Générique d'ouverture
Jimmy
Bonjour et bienvenue sur le podcast du Petit Manager, le podcast qui aide à comprendre le management et les organisations dans notre monde VUCA. Je suis Jimmy Materne et chaque semaine, avec mes invités, j'aborde une thématique qui permet d'avoir une approche humaine et organisationnelle en phase avec notre époque. Car il est temps de prendre conscience que beaucoup de ces pratiques anciennes sont obsolètes, voire contre-productives.
Et avant de commencer ce podcast, j'aurais une petite faveur à vous demander : c'est bien évidemment de lui mettre les fameuses 5 étoiles, voire un commentaire, afin de contribuer à son développement et ainsi le rendre plus visible. Eh oui, bienvenue dans un monde où tout doit être noté. Alors je compte sur vous, et je vous souhaite une bonne écoute.
Présentation de l'épisode
Jimmy
Cette semaine, je reçois de nouveau Sébastien Dieulouard, que vous avez pu découvrir dans l'épisode 71 qui parlait de l'hypnose. Et aujourd'hui avec Sébastien, on va clôturer cette série de deux épisodes pour aller un peu plus loin et essayer de comprendre comment, dans ces outils et surtout avec cet outil qu'est l'hypnose, on peut essayer de se projeter dans un futur plus ou moins proche pour se donner toutes les chances d'accomplir ou d'arriver le plus près possible de l'objectif qu'on peut se fixer.
Alors si vous n'avez pas encore découvert ou écouté l'épisode 71, je vous invite à le faire tout de suite, car il donne une introduction sur ce qu'est l'hypnose, et surtout Sébastien nous donne un point de vue très éclairant sur la question, et surtout sur ce qu'on peut attendre de cet outil qui, je dois le dire, est assez fabuleux.
Alors dans ce dernier épisode, on se projette dans le futur. Mais se projeter dans le futur, ça veut dire quoi ? Eh bien Sébastien essaie de nous donner des indications, des idées sur comment on peut essayer de se construire un avenir qui soit en cohérence ou en résonance avec nous-mêmes et avec ce qui fait notre identité.
Alors vous allez le voir, il n'y a pas de potion magique, il n'y a pas non plus de pendule miraculeux qui vous fera tomber dans un état hypnotique pour faire de vous le super-héros de demain que vous cherchez tant, loin de là. Mais en tout cas des exercices et des conseils pratiques qui vont vous permettre, je pense, de bâtir le chemin qui devrait vous permettre d'atteindre ou de vous rapprocher de l'objectif que vous vous êtes fixé. Mais je ne vous en dis pas plus et je vous laisse à la découverte de l'épisode de cette semaine. Bonne écoute !
Une toile qu'on peint à deux
Sébastien Dieulouard
Bonjour Jimmy.
Jimmy
Merci de revenir sur le podcast.
Sébastien
Avec grand plaisir.
Jimmy
Alors c'est la deuxième partie, la deuxième et dernière partie du podcast qu'on fait sur l'hypnose. Et on a choisi un thème dont on va parler, qu'on appelle la projection, la visualisation qu'on peut avoir dans le futur. Alors on a essayé de préparer ce podcast ensemble. J'avoue que je n'ai pas prévu beaucoup de questions, et tu m'as dit un truc super. Tu m'as dit : on va faire comme une peinture, un impressionnisme, et à la fin des 25 minutes on aura une belle idée de ce qu'est la projection.
Sébastien
Très bien. C'est la première. On peut partir dans tous les [sens ?], du moment qu'on parle à peu près de tout, on aura une belle image globale à la fin.
Jimmy
Top. Alors déjà, si on devait donner une définition ?
Nos croyances influencent nos comportements
Sébastien
Je commencerais par clarifier le côté un peu « est-ce que c'est du charlatanisme, est-ce que c'est scientifique », et aborder la question comme ça. L'idée de la projection, de s'imaginer dans le futur, de s'imaginer réussir nos objectifs, en fait ça vient d'une constatation simple qui est vraiment factuelle et que tout le monde peut faire : c'est que nos croyances influencent nos comportements. Et ça, c'est établi.
Et donc la croyance qu'on a de nous-mêmes va influencer le comportement qu'on a. Par exemple, je vais donner un exemple que je connais : imaginons un étudiant en première année de médecine. La probabilité de réussite est relativement faible, surtout si c'est sa première année de médecine, parce qu'on peut redoubler. Si vous imaginez un étudiant qui se voit comme quelqu'un qui va échouer, et qui adopte le comportement de quelqu'un qui va échouer, du coup il ne va peut-être pas réviser beaucoup le soir, il va vouloir sortir, profiter de la vie — de toute façon je vais échouer, donc autant profiter de mon année étudiante, rencontrer des gens — et puis pas forcément être très attentif en cours, peut-être sécher les cours, etc. Donc je vous laisse imaginer la probabilité de succès de cet étudiant.
Et si vous imaginez un étudiant qui croit qu'il a toutes ses chances, qui se voit comme un étudiant en train de réussir, qui se voit comme un étudiant assidu et sérieux, du coup ça va avoir tendance à influencer son comportement, il va avoir tendance à vouloir aller en cours, à écouter les cours, à réviser, à s'offrir quand même des moments de pause pour être productif. Et je vous laisse imaginer la probabilité de succès de cet autre étudiant en médecine.
Donc voilà : la croyance qu'on a à propos de nous-mêmes influence notre comportement, et notre comportement influence nos résultats. Donc ça, bon, tout le monde est à peu près d'accord là-dessus. Et donc la question, c'est comment on peut travailler là-dessus sur nous-mêmes pour changer la croyance qu'on a par rapport à nous-mêmes, pour influencer notre comportement et avoir de meilleures probabilités de succès.
Il faut dire, ce n'est pas parce que vous faites ce travail que vous allez forcément réussir. C'est juste une question de chance de réussite, de probabilité de réussite. Donc il y a plein de théories différentes sur ce qu'il faut faire, sur ce qu'il ne faut pas faire, il y a plein de techniques différentes. Moi, je maîtrise le côté hypnotique, le côté travail avec l'inconscient.
Le langage comme outil
Jimmy
Et du coup, je pense que ça nous amène à l'outil que vous utilisez pour travailler sur vous-même.
Sébastien
Et donc ça nous ramène au langage hypnotique dont j'ai parlé la dernière fois. C'est-à-dire apprendre à communiquer avec soi-même. Puisqu'en fait, quand vous travaillez sur vous-même, l'un des outils majeurs dont vous disposez, c'est le langage.
Et c'est un peu ce qu'on retrouve aussi dans la PNL, par exemple. Je ne maîtrise pas du tout la PNL, mais c'est un point commun qu'il y a entre la PNL et l'hypnose : c'est de commencer par travailler sur le langage, pour essayer de changer les croyances qu'on a sur nous-mêmes, et donc de faire ce que certains appellent la projection, la visualisation, ce genre de choses.
Jimmy
C'est presque une prophétie autoréalisatrice, par exemple.
Sébastien
Voilà, exactement, c'est ça.
Jimmy
Alors tu dis, on ne peut pas tout changer. Par exemple, j'aimerais pouvoir aller sur la Lune, etc. Je peux peut-être essayer de me donner les moyens, me convaincre d'y arriver, ça va me donner envie de commencer à lire des livres, de me renseigner, de faire du sport, etc. Bon, les chances sont quand même faibles. Mais je peux prendre l'exemple de certains collègues que je connais qui sont catégorisés comme des collègues ronchons, grognons, qui se catégorisent eux-mêmes comme des gens un peu comme ça. Puis finalement, il n'y a rien de génétique dans tout ça.
Sébastien
Il y a un peu de génétique.
Jimmy
Mais il pourrait y avoir un travail de projection aussi, peut-être pour améliorer la situation.
Sébastien
Il y a une marge de changement.
Jimmy
On parle de ça, il y a sans doute un effet de biais cognitif aussi dans ce qu'on pense de nous-mêmes, ce qu'on pense des autres. La question du filtre. Entre ce qu'on est et ce qu'on croit être, il y a déjà une différence. Je dis ça parce qu'on peut avoir des gens au travail qui se sentent super super bons dans ce qu'ils font, avec des résultats plutôt parfois tout à fait médiocres. On connaît l'effet Dunning-Kruger, par exemple : on sait que les gens qui ont une forte estime d'eux-mêmes ont parfois un très mauvais jugement d'eux-mêmes, et à contrario. Est-ce qu'en hypnose tu travailles ces filtres, par exemple ?
Affirmation positive et langage hypnotique
Sébastien
Alors l'une des choses qu'on peut… l'un des outils dont on dispose en hypnose, c'est de faire une hypnose qui permet de s'aligner inconsciemment avec cette version potentielle de nous qui peut atteindre l'objectif, ou on peut même imaginer qu'elle a déjà atteint l'objectif. Donc oui, c'est quelque chose qu'on peut faire. Et du coup, pour que les gens arrivent à suivre, je vais reprendre par rapport au langage.
Je pense que ça peut être intéressant de comprendre la différence entre les affirmations positives et le langage hypnotique — ce que moi j'appelle le langage hypnotique. Les affirmations positives, c'est de se dire tous les matins… Allez, je vais prendre un exemple très caricatural, facile à suivre : « je suis milliardaire ». Donc quelqu'un veut devenir milliardaire, il n'est pas encore milliardaire, tous les matins il se regarde dans le miroir en se brossant les dents et il se dit « je suis milliardaire ». Ça, c'est une affirmation positive.
Le langage hypnotique, ça n'a pas besoin d'être positif. Par exemple quelqu'un qui est complètement déprimé : le matin il se réveille et la première chose qu'il se dit, c'est « ah là là, ça va être une dure journée, ça va être une mauvaise journée ». Donc on a vu la dernière fois que cette personne active dans son psychisme « mauvaise journée », « dure journée ». Ça ne va pas avoir un effet énorme, mais ça a un petit effet négatif, ça le plombe encore plus.
Le langage hypnotique, ce n'est pas de dire « je vais passer une super journée ». La personne, elle est au fond du trou, elle est déprimée, si elle se dit « je vais passer une super journée », elle n'y croit pas. Le langage hypnotique, c'est de dire « ah là là, ça ne va pas être une bonne journée ». Plutôt que « ça va être une mauvaise journée », c'est de reformuler « ça ne va pas être une bonne journée ». Et donc les mots, c'est « bonne journée ».
C'est ça, la différence entre les affirmations positives et le langage qu'on utilise en hypnose. Vous avez le droit de décrire quelque chose de négatif en hypnose, à partir du moment où vous restez aligné sur votre objectif.
« Je suis milliardaire », et y croire
Sébastien
Alors du coup, ça nous amène à la projection, la visualisation. Si vous voulez que votre projection marche, il faut y croire. C'est le principe, j'ai commencé par ça. La base, c'est « je crois que je suis un étudiant en médecine en train de réussir », et du coup je me comporte comme un étudiant en médecine qui est en train de réussir. Donc si vous faites une affirmation positive le matin en vous disant « je suis milliardaire », il faut y croire.
Et c'est là où c'est impossible, parce que si vous avez choisi cette affirmation positive, c'est justement parce que vous n'êtes pas encore la personne que vous êtes en train d'essayer de devenir — dans mon exemple, milliardaire. Et le truc, c'est de trouver une facette de vous qui y croit déjà. Et dans mon exemple, ça donne : alors, quelle partie de vous considère que vous êtes déjà milliardaire ? Un moyen de considérer que vous êtes déjà milliardaire, c'est de vous dire : ok, imaginons qu'il vous arrive un accident et qu'aujourd'hui vous deveniez aveugle. Ce soir, vous gagnez à la loterie un milliard. Demain, il y a une nouvelle technique révolutionnaire qui coûte un milliard et qui vous garantit de récupérer vos yeux et votre vision parfaite comme avant. Est-ce que vous êtes prêt à payer un milliard pour récupérer vos yeux ? Si oui, vous pouvez vous considérer comme milliardaire, puisque vous avez vos yeux.
Enfin, pour ceux d'entre nous qui écoutent et qui ont des yeux. Si vous êtes aveugle, ça marche pareil pour les oreilles. Donc trouvez une partie de vous où vous seriez prêt à payer un milliard. Et du coup, quand vous dites « je suis milliardaire », vous vous connectez à cette partie de vous qui considère que c'est vrai. « Ben oui, j'ai des yeux, je considère que ça vaut un milliard, je suis milliardaire. » Et donc vous y croyez au moment où vous le dites. Ça, c'est une manière extrêmement basique et simple de faire un petit peu de projection ou de visualisation : c'est de dire une affirmation positive le matin, et surtout de vous débrouiller pour y croire. Ça, c'est la manière simple.
Aller à la rencontre d'une version de soi
Sébastien
La manière en hypnose — du coup je vais vraiment la décrire brièvement, parce que c'est toute une séance d'hypnose, voire plusieurs séances d'hypnose — mais en gros, l'idée, c'est d'aller dans votre monde intérieur, un peu comme un enfant à qui on raconte une histoire. En hypnose, on se débrouille pour vraiment y aller, pour y être, comme si vous y étiez. Et une fois que vous êtes là, c'est d'aller à la rencontre d'une version de vous-même qui a atteint votre objectif, et d'aller expérimenter ce que ça fait de vous mettre dans ses baskets, de vous mettre dans sa peau, de voir le monde à travers ses yeux. Donc de faire l'expérience d'une version possible de vous qui a déjà atteint votre objectif. Et comment vous vous comportez quand vous êtes cette personne. Et du coup, d'en tirer une leçon sur le comportement à adopter dans le moment présent.
Et à la fin de la séance, ce que je dis en général, c'est : le matin quand vous vous habillez, vous savez que la manière dont vous vous habillez va avoir un impact sur votre comportement. Si vous mettez un costard-cravate ou un tailleur, vous allez vous comporter d'une manière différente par rapport à si vous vous habillez en débardeur, short de plage, claquettes. Et donc le matin quand vous vous habillez, connectez-vous à cette version future de vous, habillez-vous de cette version future de vous, une fois que vous avez fait la séance. Et du coup, vous allez avoir, dans votre journée, le comportement qui est aligné avec cet objectif. Et l'idée qu'il y a derrière, c'est que ça vous aide, ça augmente votre probabilité de réussir votre objectif.
Le leader à qui personne ne répond
Jimmy
Si je prends un cas concret d'entreprise, tu vois, j'imagine donc un leader, ou un manager, ou un chef de projet peu importe, dont l'objectif c'est d'avoir le soutien et le support de ses équipes pour progresser, alors qu'aujourd'hui il a des difficultés — par exemple, je ne sais pas, personne ne répond à ses demandes. Il fait ce travail-là, soit il fait du langage positif, « je suis un bon leader, je sais fédérer les gens », et il fait le travail de langage hypnotique. Et ce travail-là va l'amener peut-être à changer son comportement, donc à arriver peut-être le matin dans une posture peut-être un peu plus avenante pour les gens. En tout cas, il va déjà faire sentir aux gens qu'il est peut-être plus disponible pour eux, plus à l'écoute peut-être, plus attentif, peut-être qu'il va avoir du coup — je ne sais pas comment l'expliquer — un peu plus de charisme. […], je ne sais pas.
Sébastien
Le point clé qui est génial, c'est qu'il est dans une situation qui est difficile, puisque personne ne répond à ses demandes. Le point essentiel à comprendre, c'est qu'un bon leader dans cette situation difficile va réagir différemment par rapport à un leader inexpérimenté. Et donc le leader qui veut devenir un bon leader, s'il fait ce travail de se considérer lui-même déjà comme un bon leader, du coup il va réagir différemment en situation de crise. Et donc : « je suis un bon leader, personne n'a répondu à mes mails, comment je réagis ? » Et cette réaction, ce comportement, va être différent. Donc même si votre réalité n'est pas alignée avec ce que vous voulez devenir, le fait de vous aligner vous-même avec ce que vous voulez devenir, du coup, va influencer ce comportement.
Et oui, il y a toute la partie en amont dont tu as parlé, démarrer la journée, préparer les choses. Mais probablement, vu qu'il y a une certaine habitude dans l'équipe, probablement que l'équipe va continuer à ne pas répondre aux demandes. Et donc le point intéressant, c'est le moment où il y a la crise, où il n'y a pas la réponse. « Ok, je suis un bon leader, je n'ai pas de réponse, comment je réagis ? » Ça, je n'y connais pas grand-chose, je ne suis pas un manager, mais en tout cas je suis prêt à parier qu'un bon manager va probablement réagir d'une manière différente par rapport à un manager inexpérimenté.
Jimmy
Et toujours le fait, c'est de ne pas se mentir, c'est de ne pas se faire croire qu'on est bon, ou… c'est d'atteindre cet objectif.
Sébastien
Oui, alors par rapport au côté « ne pas se mentir ». Très bonne question.
Le juge intérieur
Sébastien
Alors ça, ça nous amène à… il nous reste combien de temps ?
Sébastien
Ça, ça nous amène au syndrome de l'imposteur, au juge intérieur, à la culpabilité, à l'estime de soi. Et en réalité, ça, c'est un autre sujet. La plupart d'entre nous, on a un juge intérieur qui va essayer de nous dévaloriser, de nous dire qu'on se ment, que ce n'est pas vrai, « mais non, t'es pas un bon manager ».
Jimmy
Le petit diable sur l'épaule.
Sébastien
Voilà, le petit diable sur l'épaule. Et il y a à peu près plus de la moitié de la population qui est capable d'avoir un dialogue intérieur, de se parler à soi-même dans la tête, parfois même de se répondre. Et donc pour cette partie de la population, la majorité des gens, il y a même parfois une petite voix intérieure qui raconte des horreurs : « mais non, t'es nul, tu vas pas y arriver », etc. Ça fait tout un autre champ de travail.
Alors, la manière hypnotique que moi j'utilise et que j'adore, c'est d'imaginer quelqu'un de similaire dans la même situation : qu'est-ce que vous allez lui dire ? Donc imaginez un manager qui est en début de carrière mais pas débutant, qui a de bonnes qualités managériales, et son équipe ne le suit pas. Est-ce que vous allez lui dire « t'es un mauvais manager » ? Ou pas ? Dans la majorité des cas, vous n'allez pas lui dire ça.
Donc finalement, ça vient répondre à ta question : est-ce que se prendre pour un bon manager, est-ce que je ne suis pas en train de me mentir à moi-même ? Imaginez un autre manager dans la même situation, avec les mêmes connaissances que vous, avec le même background que vous, avec les mêmes études, la même carrière, etc. Qu'est-ce que vous pensez de ce manager ? Si vous trouvez que ce manager similaire, effectivement, il n'a pas assez bossé, bon, bah là d'accord, effectivement, ce serait peut-être une bonne idée de bosser davantage pour apprendre à devenir meilleur manager. Mais dans la grande majorité des cas, ce n'est pas ça. Dans la grande majorité des cas, si vous avez été embauché, c'est qu'en fait, bah, vous méritez d'être à votre poste, et donc que vous avez toutes les qualités pour être un bon manager. Donc finalement, il n'y a pas de mensonge à se voir comme un bon manager. Et le problème, ce n'est pas tant le mensonge, le problème c'est ce juge intérieur qui nous dévalorise.
Un parasite psychique
Sébastien
Et ce que je disais pour terminer sur le juge intérieur : imaginez quelqu'un dans la même situation, qu'est-ce que vous lui diriez ? Et le côté hypnotique, c'est de réaliser que ce que vous dites à cette personne imaginaire, c'est vraiment vous. Ce que vous raconte votre juge intérieur, du coup, ce n'est pas vous.
C'est hypnotique ce que je raconte, je ne suis pas en train de parler de la réalité, je parle d'un point de vue, c'est un point de vue, c'est une manière de se voir. Et donc si cette partie de vous qui est en train de vous miner, de vous dévaloriser, de vous saboter, ce n'est pas vous, vous pouvez vous en débarrasser comme un parasite. Puisque la définition d'un parasite, c'est un truc qui est en vous, qui essaye de se faire passer pour vous pour ne pas se faire éliminer par le système immunitaire, qui vous bouffe votre énergie, qui n'est pas bon pour vous. Finalement, votre saboteur intérieur, votre juge intérieur, quand il est en train de vous pourrir intérieurement, c'est exactement ce qu'il est : il est en vous, il se fait passer pour vous, il vous bouffe votre énergie et il ne vous aide pas. Donc finalement, vous pouvez voir cette partie de vous comme un parasite psychique, on va dire.
Et ça, rien que ça… Rien que de se rendre compte, au moment où vous vous posez la question « est-ce que je ne suis pas en train de me mentir », de vous rendre compte que cette partie-là de vous qui est en train de vous envoyer ce message, en fait c'est votre parasite, c'est votre juge intérieur — c'est suffisant pour vous en débarrasser. C'est le même principe que les vrais parasites : le seul fait que votre système immunitaire identifie le parasite et l'attaque, en général ça augmente quand même beaucoup vos chances de vous en débarrasser. C'est le même principe en hypnose. Rien que de vous en rendre compte, ça vous aide à vous en débarrasser.
« Est-ce qu'un autre à ma place ferait mieux ? »
Jimmy
Donc c'est aussi un bon message à passer, parce qu'on le voit aujourd'hui, on est dans un monde où tout va très très vite. On sent qu'il y a une vague qui essaie de remettre en équilibre la vie perso et la vie pro, ce qui est plutôt très bénéfique je trouve pour les années à venir. Néanmoins ça va tellement vite qu'on a beaucoup de gens qui ont beaucoup de pression au travail, qui sont toujours en train de se dire « je ne vais pas y arriver, c'est trop, je ne suis pas capable de le faire », etc. En ayant ce travail… On peut néanmoins toujours ne pas arriver à tout faire. On peut ne pas répondre à toutes les demandes parce que peut-être qu'humainement ce n'est pas possible. Mais en tout cas on peut déjà se décharger de cette responsabilité en se disant « ce n'est pas parce que je suis mauvais, ce n'est pas parce que je n'essaye pas, ce n'est pas… » Faire l'exercice de dire : un autre à ma place ferait-il mieux ?
Sébastien
Exactement. C'est le moyen, parce que… Imaginons que vous sortiez dans la rue et que vous tuiez quelqu'un pour lui voler son argent. Vous allez vous sentir coupable, j'espère. Bon bah, c'est plutôt bienvenu comme sentiment.
Sébastien
Donc comment savoir si la sensation de jugement que vous avez envers vous-même, comment savoir si elle est légitime ou pas ? Est-ce que vous êtes dans le cas numéro 1 ou dans le cas numéro 2 ? Et d'où l'intérêt d'imaginer une personne similaire dans une situation similaire. Qu'est-ce que vous lui dites ? Et ça, ça vous permet de faire le tri.
Donc la personne qui a trop de travail : une personne similaire avec la même charge de travail, est-ce que vous lui diriez qu'elle a trop de travail ou pas ? Parce que peut-être qu'elle a vraiment trop de travail et que dans ces cas-là il faut mettre en place quelque chose, une stratégie pour gérer différemment ou avoir une charge de travail différente — qu'est-ce qu'il pourrait faire ? Ou alors peut-être qu'en fait il n'a pas trop de travail, qu'il se met la pression pour en faire plus, mais qu'en réalité il pourrait en faire deux fois moins et que ça se passerait très bien.
L'écueil de la résilience
Jimmy
Oui, tout à fait. Et pour avoir de la clarté, c'est très utile de faire ce petit travail d'imaginer quelqu'un de différent. Il y a un petit lien qui se crée dans cette toile que l'on est en train de peindre — surtout toi, je te tends les couleurs. Quand on parle de résilience, par exemple, il y a eu tout un débat sur le fait qu'on ne devrait pas forcément mettre en avant le résilient, mais c'est quand même ce qui se passe dans la société. On a souvent tendance à dire : regarde, lui, il vit les mêmes difficultés que toi, pourtant il ne s'en plaint pas. Est-ce que le résilient, c'est quelqu'un qui pratiquerait plus facilement un langage hypnotique qu'une personne qui n'est pas résiliente ? Je ne sais pas comment poser cette question.
Sébastien
Oui, je vois très bien. Il y a un écueil à la méditation, l'hypnose, n'importe quelle forme de travail sur soi, qui est de se dire : ok, je suis harcelé au travail par exemple, je le vis mal, du coup je vais faire de la méditation pour aller mieux, ce qui va me permettre de pouvoir être harcelé encore plus au travail. Et ça, c'est toxique.
C'est l'une des raisons pour lesquelles c'est très important de prendre du temps pour travailler sur votre objectif. Qu'est-ce que vous voulez vraiment ? Et si on prend l'exemple de quelqu'un qui est vraiment surchargé : qu'est-ce que vous voulez vraiment ? Est-ce que vous voulez vraiment continuer à être surchargé mais le vivre mieux ? Ou est-ce que vous voulez être moins surchargé ?
Jimmy
Donc en langage hypnotique, avoir un rythme plus cool…
Sébastien
Voilà, c'est pour ça que c'est important de le travailler en individuel, parce que pour toi, ça serait peut-être plus de temps perso. Pour d'autres personnes, ça peut être avoir un rythme plus cool au travail. Et c'est deux objectifs très différents. Est-ce que ça répond un peu à ta question d'utiliser la méditation ou d'autres techniques ?
Jimmy
Je pense que c'est important, ce que tu dis, parce qu'on a tendance à mettre sur un piédestal les gens qui sont résilients, et du coup on les prend…
Sébastien
Oui, c'était sur la résilience. J'avais peur de ça.
Jimmy
… en comparaison. Mais c'est important de dire que peut-être que le résilient ne fait pas forcément le bon travail, par ton exemple de « tiens, je me fais harceler, je fais de la méditation pour pouvoir mieux vivre le harcèlement ». Donc finalement…
La vraie résilience passe par les émotions
Sébastien
Vous ne pouvez atteindre une véritable résilience, à mon sens, que si… Il faut que vous soyez capable d'être à l'écoute de vos émotions. Donc la méditation peut vous aider à apprendre à être à l'écoute de vos émotions. Mais du coup, il va falloir probablement ensuite en faire quelque chose, de ces émotions. Parce qu'une fois que vous êtes plus à l'écoute, du coup la stratégie de les réprimer, ce n'est pas être à l'écoute. Donc c'est un autre chemin. Donc la méditation peut être le début de votre autre chemin vers la résilience.
Mais en fait, si vous voulez être vraiment résilient — donc la vraie résilience, c'est une résilience qui tient sur le long terme — il va falloir à un moment ou à un autre apprendre à accueillir vos émotions et à les gérer autrement qu'avec votre mental. Et ça, c'est un apprentissage que vous n'avez probablement pas appris, ni de votre famille ni à l'école, parce que quand on était à l'école et quand on était jeune, personne ne savait faire ça, quasiment personne. On a la chance d'être une génération où on a accès à beaucoup de choses, y compris un peu d'éducation émotionnelle.
Donc maintenant que vous êtes adulte, vous pouvez compléter votre propre éducation, apprendre un peu d'intelligence émotionnelle et, oui, à terme, construire de la résilience. Mais gardez cette idée en tête quand vous construisez de la résilience : je pense que c'est un leurre d'espérer être plus résilient si vous n'êtes pas aligné avec — on en parlait la dernière fois — votre joie intérieure. Si, dans ce que vous faites, vous êtes convaincu profondément que vous n'êtes pas à votre place, ça va être compliqué de construire de la résilience. Par contre, si vous êtes vraiment passionné par ce que vous faites, que vous êtes souvent dans le flow, que ça vous donne de l'énergie, là vous pouvez apprendre à construire de la résilience pour être encore plus productif.
La méthode Coué et la suggestion
Jimmy
Ok, super. Super. J'ai une dernière question, alors… […], c'était tout l'épisode, mais tu as parlé de langage positif. Je suis sûr qu'il y a des auditeurs qui doivent se dire : mais est-ce que c'est en rapport avec la méthode Coué ? Je me répète des trucs toute la journée ?
Sébastien
Tout à fait. Alors, le cœur de ce qui marche en hypnose, c'est la suggestion. La suggestion, elle doit être formulée en ce que j'appelle le langage hypnotique, donc avec les mots qui correspondent à ce que vous voulez. Et donc, que ce soit l'affirmation positive « je suis milliardaire » ou le langage hypnotique « je ne suis pas milliardaire », dans les deux cas vous envoyez une suggestion « milliardaire ». Bon, à nouveau, c'est caricatural, hein, c'est un exemple. Quand vous envoyez cette suggestion, votre cerveau active cette partie-là de vous, ça active la partie de vous qui est déjà milliardaire. C'est comme ça que ça marche.
Même inconsciemment : si on fait de l'imagerie cérébrale fonctionnelle à quelqu'un et qu'on lui envoie des stimuli sensoriels et qu'il n'est même pas conscient de ça, par exemple des images subliminales, ça va quand même activer une réponse inconsciente. Donc ça, cette première partie-là, ça marche. Et l'idée de la méthode Coué, c'est d'extraire cette clé, cette essence qui fait que ça marche, pour ne faire plus que ça. Donc il y a des hypnotiseurs qui arrêtent de faire de l'hypnose et qui ne font plus que de la suggestion, parce que c'est le cœur de la machine. C'est une manière de faire comme une autre.
Trouver la manière qui vous correspond
Sébastien
Je ne pense pas que… Il y a eu… Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui cherchent la meilleure manière de faire. Et je pense que c'est… je crois sincèrement que c'est un point de vue qui n'est pas très utile. Je pense que c'est beaucoup plus utile de trouver la manière de faire qui vous correspond. Et je crois que s'il y a tellement de manières de travailler sur soi différentes, en fait c'est parce qu'on a tous des personnalités différentes, et donc il y a très vraisemblablement une manière de travailler sur vous qui vous correspond mieux.
Peut-être que ce sera l'hypnose, peut-être que ce sera du coaching, peut-être que ce sera la méthode Coué, peut-être que ce sera autre chose. Et donc vous pouvez essayer quelques trucs jusqu'à sentir, vous pouvez écouter votre intuition, sentir si ça vous aide, constater si vous faites des progrès. Et ça peut être une bonne manière pour aborder ce thème de changer qui vous êtes et de vous projeter dans une version, une meilleure version de vous — meilleure au sens de « qui correspond à ce que vous voulez devenir ».
Clôture
Jimmy
Chouette. Ce sera le mot de la fin. Sébastien, c'est super, tu nous as peint un magnifique tableau.
Jimmy
Voilà, j'espère que beaucoup prendront plaisir à le contempler. Merci beaucoup.
Sébastien
Merci de m'avoir invité. J'ai beaucoup apprécié notre échange.
Jimmy
Avec beaucoup de joie.
Sébastien
Exactement. À bientôt.
Générique de clôture
Jimmy
Le Petit Manager, c'est terminé pour aujourd'hui, et je vous remercie infiniment d'avoir pris le temps d'écouter ce podcast. J'espère qu'il vous a plu. Si vous souhaitez continuer le débat, tout simplement discuter, me proposer certains sujets, voir certaines personnes à interviewer, n'hésitez pas à me le faire savoir, je me ferai une joie de vous répondre. Vous pouvez par exemple me le dire en commentaire. Vous pouvez partager ce podcast, ou tout simplement vous abonner pour être sûr de n'en rater aucun, mais surtout pour contribuer à son développement — et c'est là que je compte sur vous : c'est de lui mettre les fameuses 5 étoiles. Eh oui, bienvenue dans un monde où tout doit être noté.
Alors si vous avez quelques secondes et que vous souhaitez me soutenir, allez-y maintenant, ça ne prend qu'un clic et ça me fera un immense plaisir. Si vous souhaitez me retrouver, rien de plus simple : vous allez sur LinkedIn et vous tapez Jimmy Materne. En attendant, je vous souhaite une excellente journée ou soirée en fonction de l'heure à laquelle vous m'écoutez, et je vous dis à la semaine prochaine.