fais des dédicaces, c'est toujours ça aussi, en librairie, les gens qui sont en couple me disent « ça, c'est pour... », on pense toujours à quelqu'un d'autre, c'est vrai.
Mais en même temps, dès qu'on remet le livre à quelqu'un d'autre, l'autre se sent coupable. Et comme j'ai dit tout à l'heure, un coupable n'a jamais envie de coopérer. Un coupable n'a pas envie de changer, un coupable n'a pas envie de se remettre en question. Donc c'est possible d'offrir le livre, mais dans ce cas-là, il faut vraiment mettre un mot dedans, l'accompagner d'un message. Et en général, ce que j'encourage, c'est de dire : j'ai lu ce livre, il est génial — donc d'abord le lire soi-même, et ensuite raconter à la personne à qui on l'offre pourquoi on le lui offre. Et d'ailleurs, souvent, la grande chose que les gens me disent, c'est qu'il y a dans le livre bien plus que « j'arrête de râler ». J'arrête de râler, c'est le titre, un peu provocateur, qui vient nous titiller, nous gratter, mais derrière, c'est toute une philosophie de vie, une culture de vie, un univers de vie dans lequel on se positionne, une posture de vie. Donc voilà, si on offre le livre, il faut le proposer avec un message qui soit inspirant pour la personne.
Les ateliers et le réseau d'ambassadeurs
Jimmy
Oui, j'imagine que tu fais bien de le dire, et c'est vrai qu'au travers de cette interview, on voit bien cette philosophie et ce mindset que tu essaies d'installer avec les personnes que tu coaches et les entreprises. Et donc avec les entreprises, comme tu n'as pas l'occasion de revenir en France aussi souvent que tu le veux, j'ai cru comprendre que tu avais des ambassadeurs formés qui peuvent aussi accompagner les entreprises.
Christine
Voilà, comme je le disais tout à l'heure, on a une série de six ateliers qui peuvent durer une heure ou une heure et demie, ça dépend, qui se font tous les quinze jours à peu près, et qui sont vécus en entreprise. Ils peuvent aussi être combinés et faits sur une journée ou deux demi-journées, en fonction de comment ça marche pour l'entreprise et de la manière dont elle a l'habitude de faire venir des intervenants en interne. Donc j'ai tout un réseau, plus d'une cinquantaine d'ambassadeurs en France, en Belgique, en Suisse et même à l'étranger, qui ont été formés par moi pour venir chez vous, dans les entreprises, animer ces ateliers. Il y a aussi la possibilité, pour les entreprises, d'identifier un collaborateur en interne qui souhaiterait animer ces ateliers, et de me l'envoyer, ou deux ou trois collaborateurs, pour que je les forme, afin qu'ensuite ils puissent déployer les ateliers en interne. C'est aussi une démarche très intéressante pour faire vivre les ateliers par un collaborateur interne.
Donc ça, ce sont les deux options pour les entreprises : soit identifier des collaborateurs et me les envoyer pour que je les forme, soit faire venir un ambassadeur — identifiable sur le site j'arrête de râler point com, où vous pouvez découvrir la démarche des ateliers et où vous avez aussi toute la liste des ambassadeurs avec leurs coordonnées, par région ; beaucoup sont aussi prêts à se déplacer. Et il y a aussi toutes les informations sur le processus de certification, s'il y a des collaborateurs en interne qui souhaitent être formés.
Une fois qu'on a identifié un ambassadeur externe ou interne, et que celui-ci a été formé, il y a six ateliers à vivre avec les équipes. En général, on encourage à ne pas dépasser douze personnes par atelier, idéalement. J'ai déjà fait des interventions en entreprise où j'ai fait une conférence devant 150 collaborateurs pour présenter la démarche, présenter le sujet. Et à l'issue de cette conférence, on demande aux collaborateurs intéressés pour vivre les ateliers de laisser leurs coordonnées. J'ai déjà eu, pour une conférence avec 150 personnes, 40 personnes qui voulaient vivre les ateliers, donc c'était un grand succès. Et donc après on a mis en place 4 groupes, sur des jours différents, comme ça les collaborateurs pouvaient choisir les jours qui leur convenaient le mieux. Et on est parti sur cette aventure qui dure sur plusieurs semaines.
C'est une belle expérience humaine, avec un feedback très très positif des collaborateurs de vivre ça ensemble, de vivre ça avec leurs collègues, de faire une démarche de développement personnel avec ses collègues. Beaucoup de collaborateurs disent que c'est formidable que leur entreprise leur donne cette opportunité de se retrouver dans leur humanité, de grandir, d'apprendre des outils ensemble, de se soutenir. Et puis c'est chouette, parce qu'on remet à tout le monde ce fameux bracelet « J'arrête de râler », avec « J'arrête de râler » écrit dessus, pour faire le challenge. Donc après, dans les couloirs, les gens se retrouvent, ça crée des conversations dans les réunions, il y a ceux qui choisissent de ne pas faire les ateliers et qui se disent ensuite « tiens, est-ce que vous allez les refaire l'année prochaine ? Je n'ai pas voulu le faire la première fois, mais ça a l'air sympa, peut-être que l'année prochaine j'aimerais bien le faire. » Donc ça crée une bonne ambiance.
Jimmy
Oui, il y a une émulation, ça crée du lien, comme tu disais tout à l'heure. Le lien est essentiel en entreprise pour avancer. Je remettrai tout ça dans les notes de l'épisode, et je crois même que sur ton site, on peut télécharger un kit si jamais on veut commencer, si on veut découvrir.
Christine
Un kit de démarrage gratuit à télécharger sur le site, avec des ressources, des outils et des pistes pour arrêter de râler au boulot, des outils et des pistes pour arrêter de râler en famille. Il y a aussi une affiche « vous entrez dans un espace non râleur », très rigolote, où tout est marqué. « Nous ne sommes pas responsables des moments de sérénité qui pourraient vous arriver dans cet espace » — je ne sais plus ce qu'on avait écrit exactement, mais c'est assez rigolo. Donc oui, bien évidemment, je vous invite à aller télécharger gratuitement ce kit sur le site j'arrête de râler point com.
Le péché mignon
Jimmy
On arrive à la fin du podcast, Christine, j'aurais une dernière question. Un peu comme un fumeur qui aurait arrêté de fumer, par exemple, ou quelqu'un qui arrête de manger du chocolat et qui se prend un petit bout de chocolat de temps en temps, comme un petit péché mignon — est-ce que toi, parfois, ton petit péché mignon, c'est de râler ? Est-ce qu'il t'arrive encore de râler ? Est-ce que même, parfois, tu le fais exprès de râler ?
Christine
Non, je n'ai pas envie de dire que c'est un péché mignon, parce que s'il m'arrive de râler — c'est vrai que ça peut m'arriver — j'ai vraiment compris que c'était une impasse. Donc j'en sors tout de suite, je ne reste pas à rentrer dans le mur en permanence dans cette impasse. Ça m'arrive de rentrer dans l'impasse, et en général j'ai clairement identifié que j'y rentre quand je n'ai pas assez dormi — ça, c'est le premier critère. Quand je n'ai pas assez dormi, ou quand je n'ai pas assez communiqué. Si, par exemple, en famille ou avec mon conjoint, ça fait quelque temps qu'on n'a pas eu un date, un rendez-vous en amoureux, et qu'on n'a pas eu le temps de communiquer sur des choses, eh bien là je vais me retrouver à peut-être râler parce que je n'ai pas eu l'occasion de m'exprimer, on n'a pas eu le temps de se retrouver pour parler de ces choses-là. Donc en général, voilà, c'est manque de communication, manque de sommeil. Si ça m'arrive, je sais immédiatement sortir de l'impasse, je sais quoi faire. Mais ce n'est pas un péché mignon, parce que ce n'est pas un réconfort.
Jimmy
C'est vrai qu'on aurait pu l'aborder peut-être une prochaine fois, mais j'imagine que la condition physique, se sentir bien, faire un peu de sport, bien manger évidemment, j'imagine, permet aussi d'avoir une attitude un peu moins négative.
Christine
Sur le livre J'arrête de râler sur mes enfants et mon conjoint, on avait envie d'écrire sur la couverture : « avant de lire ce livre, allez vous coucher, allez dormir » — pour les gens qui ont des petits enfants — « et après on en reparle ». Si vous ne dormez pas de la nuit, n'essayez pas d'arrêter de râler pour l'instant, essayez d'abord de dormir, et après on verra.
Choisir la démarche, pas la subir
Jimmy
Est-ce que tu souhaites partager d'autres choses avant qu'on conclue ce podcast ?
Christine
Une dernière chose qui est intéressante : souvent les gens me disent, quelle est la première chose à faire pour commencer la démarche, et je dis souvent, la première chose, c'est de la choisir. C'est-à-dire, oui, je veux faire la démarche « j'arrête de râler », non pas parce que je l'ai entendu dans le podcast et que ça a l'air cool, non pas parce que... surtout pas par culpabilité, parce que « oh là là, je ne suis pas quelqu'un de bien, je râle, il faut que je change ». Il ne faut surtout pas que ce soit la culpabilité qui anime, mais que ce soit un vrai choix, et se dire : ouais, c'est vrai, réellement ça me coûte de râler, réellement ça me pourrit la vie. Et avoir une vraie curiosité — j'ai souvent remplacé la culpabilité par la curiosité — une vraie curiosité de découvrir à quoi va ressembler ma vie si j'arrive à ne plus râler. Et c'est ça qui doit être moteur : ce vrai choix, cette vraie curiosité, et aussi cette conscience de combien ça me coûte de ne pas changer, combien ça me coûte de rester dans mes automatismes de râler, et à quel point je passe à côté de ma vie.
Moi, c'était littéralement ce moment où je me suis dit, Christine, un jour tu vas mourir et tu vas réaliser que tu as passé ta vie à résister à ta vie. Donc là, j'étais vraiment dans ce choix de « je dois changer, je n'ai pas envie de passer ma vie à résister à ma vie ». Et ça, ça a été un moteur énorme. Et puis cette curiosité a rendu la démarche ludique. Ce n'était pas « il faut que j'arrête », c'était « je veux arrêter, je suis curieuse de découvrir à quoi va ressembler ma vie si j'y arrive ». Et donc quand je me plantais et que je devais redémarrer à zéro, ce n'était pas grave, il n'était pas question de m'arrêter. Ce n'était pas un échec, c'étaient à chaque fois des apprentissages. C'est vraiment le point important, c'est de vraiment le choisir et de se dire, j'ai vraiment envie de le faire, parce que ça va être moteur. Sinon, vous allez commencer, vous allez vous arrêter en cours de route en vous disant « ça m'énerve, ce challenge d'arrêter de râler, ça me fait râler, donc laisse tomber ». Ce n'est pas l'objectif.
Jimmy
Non, ce que tu me dis là, ça a l'air d'être un message très positif. Il faut y aller avec cette envie, ce n'est pas une obligation, on n'est pas obligé de changer de caractère ni de nature. Mais je suis sûr que tu auras réussi à convaincre beaucoup de gens.
Christine
Petit dernier mot par rapport à ça : en entreprise, quand on arrive dans les ateliers, c'est toujours une démarche volontaire. On refuse que les managers inscrivent d'office leurs collaborateurs dans les ateliers. C'est pour ça qu'on fait toujours une réunion d'information, une petite conférence ouverte à tout le monde, et à l'issue de cette réunion d'information, les collaborateurs qui souhaitent rentrer dans la démarche s'inscrivent. Et d'ailleurs, très souvent, les plus gros râleurs ne s'inscrivent pas. Et c'est OK pour nous. On sait que si on change déjà les autres et qu'on fait rentrer la démarche, ça va contaminer, ça va changer les interactions dans les bureaux, ça va changer la culture. Et d'ailleurs, souvent, les plus gros râleurs — pas tous, pas tout le temps, mais certains — s'inscrivent aux ateliers l'année suivante. Pas la première année, parce qu'ils trouvent que ça, ils n'ont pas le temps, et ils râlent beaucoup. Et c'est OK pour nous. Mais c'est toujours une démarche volontaire pour cette raison-là, parce qu'on sait que ce qui va créer le succès, c'est que les personnes aient choisi de rentrer dans la démarche.
Conclusion
Jimmy
Christine Lewicki, mille mercis d'avoir pris un peu de temps pour nous, pour nous partager tous ces fabuleux conseils.
Christine
Écoute, merci beaucoup à toi, Jimmy.
Jimmy
Je te souhaite une fabuleuse journée en Californie, sous le soleil. Tu nous fais tous rêver. À bientôt.
Christine
Merci beaucoup, à très bientôt.
Jimmy
Le petit manager, c'est terminé pour aujourd'hui, et je vous remercie infiniment d'avoir écouté ce podcast. J'espère qu'il vous aura donné envie, à vous aussi, d'arrêter de râler. Moi en tout cas je suis convaincu, et j'ai commencé à mettre mon bracelet dès aujourd'hui.
Mais restez à l'écoute, car si vous avez aimé ce podcast — et j'en suis ravi — il reste quelques informations que je souhaite vous partager. Tout d'abord, retrouvez Christine Lewicki sur son site internet j'arrête de râler point com, où vous pourrez télécharger le kit pour débuter cette expérience. Si vous souhaitez vous faire coacher par Christine, aller au-delà du fait d'arrêter de râler, mais plutôt éveiller la flamme qui est en vous, vous pouvez aller sur le site christinelewicki.com, où vous trouverez ses séances de coaching et ses conférences.
Et enfin, parce que Christine est une source intarissable d'énergie, elle anime le podcast Wake Up, Rise Up and Shine — le nom est en anglais, mais c'est un podcast en français qui accompagne les femmes à vivre une expérience radicalement libre et choisie. Bien évidemment, je vous mets tout ça dans les notes du podcast.
Enfin, si vous souhaitez retrouver Christine et moi-même, rien de plus simple, allez sur LinkedIn, c'est Christine Lewicki ou Jimmy Materne, nous nous ferons une joie de nous connecter ensemble. Avant de nous quitter, et je vous demanderai ça pour terminer ce podcast, car le podcast, vous le savez depuis quelques semaines, fait son entrée dans le top 10 des podcasts les plus écoutés sur le management en France, et j'espère qu'on ne s'arrêtera pas là. Et bien, pour continuer à contribuer à son développement, abonnez-vous pour n'en rater aucun, mais surtout, s'il vous plaît, mettez-lui les fameuses 5 étoiles (la phrase s'interrompt ici dans l'enregistrement source).
Je vous souhaite une excellente journée ou soirée, en fonction de l'heure à laquelle vous m'écoutez, et je vous dis à très bientôt !